lundi 26 juin 2017| 21 riverains
 

Souvenirs d'enfance dans le 18e arrondissement

La boulangerie du 54 rue Doudeauville, en 1906.Danielle Lacroix est née dans le 18e arrondissement de Paris en 1950. Elle a quitté le nord de la capitale voilà quelques années, pour s’installer à Vanves, dans la banlieue sud. Mais elle n’oublie pas le quartier où elle a longtemps vécu et sait fort bien le raconter.

Gourmandises

Ma grand-mère Georgette était une gourmande. Nous allions souvent jusqu’à la rue Ordener en face du square Clignancourt les jeudis de printemps pour qu’elle puisse à la Banquise, glacier réputé, déguster un café liégeois. Alexandre, mon grand-père, sirotait une boisson (une citronnade ?) et refusait de prendre une glace en s’écriant « Mais manges-en donc toi, puisque tu les aimes tant ! ». Grâce au ciel, j’héritais d’un sorbet à la fraise : je restais pantoise devant le glacier lorsque de sa spatule, il redressait dans la coupe en inox mon sorbet le faisant ressembler à un voilier rose sur une mer rose…

Dans la boulangerie du 54 rue Doudeauville, chez les descendants des Maigné, tous les dimanches, ma grand-mère envoyait mon grand-père acheter des « Paris-Brest », son dessert préféré à elle ! J’ai encore, comme Marcel sa madeleine, le goût délicieux de la crème praliné mousseuse entre deux pâtes à choux, saupoudrées de pralin et de sucre glace qui laissait des traces sur les lèvres et jusqu’au « museau », disait mon grand-père…

En revanche, le jeudi, ma grand-mère avait décidé une fois pour toutes que je raffolais des chaussons aux pommes… Et à goûter, puisque je n’avais pas osé la décevoir, je mangeais jusqu’à l’écœurement cette viennoiserie souvent encore tiède, bourrée de compote trop sucrée qui me dégoulinait sur les mains et me poissait les doigts... Combien de fois, ai-je eu une envie pressante à l’heure du goûter et n’ai-je jeté par bribes cette pâtisserie ? Aujourd’hui encore, je garde un sentiment coupable pour ces morceaux sur lesquels je tirais subrepticement et rapidement la chasse d’eau…

Rue Doudeauville

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Carte datant de l’année 1908.

Cette rue du 18ème arrondissement dans le quartier de la Goutte-d’Or a vu se dérouler mon enfance, puisque mes grands-parents y habitaient et me gardaient bien souvent. Voici la rue au siècle dernier, au niveau du pont qui surplombe la voie en provenance de la Gare du Nord. Les enfants y regardent toujours passer les trains. D’où ce texte écrit en plein été...

Sur le pont Doudeauville, une nuée de petites Africaines poursuivaient des voletées de coccinelles. Cette année-là, en plein mois d’août, les bêtes à bon Dieu avaient envahi la capitale sans qu’on se l’explique. Les gamines, quant à elles, cherchaient comment combattre l’oisiveté forcée d’une enfance à Paris pendant les vacances. Cantonnées et livrées à la rue, elles allaient, venaient, couraient, s’essoufflaient et repartaient comme les insectes qu’elles poursuivaient.


Avec leurs robes bariolées, leurs petites têtes chocolat aux cheveux bien tressés, elles remontaient trottoir après trottoir, chapardant parfois un fruit à l’épicier arabe, lui aussi ouvert tout l’été, ou jouaient dans un caniveau au maigre filet d’eau.
"Allons voir les chats près du terrain vague de la voie ferrée", s’écria soudain l’une d’entre elles.
Et elles s’échappèrent en poussant des petits cris effarouchés et excités, séduites à cette nouvelle idée de vagabondage.

L’Ombellule, le Blog de Danielle Lacroix, en cliquant ici

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