vendredi 20 octobre 2017| 22 riverains
 

Polémique autour d'une classe spécialisée

Une classe spécialisée accueillant des handicapés moteurs à l’école élémentaire Guadeloupe, dans le 18e arrondissement de Paris, sera transféré dans le 10e arrondissement à la rentrée 2011. Pour les enseignements, c’est une fermeture pure et simple. D’après le rectorat, il s’agit d’un transfert au nom de la proximité.

Les vacances d’été ne sont pas synonymes de joie pour tout le monde. À l’école de la rue de la Guadeloupe, la fin de l’année scolaire a un goût amer. Cet établissement du 18e arrondissement de Paris, situé dans le quartier Marx Dormoy, était jusqu’à présent doté, en plus de classes ordinaires, de trois classes spécialisées pour des enfants atteints de handicap moteur, des CLIS 4 dans le jargon. À la rentrée prochaine, l’une d’elle sera fermée.

Selon le rectorat de Paris, il ne s’agit pas d’une fermeture mais d’un simple transfert : cette classe va être transférée au sein d’une école élémentaire, rue de Lancry, dans le 10e arrondissement. Mais, à Guadeloupe, la décision afflige et scandalise enseignants et parents d’élèves. Nombre d’entre eux ne comprennent pas les raisons de cette « fermeture ». Emmanuelle Renard, institutrice spécialisée à Guadeloupe, a été nommée pour occuper le nouveau poste d’enseignant CLIS qui s’ouvre à Lancry. Elle reste néanmoins perplexe sur les raisons du transfert : « L’école de Guadeloupe, c’est un dispositif unique », explique-t-elle.

Un dispositif unique

Ce dispositif, c’est trois classes de huit élèves, une répartition par niveaux : apprentissage de la lecture, niveau moyen et préparation au collège. Des salles prévues pour les soins médicaux des enfants (kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité et ergothérapie) ont été rénovées et équipées en 2005, à hauteur de 250 000 euros par la mairie de Paris. L’école Guadeloupe fait figure de « pôle d’excellence » pour bon nombre de ceux qui la côtoient. Pourquoi alors fragiliser un tel édifice ?

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L’école de la rue de la Guadeloupe accueille actuellement quatre classes spécialisées. L’une d’entre elles sera supprimée à la rentrée 2011.

Un temps évoquée, l’existence d’une demande de classe de ce type dans le quartier de République ne semble plus tenir. Selon Philippe Dewerdt, enseignant spécialisé à l’école Guadeloupe, citant une réunion au rectorat lundi 27 juin 2011, « seuls quatre élèves sont inscrits à l’école Lancry, pour la rentrée prochaine ». Et il ajoute : « De plus, ils habitent tous dans le 19e arrondissement et ne relèvent donc pas du secteur de Lancry. » Le rectorat ne confirme pas. « Tout est flou », souligne Emmanuelle Renard, d’une voix lasse.

« Je vais avoir des élèves qui vont arriver à six ans et vont m’avoir pendant les cinq ans que dure leur scolarité, soupire-t-elle. Contrairement à Guadeloupe, à Lancry il y aura une seule class CLIS 4, les élèves ne pourront changer de professeur en passant d’un niveau à l’autre. Or changer d’enseignants et de fonctionnement c’est bien pour eux. »

Une logique de proximité

Deux visions s’affrontent au sujet de l’école de Guadeloupe. Pôle d’excellence pour les uns, l’école tendrait à être « un ghetto pour handicapés » pour d’autres. L’Académie de Paris défend une logique de proximité comprise dans la loi de 2005 sur le handicap. « En France, les parents sont en demande de proximité », argumente Gérard Duthy. Pour l’inspecteur d’académie du premier degré c’est dans cette proximité, mais aussi dans l’intégration dans les classes ordinaires que réside l’intérêt des élèves. Ainsi, « dans les années qui viennent, nous n’iront pas vers une concentration, mais vers une diversification des établissements, pour accueillir les élèves le plus près possible de chez eux. »

« Fermer cette classe est un gâchis considérable ». Ian Brossat, élu PC du 18e arrondissement et conseiller de Paris, est vent debout contre cette fermeture. Le 17 juin 2011, il a interpellé par courrier le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel. Puis, il a déposé un vœu lors du conseil d’arrondissement lundi 4 juillet 2011 (lire encadré). Ian Brossat fera de même au conseil de Paris, espérant obtenir le soutien de Bertrand Delanoë. « L’enseignement à l’école de Guadeloupe fait la fierté du quartier. L’anayse qu’en donne le rectorat est absurde et déconnectée de la réalité du terrain », affirme-t-il.

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Le rectorat parle lui de transfert d’une classe vers un autre arrondissement, dans une logique de proximité avec les familles.

Un point de vue partagé par les enseignants et les parents d’élèves. Le père de Mathieu, huit ans et demi et atteint de dyspraxie, a déménagé des Yvelines pour que sont fils soit scolarisé à l’école Guadeloupe. Pour lui, le regroupement des classes est un atout. « Mon fils a quatre séances médicales par semaine. À Guadeloupe, les spécialistes viennent sur place. Dans une autre structure, il perdrait deux heures de transport à chaque fois. »

Une synergie

« La présence de plusieurs enseignants spécialisés crée une synergie », renchérit Philippe Dewerdt. « Cela permet même une meilleure intégration des élèves de CLIS 4 dans les classes ordinaires, car il est plus facile de se faire entendre et comprendre des autres enseignants avec une équipe qu’isolé. » Toutes les semaines, les enfants passent quatre heures dans une classe ordinaire. Les récréations se font en commun. « Les rapports sont normalisés dans les deux sens, analyse Valéry Quiblier enseignante dans une classe ordinaire. « Ailleurs cela ne se passe pas aussi bien. »

Si bien que des parents, plus proches de la rue Lancry, ont choisi de laisser leurs enfants à Guadeloupe. Où, fermeture ou transfert oblige, les effectifs vont passer de huit à douze élèves par classe. Le maximum autorisé. Pour l’équipe pédagogique, le choix de fermer une classe équivaut à affaiblir un système qui marche. À privilégier des idées à la réalité du terrain. Pour le père de Mathieu, l’école Guadeloupe devrait au contraire être « un lieu d’expérimentation ». Que les innovations dont font preuve les enseignants puissent servir d’exemple.

Mais pour lui, « l’affaire est classée », le combat perdu. Ian Brossat ne l’entend pas de cette oreille. Bien que la décision n’est pas du ressort de la ville, l’élu PCF « ne lâchera pas l’affaire » : « Grâce à la pression politique on peut obtenir le maintien de la classe, nous avons déjà empêché la fermeture de classes. »

Le voeu de Ian Brossat (PC) rejeté au Conseil d’arrondissement

Le sort de l’école de Guadeloupe a fait débat lors du conseil d’arrondissement, lundi 4 juillet 2011. Après discussion, le voeu de Ian Brossat a été rejeté au profit de celui de Philippe Darriulat. L’adjoint au maire, chargé des affaires scolaires a présenté sur le même sujet, un voeu plus nuancé.
Sans remettre en cause la fermeture de la classe CLIS 4 de l’école de Guadeloupe, le voeu entend garantir à cette école du 18e arrondissement de Paris sa spécificité handicap. Surtout, il demande que les CLIS soient implantées de sorte à être le plus près possible des domiciles des élèves, et que cette question soit abordée au niveau de la capitale.
« Avec Ian Brossat, nous ne sommes pas opposés, précise Philippe Darriulat, nous avons simplement des visions différentes ». Dariulat place au centre de sa réflexion l’argument de la proximité. Et les intérêts partagés de la ville de Paris et ceux du 18e : « Ce qui importe est la répartition des classes CLIS sur l’ensemble du territoire parisien. Le 18e arrondissement concentre une large majorité des CLIS 4. »
Selon l’élu PS, la déconcentration est donc une bonne chose pour la capitale. D’autant que « l’on gagne des places dans le 18e ». En effet, une CLIS 1 va être ouverte à la rentrée rue Lepic et la CLIS 4 de l’école Rouanet va être adaptée pour accueillir des enfants en fauteuil. Pour lui tout le monde y gagne.
« Je pense que c’est dans l’intérêt des enfants, pour leur intégration dans les classes dites banales », poursuit Philippe Darriulat. Concernant les conditions matérielles, il conclut : « Il doit y avoir tout ce qu’il faut à Lancry : matériels d’ergothérapie et informatique, ascenseur et aménagement des toilettes. Il est impensable que, si le transfert a été décidé, la classe ne soit pas aménagée. »

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