mardi 25 avril 2017| 15 riverains
 

Le 7 rue Ramey, Paris 18e arrondissement, 1942

Régulièrement, dixhuitinfo présente des clichés de François Gabriel, qui photographia, au début du XXe siècle, les Montmartrois sur les escaliers de la rue Muller, dans le 18e arrondissement de Paris. Hélène, sa petite fille, a retrouvé des photos de Sarah, 17 ans en 1942, qui habitait rue Ramey, avant que ses parents ne soient déportés vers les camps de concentration. Contribution et témoignage.

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La petite Sarah, signalée par une croix au crayon, entourée de ses parents, sur les escaliers de la rue Muller. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

Les photos prises sur les escaliers de la rue Muller par mon grand-père François Gabriel se retrouvent dans les archives familiales et apparaissent parfois au détour d’un livre déniché dans une bibliothèque : « Images de la mémoire juive » (1) présente huit photographies, prise de 1926 à 1936, d’une petite fille, Sarah, et de ses parents.

Sarah avait 17 ans quand ses parents ont été raflés, l’un après l’autre, en juillet 1942 : sa mère à son domicile, son père dans la rue. Internés à Drancy puis déportés à Auschwitch, ils n’en revinrent pas. Engagée dans la résistance, Sarah survit dans la clandestinité. Elle se marie à la libération et, mère de deux filles, ne leur dit rien du destin de leurs grands-parents maternels…

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La petite Sarah, signalée par une croix au crayon, entourée de ses parents, sur les escaliers de la rue Muller. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

Jusqu’à ce qu’en 2000, à 75 ans, elle se décide enfin à raconter l’indicible en publiant un texte illustré de ses peintures « Devoir de Mémoire » (2). Elle se consacre désormais à témoigner, en particulier à travers une exposition de peintures « Mémoires libres » organisée par l’Atelier d’arts Plastiques de Maurepas, en banlieue parisienne, à l’initiative de sa fille aînée Francine. Et si la Mairie du 18ème accueillait cette exposition d’une « enfant du quartier » ?

Sarah habitait 7 rue Ramey, où ses parents Isol et Bronia, émigrés nés en Russie, installèrent un atelier de broderies. Dans ses mémoires, elle raconte la vie du quartier :

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L’escalier de la rue Muller, dessiné par Sarah dans son livre Devoir de Mémoire. Cliquez pour agrandir.

« C’était un quartier populaire d’ouvriers et d’employés calmes et industrieux. De nombreuses familles d’émigrés de l’Est, juives ou non, y vivaient. Rue Marcadet, il y avait plusieurs commerces spécialisés pour cette clientèle et à proximité, tous commerces de détails (confiseries et dépôts de lait MAGGI et HAUSER, avec livraison à 5 heures du matin !). Rue Calmel, le local des associations culturelles, politiques et philantropiques juives recevait adultes et enfants.

Les quatre premiers étages de notre immeuble comportaient deux appartements ; le cinquième, quatre logements ; le 6e, six locataires disposaient d’un seul poste d’eau et un W.C. à la turque ! Gare à la concierge ! De sa minuscule loge noire, elle surveillait, distribuait le courrier, les quittances de loyer, pouvait donner de bons ou de mauvais renseignements à la police, indiquait à son gré les logements vacants : il fallait être bien avec elle, généreux qu’on le puisse ou pas, et respectueux...

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Le 7, rue Ramey, dessiné par Sarah dans son livre Devoir de Mémoire. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Au 6e étage, le logement consistait en une pièce de 20 m2 environ, mansardée, petite fenêtre, tomettes au sol, chauffé par un Godin nourri aux boulets de charbon qu’il fallait monter de la cave. Le placard-cuisine comportait une cuisinière en maçonnerie supportant un réchaud à gaz. Il renfermait tous les ustensiles de cuisine et de toilette ; l’eau était prise au robinet sur le palier et il n’y avait pas d’écoulement des eaux usées... Hygiène, vous avez dit hygiène ? Le lavage du linge ? Accumulé dans les placards des soupentes, il était lavé à la main, après ébullition dans "la barbote", au lavoir de la rue Bachelet.

Le brodeur Isol travailla, puis dirigea pendant plusieurs années l’atelier de Madame Babinger. La broderie était très à la mode et, en plus de son travail, il donna des cours du soir municipaux pour former des ouvrières. Puis il acheta une machine Cornely d’occasion et se mit à son compte, présentant des modèles créations aux confectionneurs et tricoteurs.

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La Mansarde, dans l’appartement de Sarah et de ses parents, utilisé aussi par son père comme atelier de couture. Cliquez pour agrandir la photo.

A quelques rues de là, la Maternelle de la rue André del Sarte, où l’on ne parlait que le français, recevait gratuitement tous les enfants. Tout près, dès 7 ans, à la Communale l’on pouvait batailler et gagner les premières places de la classe. Le beau carnet, le tableau d’honneur comptaient beaucoup dans la tradition juive pour la réussite scolaire et les études. Elle confortait les parents dans leur reconnaissance pour la générosité de la France, même à l’égard des émigrés. »

(1) Images de la mémoire juive
Immigration et intégration en France depuis 1880
Préface de Georges Charpak
Association Mémoire juive de Paris & Editions Liana Levi 1994
(réédité en format poche en octobre 2009).

(2) Devoir de Mémoire
Sarah Chaumette
Editions "ça presse"
Mai 2002.

Le diaporama ci-dessous présente des peintures réalisées par Sarah Chaumette et sa fille Francine Playe, dans le cadre de l’exposition "Mémoire Libre", qui rassemble un collectif d’artistes de l’Atelier d’arts plastiques de Maurepas, en région parisienne.

Cliquer sur une photo et lancer le diaporama

Portfolio

"Hiver 43" - S. Chaumette "Est-ce possible ?" - S. Chaumette "Par le fer et le feu" - S. Chaumette "En force aussi" - F. Playe

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3 commentaires
  • Le 7 rue Ramey,
    Paris 18e arrondissement, 1942
    1er mai 2010 08:06, par salewa

    J’étais une petite-fille de 9 ans à la déclaration de la guerre,les autorités de l’Est de la France ont fait évacuer tous ceux qui voulaient fuir devant l’avancée des allemends.Nous sommes partis avec des trains ,le nôtre a voyagé trois jours et trois nuits en partant de Nancy, passant par Livourne où nous devions être hébergé (pas de places)puis Bordeaux,finalement les Pyrénées (20 kms de la frontiére espagnole.Puis,1942 en février on nous transfère à Tournay.La fête de fin d’année scolaire a lieu le jour de la rafle que nous apprenons par une Tante qui en a réchapper pas son mari(le frère de ma mère) cete date est marquée dans ma mémoire,je me revois toujours sur la scène jouant un rôle.
    J’ai maintenant près de 80 ans,je vis à Jérusalem.

    Répondre

  • Le 7 rue Ramey, Paris 18e arrondissement, 1942 20 septembre 2010 19:46, par TUDURI Elisabeth

    J’ ai regarder le film "La Rafle" quel film ont n’on resort boulverser, choquer, que de semtiments bizarre se boulversent dans ma tête. Je connais cette période par ce qu’a bien voulu me dirent mes parents adoptif car ils étaient résistants et furent internet, ils ne voulaient pas dirent oui à cette barbarie humaine, simplement tendre une main.
    J’espére du plus profond de mon coeur que ce film passera un jour à la télé trés bientôt, car c’est un film avec un grand "F" il faut que les jeunes sachent, qu’ils savent ce que le Francais "certains" fesaient.
    Mais une grande leçon pour moi est donner à chaque fois que je vois ou un film ou un documentaire sur cette sordide période de notre histoire pas si lointaine, c’est la dignité de ces gens qui partent au début ils ne savent pas pour ou mais ils devinent et ils restent digne !!! Quelle leçon
    Il faut voire ce film, pour garder celà en mémoire ne pas oublier non ne pas oublier et pour que leurs étoile brillent au fire maman dans le ciel !!!

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