mercredi 26 juillet 2017| 31 riverains
 

Les vendeurs à la sauvette et les biffins, vus de Dakar, Sénégal

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Métro Barbès, dans le 18e : « Le dénominateur commun de ces « ambulants » d’ici et d’ailleurs, c’est leur refus de rester les laissés pour compte du développement. »

Concurrence déloyale, nuisances, mais alternatives à la pauvreté : un article publié le 18 mai 2010 dans le quotidien sénégalais Le Soleil, intitulé L’équation du commerce urbain informel, dresse un parallèle entre la situation des vendeurs à la sauvette et des biffins à Dakar et dans le 18e arrondissement de « Paris ».

Les temps ont vraiment changé, et les marchands ambulants avec. Elles sont loin derrière ces années où, les épaules lourdement chargées de produits de tous ordres, ils allaient par monts et par vaux, parcourant des kilomètres et des kilomètres à pied, pour approvisionner les consommateurs des villes comme des villages les plus excentrés.

Avec la floraison des boutiques et de marché quasiment partout et les facilités d’approvisionnement offerts par les moyens modernes de transport et de distribution, les colporteurs de maintenant ont plutôt tendance à se sédentariser sur les trottoirs des artères les plus fréquentées et aux abords des zones commerciales patentées de la capitale et des grandes villes de l’intérieur.

Sortir de la misère
Le phénomène n’est pas propre à Dakar et aux autres capitales et villes africaines. Il a également pignon sur rue dans les grandes cités occidentales où il n’est pas le seul fait des émigrés. Il y occupe de plus en plus de nationaux, des jeunes et des moins jeunes, qui n’ont d’autres alternative de vie ou de survie que le commerce à la sauvette. Le dénominateur commun de ces « ambulants » d’ici et d’ailleurs, c’est leur refus de rester les laissés pour compte du développement. Tous cherchent à sortir de la marginalité, de la misère dans laquelle la répétition des crises tend à confiner un nombre croissant de monde. L’histoire leur enseigne que de richissimes personnes ont fait fortune en partant de rien, ou en débutant dans les affaires comme ils sont en train de le faire.

Réponse informelle au chômage
Mais les marchands ambulants qui tendent à sédentariser sur les trottoirs des artères qu’ils squattent sont dans une situation de concurrence difficilement supportable par les commerçants officiellement établis aux mêmes endroits. Ne supportant quasiment pas de charge, ils pratiquent des prix que ne peuvent s’autoriser leurs concurrents formels. Ils ont une clientèle très importante, car autant le commerce de rue est une réponse informelle au chômage qui, dans les villes africaines et d’ailleurs, étouffe la jeunesse ; autant il permet aux revenus fortement amoindris par la crise d’acheter, à des prix plus abordables que sur le marché régulier, du petit électroménager, de l’habillement, des pièces détachées, de la nourriture, des produits normalement fabriqués ou contrefaits dans certains pays émergents, des choses parfois trouvées, récupérées où « tombées du camion », pour dire « volées » comme les loubards français. Ensuite, les populations riveraines se plaignent partout des débordements du commerce informel du fait de toutes les nuisances qui lui son inhérents : insalubrité, insécurité, pollution sonore, obstruction d’accès, détérioration de biens privés et publics, etc.

Carré des biffins dans le 18e
La solution ? En France, un amendement Ump, adopté au Palais Bourbon, sanctionne les vendeurs à la sauvette qui sont passibles de six mois d’emprisonnement et de 3.750 euros d’amende. Mais rien n’y fait, le nombre de ces marchands prompts à remballer leur camelot et à s’évanouir dans la nature urbaine ne cesse d’augmenter. Et il est impossible d’en endiguer le flot, à moins de placer un policier ou un gendarme derrière chacun de ces fuit-la-misère. Une idée à la teneur plus avenante a été mise en oeuvre dans le 18ème arrondissement parisien, consistant à aménager un espace d’insertion et de vente solidaire, un « Carré des biffins » exclusivement réservé aux seuls vendeurs à la sauvette domiciliés dans la zone, et à la condition qu’ils s’engagent à accepter un accompagnement social.

Constellation de petits souks ?
Une démarche similaire est en cours dans la capitale sénégalaise où la principale difficulté est présentement de trouver un espace viable où caser les marchands ambulants. Mais arriverait-on à dénouer cette question que l’équation du commerce informel dans les rues de Dakar risquerait de demeurer entière. Il n’est pas sûr que les trottoirs libérés par les vendeurs à la sauvette délocalisés ne seront pas réoccupés, de la même manière, par une nouvelle vague. Faudra-t-il alors ouvrir, encore et encore, des sites d’accueil et de regroupement, jusqu’à transformer la capitale en une constellation de petits souks ?

Titres et intertitres sont de la rédaction.

Le site Internet du quotidien Le Soleil, en cliquant ici

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