dimanche 23 avril 2017| 21 riverains
 

A La cravate solidaire, un costume taillé pour l'avenir

Abdelkader dans ses nouveaux habits donnés par La cravate solidaire, fin prêt pour s’attaquer au marché du travail.

La cravate solidaire, une association basée dans le 18e arrondissement de Paris, fournit gratuitement aux chômeurs un costume pour qu’ils puissent passer leurs entretiens d’embauche dans les meilleures conditions. Reportage.

Il faut d’abord passer le hall d’entrée, descendre une volée de marches, traverser une grande salle équipée d’une table ronde, de quelques chaises et d’une machine à café. Encore une porte et voilà le local de La cravate solidaire. L’association est hébergée par la Mission locale de Paris, au 51 rue Ganneron, dans le 18e arrondissement. Des centaines de costumes sont exposés dans une quinzaine de mètres carrés. Une véritable caverne d’Alibaba du costard.

Quand ils créent cette association en janvier 2012, Nicolas Gradziel, Yann Lotodé et Jacques-Henri Strubel sont étudiants en quatrième année à l’EDC (une école spécialisée dans la création d’entreprise). « Lorsqu’on est un étudiant sans beaucoup de ressources, se payer un costume c’est dépenser la moitié de son budget, explique Nicolas. Si pour nous c’est compliqué, alors pour des personnes en situation précaire c’est presque impossible. » De ce constat nait leur idée : fournir des tenues de qualité aux chômeurs afin de les aider à passer leurs entretiens d’embauche. Depuis, ils ne cessent de rechercher de costumes qui ne servent plus à leur propriétaire.

JPEG - 63.2 ko
Une séance d’essayage dans les locaux de La cravate solidaire, rue Ganneron, dans le 18e arrondissement.

Nicolas, Yann et Jacques-Henri frappent d’abord aux portes de leur famille et de leurs voisins pour s’approvisionner en vêtements. Mais rapidement, ils veulent aller plus loin. « On regardait les hommes d’affaires déambuler sur le parvis de la Défense à coté de notre école, raconte Nicolas. Dès qu’on en voyait un à l’étroit dans son costume, on se disait qu’il allait bientôt devoir le changer et que le premier serait perdu. C’est là qu’on a pensé à les récupérer. » Les trois amis prennent contact avec des chefs d’entreprises et les incitent à organiser des collectes de costumes auprès de leurs salariés.

La technique fonctionne. Les vêtements s’amoncèlent dans leurs caves du Val-de-Marne, en banlieue parisienne. Après un reportage publié en mars 2013, les donations augmentent. « On ne s’attendait pas à un tel engouement, confie Nicolas, toujours surpris. Sans local, on était dépassé. » Coup de chance, la Mission locale de Paris, chargée de la réinsertion des jeunes de 16 à 25 ans déscolarisés, les contacte : « Vous n’avez pas de local mais un projet et nous on a un local mais pas de projet, venez on bosse ensemble. » « C’est surprenant mais en gros, c’est comme cela que ça s’est passé », se souvient Nicolas. La cravate solidaire emménage dans le 18e.

JPEG - 57.3 ko
Nicolas Gradziel, 25 ans, est l’un des trois créateurs de l’association La cravate solidaire.

Une petite allée circule entre les portants remplis de cintres, les chaussures au sol et les miroirs adossés aux murs. Elle débouche sur une table rectangulaire où sont posés gobelets de plastique et parts de gâteau mis à disposition des participants. Un fauteuil et un canapé à l’apparence confortable et aux motifs marron l’encadrent. La cravate de Henry Giscard d’Estaing, PDG de Club Med, est épinglée au-dessus du fauteuil. « Lorsque l’on organise une collecte dans une entreprise, on demande toujours la cravate du PDG, explique Nicolas en souriant. Généralement, il nous la donne. »

Aujourd’hui, le jeune homme de 25 ans organise un atelier de préparation à l’entretien d’ambauche. Sur un léger fond musical, l’ambiance est décontractée. On se tutoie. Emmanuelle et Abdel Kader ont rendez-vous. L’un habite Paris, l’autre sa région. Ils sont au chômage. Ils ont connu La cravate solidaire par le biais de l’association Aurore, qui se bat contre l’exclusion des personnes en difficulté en vue de leur réinsertion. « Près de 90% des bénéficiaires de nos services, sont envoyées par des associations de réinsertions, précise Nicolas.

JPEG - 51.3 ko
Emmanuelle s’entraîne à un entretien d’embauche assuré par Benjamin Bachole, qui vient de créer une société de coaching et de formation en communication.

Emmanuelle, 36 ans, est sans emploi depuis plus de cinq ans. Elle cherche du travail dans la billetterie et évoque également l’idée de se lancer dans la musique. Un peu gênée, dans un premier temps, la jeune femme est vite à l’aise : « Je suis hyper stressée avant un entretien. Je fais des crises de panique. C’est pour cette raison que je suis venue aujourd’hui. Il faut que je reprenne confiance en moi. »

Dans un premier temps, Emmanuelle rencontre Lilou, conseillère en image de 29 ans. Pour elle, l’apparence physique agit énormément sur la confiance en soi. Ensemble, elles tentent de trouver la tenue parfaite. Lilou donne ses conseils : « À un entretien d’embauche, il faut un sac ou une pochette » ; « on doit être habillé sobrement. » Finalement, elles optent pour une blouse bordeaux aux reflets fuchsia, dans un pantalon noir et large - « Il faudra confectionner un ourlet », précise la conseillère – ainsi qu’une veste de costume, noire également.

JPEG - 58.6 ko
Lillou, conseillère en image, est l’une des bénévoles de l’association qu’elle a connue grâce à une amie.

« L’entretien me stresse encore mais je me sens mieux dans ma nouvelle tenue », souligne Emmanuelle. Avec le recruteur, ils vont explorer son CV, en corriger les erreurs et effectuer un véritable entretien d’embauche. Aujourd’hui, c’est Benjamin Bachole qui enfile la tenue d’employeur. À 37 ans, il vient de monter sa société de coaching et de formation en communication : « J’ai passé beaucoup d’entretiens dans ma vie. Je sais que ce n’est pas évident, c’est pour cela que j’ai eu envie d’aider toutes ces personnes en difficultés. »

La séance dure plus d’une demie heure. À la fin, Emmanuelle semble soulagée. Encore un dernier « truc », comme disent les responsables : serrer la main d’un recruteur, fermement, mais pas trop. Puis la jeune femme endosse à nouveau les vêtements qu’elle portait en arrivant et s’apprête à quitter l’association.« Je suis apte à trouver un travail », affirme-t-elle, avant de quitter les locaux, sa nouvelle tenue soigneusement pliée dans un sac qu’elle emmène avec elle. Généralement, les bénéficiaires ne viennent qu’une fois. Ils conservent les vêtements qui leur ont été fourni gratuitement.

JPEG - 53.7 ko
La cravate solidaire a aidé 250 personnes depuis sa création en 2012.

Abdel Kader, souriant dans son nouveau costume cravate, sort à sont tour de son entretien d’embauche fictif. « On ne s’était encore jamais occupé de moi comme ça », explique ce trentenaire, visiblement ému. Originaire du 19e arrondissement, il vient d’obtenir son permis caces qui permet de conduire la majorité des véhicules de chantier. Il cherche un emploi dans les travaux publics. « J’ai passé quelques entretiens mais je n’ai pas de réponse, admet-il. Avec ce rendez-vous j’ai compris l’attitude que je devais avoir, comment formuler ses réponses par exemple. C’est ce qu’il faudrait à tous les demandeurs d’emploi. »

Du service consacré aux ressources humaines aux conseillères en image, les membres de La cravate solidaire sont tous bénévoles. Ils sont une cinquantaine aujourd’hui. Nicolas semble toujours surpris du succès remporté par son association. Laquelle à aidé, à ce jour, 250 personnes en situation de précarité. Il aimerait que d’autres cravates solidaires naissent partout en France. « Nous souhaitons créer un réseau avec des valeurs communes, explique-t-il. Quand une personne arrive, elle est accueillie chaleureusement, on lui propose de boire un café et de se servir une part de gâteau. Nous voulons que cette mentalité persiste. »

Pour contacter La cravate solidaire, obtenir des renseignements, donner des vêtements, rendez-vous sur le site Internet de l’association en suivant ce lien.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

1 commentaire

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes