lundi 29 mai 2017| 28 riverains
 

Ecriture et musique aux nuits d'Espoir 18

Des ateliers créatifs et artistiques mis en place par l’association Espoir 18, en juillet 2011, ont animé la vie nocturne de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. De jeunes hommes et jeunes femmes se sont réunis, un soir par semaine, entre 22h et 2h, pour écrire, danser ou faire de l’expression corporelle.

Les basses transpercent les vitres qui séparent le local de la rue. Il est 22h et la musique emplit la rue Polonceau, à l’angle du square Léon, dans le 18e arrondissement de Paris. À l’intérieur, une quinzaine de jeunes hommes écoutent les bandes instrumentales élaborées par Samir, ingénieur du son autodidacte. Ils s’apprêtent à choisir celle sur laquelle ils poseront leur texte. Les éclats de voix répondent aux éclats de rires alors que chacun interpelle son voisin pour savoir qui veut quelle musique.

Très impliqués, ces jeunes se réunissent un soir par semaine, le jeudi, depuis le début du mois de juillet. Pour écrire, rapper, mixer. Ils apposent leurs paroles sur les pages de petits cahiers à grands carreaux fournis par l’association Espoir 18, à l’origine de cet atelier d’écriture et de musique nocturne au coeur de la Goutte d’Or. Une première.

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Les chanteurs entourent Samir, l’ingénieur du son, qui leur fait réécouter son travail.

Ce projet a été rendu possible grâce à la préfecture et à la mairie de Paris, qui le subventionne dans le cadre des “VVV” (Ville Vie Vacances). C’est un programme qui déploie des activités de loisir destinées prioritairement aux adolescents des quartiers sensibles. Danse et expression corporelle, les mardi et samedi soir, complètent le programme de l’association.

Un thème : les psychotropes

« L’idée était de fédérer garçons et filles autour d’un projet qui ne leur soit pas imposé, raconte Mamadou Doucara, responsable du pôle citoyenneté et membre fondateur d’Espoir 18, à l’origine de l’histoire. Le projet s’est développé en collaboration avec eux et l’idée de réaliser un clip a émergé. » Vient ensuite le thème. Ce sera l’addiction aux psychotropes. Proposé par l’association, le groupe y a adhéré. Non sans un regard critique.

Pour la plupart, écrire sur les psychotropes n’est pas un problème. Chanteur de 26 ans, Biff - ici, tout le monde s’appelle par son pseudo - le dit sans ambages : « C’est facile, on est dedans. » De fait, le regard de certains laisse penser que ce soir-là, les substances illicites ne sont pas qu’un sujet d’écriture. Son partenaire de chant, Laskeno voit dans l’atelier, « une thérapie ». Rapidement, le débat naît entre eux. « C’est pas parce que je vais chanter que je vais arrêter ! » « Peut-être que toi ça ne va rien te faire, mais à ceux qui vont t’écouter, si ! » rétorque Laskeno. Tous pensent aux plus jeunes qui pourraient encore éviter de tomber dans la drogue.

« C’est la mairie qui impose ce thème », s’exclame un autre chanteur, au cours de la soirée, alors que certains sont allés s’en griller une à l’extérieur. « Chacun en parle comme il le veut », corrige Omar Sonko, membre encadrant de l’atelier et familier de l’association depuis ses débuts en 2002. Et pour que les chanteurs ne se sentent pas bridés, l’atelier leur permet aussi de développer des projets personnels.

« Avant, on ne faisait que cracher notre haine »

Le rap, un moyen d’expression ? « Bien plus que ça », selon Laskeno, qui cherche le mot juste alors que Biff enchaîne : « C’est comme si c’était un sport, ça défoule bien. » Un défouloir d’autant plus efficace qu’il est canalisé. « Avant, on allait en studio et on ne faisait que cracher notre haine, témoigne Nessa de sa voix douce et posée. Maintenant on mixe, on masterise, afin que le son soit propre à l’oreille. On avance. »

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Apsychose, 24 ans, écrit ses textes. Contrairement aux autres chanteurs, il n’a pas encore terminé.

Nessa est un des rares participants à avoir un travail, il est employé à la Poste. « La plupart sont de jeunes adultes entre 18 et 25 ans, explique Mamadou Doucara, un peu en errance, non scolarisés et sans emploi ». Sur une table, un épais classeur bleu renferme des offres de travail. Les intéressés - un seul, ce jeudi soir - peuvent aussi bénéficier d’aide à la rédaction de CV et de lettres de motivation. Le but de l’association est aussi de les remettre sur la route de l’emploi.

« D’habitude, à cette heure-là, on galère : on est dehors, on est ensemble et on fume des pétards. » Biff est satisfait de l’initiative et pense qu’il en faudrait d’autres du même type. Espoir 18 compte renouveler l’expérience. Ce qui est sûr, c’est que les ateliers reprendront en septembre, après le Ramadan, pour la seconde phase de l’opération : la réalisation du clip avec les danseurs et les danseuses, les comédiens et les comédiennes.

« Plonger ces jeunes dans un projet à long terme est un élément important, cela leur donne une perspective, s’enthousiasme Mamadou Doucara. Ils peuvent à nouveau se projeter dans le futur. » Pour l’heure, chacun repart avec un CD sur lequel a été gravé le morceau de musique qui accompagnera le texte écrit lors de l’atelier. Le résultat final, le clip, fera certainement l’objet d’une restitution à la mairie du 18e. Un point auquel tient le responsable d’Espoir 18 : « Une forme de reconnaissance importante pour eux. »

Vous pouvez contacter Espoir 18 via cette adresse mail.
L’association occupe temporairement des locaux au 44, rue Léon.

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