mercredi 23 août 2017| 22 riverains
 

Bijou architectural, la piscine des Amiraux va être rénovée

Long de 33 mètres, au lieu de 25 mètres ailleurs, le bassin de la piscine des Amiraux est particulièrement apprécié par les nageurs. Photo © Déborah Lesage/Mairie de Paris

Équipement public, la piscine des Amiraux, l’un des trois bassins du 18e arrondissement de Paris, va fermer ses portes à l’été 2014 pour presque deux années de rénovation. Un passage obligé pour moderniser et redonner du lustre à ce lieu emblématique.

C’est sans doute un des plus beaux bassins de natation de Paris, rendu célèbre par son apparition en 2001 dans le film de Jean-Pierre Jeunet, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. La piscine des Amiraux, rue Hermann-Lachappelle, n’accueillera pourtant plus de nageurs pendant au moins vingt mois, à compter de juillet 2014, date du début d’un grand chantier de rénovation devenu indispensable. Car le lieu, bien que déjà restauré au cours des années 80, est aujourd’hui malade.

Selon la mairie du 18e, la piscine des Amiraux présente en effet « des pathologies de sa structure en béton assez importantes, dues essentiellement aux infiltrations d’eau du bassin de la piscine et à la corrosion des aciers ». Si les dégradations constatées (on parle de carbonatation du béton) ne sont pas enrayées à court terme, les « dégâts occasionnés sur la structure du bassin et des plages seront irréversibles ». Il y a donc urgence à intervenir. « La restauration préconisée demande un processus assez lourd et délicat de dégagement des aciers corrodés, leur traitement, ainsi que la nécessité de procéder à des traitements électrochimiques ».

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La piscine des Amiraux a été classée Monument historique en 1991. Photo © Déborah Lesage/Mairie de Paris

Les travaux ne se limiteront néanmoins pas à ces opérations structurelles, et seront l’occasion de donner un coup de jeune aux "Amiraux". Les habitués du lieu en verront donc aussi les bénéfices concrètement. Sont ainsi programmées la rénovation des installations techniques (chauffage, ventilation, plomberie, électricité, traitement de l’eau…) qui, selon la mairie, sont en majorité en fin de vie : « Certaines installations sont hors-normes et doivent être remplacées ».

Ascenseur, vestiaires et sanitaires adaptés : l’accès des handicapés à la piscine des Amiraux sera largement amélioré. Les douches seront refaites, et deux vestiaires de groupes mis en place. L’accueil de la piscine et les bains-douches municipaux seront également rénovés, tout comme la décoration et les revêtements intérieurs de la piscine. Les cabines retrouveront, elles, leurs portes en bois originales. L’équipement devrait, enfin, devenir plus performant d’un point de vue thermique.

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Les douches vont être refaites et pensées pour être accessibles aux handicapés moteurs. Photo © Déborah Lesage/Mairie de Paris

Pour le reste, que les amoureux de cet endroit unique se rassurent : il n’est pas question de toucher à son aspect. La piscine et l’immeuble en gradins qui l’abrite, construits dans les années 20, sont considérés comme un des ouvrages symboliques de l’architecte Henri Sauvage. Au point que l’ensemble est classé monument historique depuis 1991. Les carreaux de faïence blanche type métro, les cabines sur deux étages et leurs coursives, la voûte en béton, le bassin de 33 mètres de long : rien de tout cela ne bougera d’un iota.

Du côté des nageurs, on attend l’amélioration de cet endroit pas comme les autres, et, de fait, très attachant. « C’est un beau bâtiment, historique. C’est agréable pour ça. En revanche, il se délabre. Les douches sont en très mauvais état, puantes et peu pratiques : il n’y a pas de porte-serviettes par exemple. Il faut empiler les affaires sur le sol », regrette Arnaud, 31 ans, professeur des écoles dans le 18e arrondissement, qui vient y nager chaque semaine.

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Les cabines retrouveront leurs portes en bois originales. Photo © Déborah Lesage/Mairie de Paris

Pour Angelo, 21 ans, étudiant en communication et en journalisme, résidant dans le 7e arrondissement et qui y nage tous les vendredis soirs avec son club de natation, « la Piscine des Amiraux demeure dans un état correct, même si l’on remarque la vétusté d’une partie des installations. Les douches sont mal conçues, une sur deux fonctionne, certaines sont froides. Les espaces sont restreints ». D’ailleurs, l’un des deux espaces douche est actuellement fermé. Et quand il fait froid dehors, il faut une bonne dose de courage pour affronter l’escalier qui descend des douches vers le bassin : les cloisons sur l’extérieur ne sont plus étanches et le vent s’y engouffre.

Tous deux se disent soucieux de la préservation du côté historique et atypique de la Piscine des Amiraux. « Il ne faut pas toucher à la longueur du bassin : 33 mètres, c’est idéal. Je suis aussi attaché à la conservation des vestiaires/cabines individuels. C’est confortable : on nous ouvre, on se change et on laisse tout derrière soi en claquant la porte. C’est plus chaleureux qu’un système de casiers à codes, même si ça demande du personnel », raconte Arnaud.

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La structure en béton de la piscine est menacée par les infiltrations d’eau. Photo © Déborah Lesage/Mairie de Paris

Angelo est également fan du bassin de 33 mètres. Le jeune homme précise aussi : « Bien qu’il y ait une harmonisation du modèle des piscines parisiennes suite aux travaux progressifs qui y sont engagés, j’aimerais que ceux prévus piscine des Amiraux lui permettent de retrouver une seconde jeunesse tout en gardant son patrimoine historique et son originalité. Ce n’est pas une piscine banale dans son architecture, ses installations, son fonctionnement. »

Où iront-ils nager, quand la piscine des Amiraux fermera ses portes ? Arnaud évoque le bassin du centre sportif Bertrand-Dauvin, rue René Binet. « Les Amiraux sont à dix minutes de marche de chez moi, c’est parfait, souligne Arnaud. Les autres piscines sont plus loin : vingt minutes pour la piscine Bernard Lafay, dans le 17e, par exemple. En fait, je renoncerai peut-être à ma séance hebdomadaire pour n’aller que ponctuellement dans d’autres piscines par transports en communs en dehors de l’arrondissement. »

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Au cœur de son immeuble à gradins, l’architecte Henri Sauvage voulait construire un cinéma. Mais la mairie a su le convaincre d’y implanter une piscine !

Angelo, lui, ne sait pas encore ce qu’il adviendra de ses cours de natation : « Je ne sais pas du tout vers quelle piscine seront redirigés les cours. Etant donné l’état de saturation des piscines parisiennes… peut-être que le mien sautera ! » Une saturation malheureusement bien connue des habitués de la piscine des Amiraux, dont l’étroit bassin de nage est souvent (trop) fréquenté.

La mairie du 18e, qui ne donne pas le budget estimé des travaux, indique que les nageurs seront en effet redirigés vers Bertrand Dauvin, vers la piscine Hébert, rue des Fillettes, ou à la piscine Bernard-Laffay, dans le 17e. « Nous avons la chance d’être assez bien pourvus en piscine à proximité. Nous allons voir avec les associations sportives pour leur trouver des solutions, comme à chaque fois qu’un lieu comme celui-là ferme. » Une chose est sûre, pour les amoureux de la piscine des Amiraux : vingt mois, ce sera une longue absence. Mais c’est le prix à payer pour sauver ce monument historique.

Attention : la piscine des Amiraux sera fermée du 22 octobre 2013 au 27 octobre 2013 pour vidanger son bassin.

Symbole d’une lointaine époque
La piscine des Amiraux fait partie d’un ensemble de logements sociaux construit par Henri Sauvage, de 1922 à 1927, à la suite d’une commande de la Société des habitations à bon marché (HBM) de la Ville de Paris. L’immeuble d’Henri Sauvage (il en existe un autre rue Vavin dans le 6e arrondissement) est symbolique de l’Hygiénisme, un courant de pensée qui a marqué le début du XXee siècle, visant à lutter notamment contre l’insalubrité des logements, la surdensité, la saleté des villes et à améliorer la santé publique. Henri Sauvage (1873-1932) est considéré comme un des pères de l’architecture moderne. Créateur prolifique et inventif, il a édifié de nombreuses bâtiments (cinémas, hôtels immeubles de logement ou de bureau en France) dans différents styles. C’est lui qui conçu les magasins 2 et 3 de la Samaritaine, des emblèmes du style Art déco.

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