lundi 21 août 2017| 27 riverains
 

Le cinéma comme exutoire

Pédagogiques et ludiques, les ateliers audiovisuels d’Anime et Compagnie, une association du 18e arrondissement de Paris, permettent à des jeunes habitants du quartier de réaliser des court-métrages en lien avec leur vie quotidienne. Dixhuitinfo présente deux films de leur cru et le "making of" des ateliers.

Recréer des passerelles est le maître mot d’Anime et Compagnie. Fondée en 2005, cette association du 18e arrondissement de Paris organise des ateliers audiovisuels. « Notre objectif est de faire tomber les murs », explique Mohamed Traoré, le secrétaire de l’association. « En mettant une caméra dans les mains d’un jeune, on souhaite le valoriser, indique Thierry Soumah, chef de projet jeunesse. On veut à la fois rendre moins opaque l’accès à la culture, faire un peu de prévention contre la délinquance et de l’éducation à l’image. »

Pour la première édition, en octobre 2010, Anime et Compagnie a rassemblé une vingtaine de jeunes âgés de 12 à 25 ans, au théâtre J.K.L, dans le quartier Amiraux-Simplon. Du tournage au montage, ces adolescents ont appris toutes les étapes de la réalisation de court-métrages. Leurs thèmes ? Le logement, l’intergénérationnel, les entretiens d’embauche, les relations avec la police. « Des sujets sociaux qui les concernent quotidiennement », note Thierry Soumah.

Une rencontre avec Jimmy Manta, un personnage du quartier qui ne se sépare pas de son Opel Manta 85, a servi de prétexte pour aborder l’intergénérationnel. Pour la police, un officier de police judiciaire s’est prêté au jeu : « Il leur a expliqué comment réagir en cas de contrôle, leur a appris à être poli pour désamorcer une situation qui dégénère, etc », raconte Thierry Soumah. « Dans le quartier, les rapports avec la police sont vraiment conflictuels », précise Mohamed Traoré.

Imposer un cadre

Autre objectif des ateliers, aborder les problématiques de l’image. « Aujourd’hui, les jeunes naissent avec l’image dans les mains, explique Thierry Soumah. Tout le monde peut filmer et diffuser des images grâce à un téléphone portable. Pour autant, est-ce que tout le monde est cinéaste ? Non. Nous leur apprenons à faire la différence entre la captation et la réalisation, cette dernière étant une vue de l’esprit. »

Mais ces ateliers sont aussi un moyen d’imposer un cadre à des jeunes qui, bien souvent, le refusent. La recette consiste à éviter les temps morts et valoriser l’esprit de groupe. « Si tu ne viens pas demain, qui va prendre la perche de son ?, se disent-ils, note Mohamed Traoré. Dans un groupe, tu ne peux pas lâcher tes copains. On établit aussi un planning avec des activités du lundi au samedi, de 9h30 à 17h00. Les repas sont pris ensemble. Si chacun repartait chez soi, beaucoup ne reviendraient pas l’après-midi. » Au bout de la semaine d’ateliers, aucune désertion n’a été signalée !

Mieux : certains se trouvent une passion et s’épanouissent. « Lors de la présentation du travail au théâtre JKL, des professeurs d’Habib, exclu de son lycée, sont venus le voir, lui et d’autres jeunes du lycée, raconte Mohamed Traoré. Ils nous ont dit qu’on n’avait pas choisi les plus faciles. Nous, notre principe, c’est d’être ouvert. Pas d’évaluation mais du travail de groupe et une exigence de présence. Si les jeunes viennent, c’est aussi parce qu’on leur propose une offre adaptée à leurs besoins, contrairement à ce qui se fait habituellement dans le quartier. »

« Personne n’a répondu à notre invitation »

Pour vivre, Anime et Compagnie compte sur un réseau de professionnels, pour du prêt de matériel, de la transmission de compétences ou une visite de locaux, par exemple, à Pantin, de la télévision locale. Ou encore sur l’aide de sympathisants, comme Axelle, une jeune du quartier en stage dans l’association pour rechercher des financeurs privés.

Car côté finance, comme de nombreuses associations du 18e, il est difficile de s’en sortir. « Nous sommes rentrés en politique de la ville, explique Thierry Soumah. Ce qui nous permet de recevoir une aide de la préfecture. Sinon, seuls nos coûts de fonctionnement sont couverts. » Le chef de projet de l’association regrette aussi un manque de visibilité auprès de la municipalité du 18e. « Nous n’avons pas un euro de la mairie. Au minimum, nous aurions aimé que quelqu’un vienne constater le travail réalisé, lors de la présentation des films. Personne n’a répondu à notre invitation. »

Découvrez toutes les activités proposées par Anime et Compagnie sur le site Internet de l’association.

Annonce : Anime et Compagnie recherche un administrateur bénévole de site Internet. Ecrire à l’adresse suivante : anime-et-compagnie@laposte.net

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1 commentaire
  • Le cinéma comme exutoire 5 janvier 2011 16:21, par scalp

    Génial, à quand un bon vrai long métrage avec les gosses du quartiers dont Farid (un vrai comédien) bien sur ?
    Et qu’ils le fassent sans la mairie, elle n’aura qu’à pleurer après de ne pas avoir aidé les nouveaux Spike Lee de la goûte d’or.

    Répondre


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