mercredi 29 mars 2017| 27 riverains
 

Pénurie de médecins dans les 18e et 19e arrondissements

Le docteur Agnès Giannotti, dans le 18e, peut recevoir jusqu’à quarante patients dans la journée. Photo © Julien Pebrel.

Contrairement au reste de la capitale, le Nord-Est parisien se situe largement au-dessous de la moyenne nationale du nombre de médecins par habitant. Dans les 18e et 19e arrondissements, les praticiens et les élus se mobilisent donc, afin d’éviter ce phénomène de désertion médicale.

Rue Léon, dans le quartier de la Goutte d’Or, la salle d’attente du docteur Giannotti est toujours pleine. Avec sa consoeur, elles reçoivent sans rendez-vous. Entre vingt-cinq patients les « petites » journées et quarante les « très grosses ». Et s’il faut faire venir d’urgence un médiateur du quartier pour servir d’interprète, la consultation, malgré l’affluence, peut dépasser la demi-heure. En vingt ans d’exercice, Agnès Giannotti a appris à connaître tout le monde : « C’est un peu comme un village ! Le travail de médecin de proximité est passionnant, même si les journées sont fatigantes. Pour rien au monde je n’irais travailler à l’hôpital. »

Dans le 19e arrondissement, le quartier Flandre a perdu la moitié de ses médecins libéraux entre 2000 et 2009 : on compte dix-neuf installations contre trente-huit départs. Pour une population de 42 000 habitants, il compte trente-neuf généralistes et trente-cinq spécialistes, mais un seul gynécologue, un seul psychiatre et deux pédiatres. Résultats, les urgences de l’hôpital pour enfants Robert Debré, près de la porte des Lilas, sont constamment surchargées.

JPEG - 57.2 ko
Pour Agnès Giannotti, « le travail de médecin de proximité est passionnant, même si les journées sont fatigantes ».
Photo © Julien Pebrel.

Surcharge de travail

Dans le 18e arrondissement de Paris, où la population a augmenté de 12 000 habitants en dix ans, la situation n’est guère différente. Les urgences de l’hôpital Bichat, porte de Saint-Ouen, elles non plus ne désemplissent pas. Si la capitale est nettement mieux dotée en médecins que le reste du pays, les 18e et 19e sont en dessous et il existe de très grandes disparités au sein même de ces deux arrondissements. Surcharge de travail, prix de l’immobilier, isolement : seuls 10% des jeunes diplômés choisissent d’exercer en milieu libéral, et très peut en tant que généralistes. Pour le docteur Agnès Giannotti, il y a également un problème dans le cursus des études : « la filière généraliste n’est pas du tout valorisée, explique-t-elle, les études restent centrées sur l’hôpital. C’est pourtant intéressant ! Il faut donner ce goût aux jeunes pendant leur formation. »

C’est ce qui est arrivé au Dr David Faure. Pendant ses études, ce jeune médecin a fait un stage chez le Dr Margelich, avenue de Flandre. Séduit par sa façon de travailler, il a franchi le pas après quelques années de remplacements. « Je ne comprends pas les jeunes qui ne veulent pas s’installer », dit cet homme de trente-trois ans qui a toujours eu envie de faire un travail de proximité et de suivi avec ses patients. Le cabinet reçoit sur rendez-vous l’après-midi et fait des visites à domicile et dans les maisons de retraite le matin.

Maison de santé

La charge de travail n’est pas insupportable, selon lui. Mais ce qui l’a réellement convaincu, c’est le projet de maison de santé auquel il va participer avec le docteur Margelich. En septembre prochain, il est prévu que tous deux s’installent au rez-de-chaussée de la tour « M » de la cité Michelet Curial, dans le 19e, en compagnie d’une dizaine de praticiens (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes) qu’ils sont en train de réunir. Il s’agira de la première maison de santé parisienne.

JPEG - 43.9 ko
Pour le docteur Agnès Giannotti, l’avenir des généralistes est de se réunir.
Photo © Julien Pebrel.

« Je crois beaucoup à cette idée de regroupement, explique le docteur Olivier Margelich, car c’est efficace pour les patients, mais aussi pour les professionnels. Si une infirmière constate un problème avec un malade, il est plus facile d’intervenir rapidement. L’information passe mieux entre les soignants. La proximité des praticiens facilite l’adhésion des gens au parcours de soin. C’est le principe des centres médicaux sociaux, mais nous, nous pratiquerons en libéraux. Un secrétariat commun nous déchargera du travail administratif. Bref, c’est à la fois plus confortable et plus opérationnel. »

Manque de locaux

Le docteur Agnès Giannotti est convaincue que l’avenir des généralistes est de se réunir. Mais pour cela, ajoute-t-elle, il faut des locaux. « Si nous avions davantage de place au cabinet, les deux remplaçantes qui travaillent avec nous s’installeraient tout de suite ! Il en a qui en ont envie. Trois sont passées chez nous et ensuite décidée de s’installer en ville, parce qu’elles ont apprécié cette manière d’exercer. Mais ici, dans le quartier de la Goutte d’Or, il n’y a pas de locaux disponibles qui répondent aux normes de sécurité et d’accessibilité. »

L’idée de la maison de santé Michelet a été promue par la mairie du 19e, suite à une étude ciblée sur le quartier Flandre. Les élus sont inquiets : « On ne veut pas subir la désertification médicale », déclare Christophe Najem, conseiller municipal du 19e arrondissement délégué à la santé. Les résultats de cette étude, ainsi qu’une concertation avec les professionnels, ont permis de retenir deux pistes.

La première est d’aider les centres de santé associatifs à se développer ou à s’installer ; des projets sont à l’étude dans le quartier des entrepôts Macdonald, où de nouveaux logements vont être construits. La seconde est le regroupement de praticiens comme à la maison de santé. Cette structure aura par ailleurs une mission de prévention et d’éducation, par exemple sous forme d’ateliers ou de réunions de patients. Le quartier Danube devrait lui aussi bénéficier d’une attention particulière dans les prochaines années.

JPEG - 52.7 ko
Seuls 10 % des jeunes diplômés choisissent d’exercer en milieu libéral, et très peut en tant que généralistes.
Photo © Julien Pebrel.

Centre gériatrique

Le 18e arrondissement est également mobilisé. Dominique Demangel, adjointe au maire en charge de la santé, rappelle que la santé n’est pas une compétence municipale, mais relève de l’Etat. « Il y a des choses à faire, ajoute-t-elle. Concrètement, nous réfléchissions à une sorte de plateforme de service ou d’accompagnement qui aiderait les médecins libéraux dans leurs projets de regroupement. Car les structures juridiques et administratives sont compliquées et les médecins déjà surchargés de travail n’ont pas toujours les compétences pour les mettre en place. Nous devons aussi aider à la circulation de l’information : y a-t-il des locaux disponibles ? Où ? Quels sont les projets en cours ? » D’autres mesures sont envisagées, tel l’élargissement des horaires d’ouverture des centres municipaux. Celui de la rue Marcadet, par exemple, ferme à 17h, ne permettant pas aux travailleurs de s’y rendre.

Enfin, la création d’un centre gériatrique de proximité est à l’étude dans l’arrondissement. Ce lieu spécialisé facilitera la prise en charge complète des personnes âgées, qui seront ensuite suivies par leur médecin habituel ou en structure hospitalière si besoin. Une manière de prévenir les accidents et de maintenir plus longtemps des personnes à domicile. Avec un nombre de centenaires qui pourraient tripler d’ici 2050 sur le plan national, selon les prévisions de l’Ined (Institut national des études démographiques), ce genre d’initiatives pourrait se multiplier dans les années à venir.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes