samedi 25 mars 2017| 25 riverains
 

La Ruche qui dit oui ! du producteur au consommateur

Les membres de La Ruche du passage Penel viennent chercher leurs commandes auprès des producteurs et des bénévoles.

La Ruche qui dit oui ! privilégie les circuits courts : elle met directement en contact les producteurs de fruits, de légumes ou de viandes, avec leurs acheteurs, sans intermédiaires. Rencontre avec Florence Servas-Taithe, qui a ouvert début 2012 une ruche, très active et conviviale, dans le 18e arrondissement de Paris.

Chaque jeudi, entre 18h et 20h, un même rituel se déroule passage Penel, qui relie la rue Championnet à celle du Ruisseau, dans le 18e arrondissement de Paris. Des habitants du quartier se croisent pour venir retirer des produits fermiers (légumes, fruits, farines, viandes, vins, huiles…) commandés préalablement en ligne. Ils ne se rendent pas dans une boutique, mais au domicile de Florence Servas-Taithe. Cette diététicienne de profession depuis 25 ans transforme ainsi chaque semaine sa maison en lieu de distribution, où se retrouvent des producteurs régionaux et leurs acheteurs. Sans aucun intermédiaire, comme c’est le cas pour une vente à la ferme. On y vient chercher des produits frais, locaux, de qualité et aussi échanger avec l’agriculteur.

Mais pourquoi ce nom de ruche ? Parce que Florence a créé son réseau grâce à La Ruche qui dit oui ! Cette start-up parisienne du 10e arrondissement veut promouvoir dans toute la France les circuits courts de distribution alimentaire, en incitant des personnes à construire et développer contre rémunération (voir encadré) une communauté de producteurs agricoles et d’acheteurs. « Il existait déjà deux ruches dans Paris, dont une très importante dans le 10e, installée au Comptoir général, explique Florence Servas-Taithe. Quand j’ai entendu parler de ça par une amie, je me suis dit "Je veux le faire !" et j’ai déposé un dossier. » Trois cents ruches ont déjà ouvert à ce jour, en France et quelques unes en Belgique.

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Florence Servas-Taithe, à droite, est diététicienne. Elle a ouvert sa Ruche en 2012.

Celle de Florence a ouvert début 2012. Avant, il a fallu la construire la base : recruter des abeilles, c’est à dire des membres dans son entourage et des producteurs dans un rayon imposé de 250 kilomètres. « J’ai cherché sur Internet, poursuit Florence. Il y a aussi des produits que j’ai l’habitude d’utiliser et que je connaissais. J’ai alors contacté les producteurs directement, je suis allée sur le terrain. » Pas toujours facile, au démarrage : « Les producteurs ne me connaissaient pas, certains m’ont vu arriver comme La Parisienne, se souvient-elle en riant. Il y en a que j’ai vraiment dû convaincre. »

Pour être membre de sa ruche, rien de plus simple : il suffit de s’inscrire gratuitement en ligne, sur son site. Il n’y a pas de contrainte (fréquence ou montant de commande) contrairement au système des très militantes Amap (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne et biologique), où producteurs et acheteurs sont liés par un contrat et des engagements réciproques. « Ma ruche atteint aujourd’hui 100 à 150 paniers par distribution chaque semaine, calcule Florence Servas-Taithe. Certaines personnes viennent une fois par mois, d’autres une fois par trimestre, d’autres chaque semaine. Il y a des paniers à trois euros, d’autres à 150. Il n’y a pas de profil type. »

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Les commandes sont entreposées au domicile de Florence et attendent leurs acheteurs.

Sur les 2 000 inscrits, elle compte 800 personnes ayant déjà acheté une fois, et 300 qui le font régulièrement. En ce qui concerne les prix, Florence estime qu’ils sont « comparables à ceux du bio dans les magasins bio avec l’avantage de la fraîcheur, de la production locale et du lien avec le producteur. Les légumes sont souvent moins chers que dans nos hypermarchés ».

Ambiance bon enfant

En ce jeudi de distribution, certains membres passent chercher leur commande en vitesse, d’autres s’attardent, discutent avec les producteurs, dégustent. L’ambiance est bon enfant. « Il y a des liens qui se créent entre certains des membres et qui n’auraient jamais vu le jour dans la vie normale, souligne Florence. On habite tous dans un petit périmètre, mais on a beau être voisins, on ne se connaît pas forcément. »

Camille a entendu parler de la ruche par le bouche à oreille et vient depuis plusieurs mois : « Je fais déjà partie d’une Amap. Mais je voulais un complément, et la ruche est idéale pour cela. On peut choisir ce qu’on veut. Et puis c’est plus sympa de faire ses achats ici qu’au supermarché, on rencontre les producteurs. Tout ce que je peux acheter ici, je le fais, comme la viande ou les légumes. C’est une question d’organisation, ça oblige à réfléchir à ce qu’on consomme, on fait davantage attention. »

Astrid, elle, venue chercher des œufs et de l’herbe à chat, entre autres produits. « J’ai découvert ce système sur Internet et j’ai bien aimé le principe », dit-elle. Certains membres de la ruche aident aussi bénévolement Florence. Ils peuvent, par exemple, distribuer les produits d’un producteur absent, car ses produits ont été transportés à Paris par un autre producteur dans le cadre d’une formule de co-voiturage.

Une trentaine de producteurs

Florence travaille aujourd’hui avec une trentaine de producteurs, qu’elle a choisis elle-même (elle privilégie les éleveurs qui nourrissent leurs bêtes avec de la nourriture produite sur place, par exemple). « Mes critères de sélection sont élevés, souligne-t-elle. Et puis je n’ai pas envie de mettre mes producteurs en concurrence. Je veux qu’ils travaillent en confiance avec moi. Je souhaite qu’ils aient un revenu régulier, qu’ils puissent embaucher, investir. L’inverse est vrai aussi, j’accepte mal qu’on me lâche, que les producteurs n’aient pas cette patience de conquérir leur clientèle. »

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Jean-Marie, agriculteur céréalier dans l’Eure, est l’un des fournisseurs de La Ruche.

Jean-Marie, agriculteur céréalier à Boussey, dans l’Eure, est l’un de ses fournisseurs : « Grâce aux ruches, on accède en direct aux consommateurs, nous leur expliquons comment nous travaillons. Cela peut aussi nous aider à orienter nos produits. Je livre plusieurs ruches. Cette activité représente 2 % de mon chiffre d’affaires. Pour certains producteurs, c’est bien plus. » Des producteurs peuvent en effet travailler pour un vingtaine de ruches.

Comme un deuxième métier

Aujourd’hui, la ruche tourne bien. Elle a même adopté un rythme de distribution hebdomadaire en juillet dernier, contre une fois tous les 15 jours auparavant. « Ca fait du boulot mais je me débrouille, c’est une habitude à prendre, affirme Florence. Le plus lourd, c’est surtout après la distribution : savoir qui n’a pas eu tel ou tel produit, gérer les paniers des gens qui ne sont pas venus, etc. Cette ruche, c’est comme un deuxième métier. Mais je travaille quand je veux, pour répondre aux mails, contacter les producteurs. »

Florence en tire un petit revenu complémentaire, mais à l’écouter, ce n’est pas son but : « Les consommateurs veulent plus de traçabilité, un autre lien avec la nourriture. Moi l’idée que je fais passer à travers ma Ruche, c’est le lien : cuisiner, connaître le producteur, respecter le produit. La Ruche me permet de mettre en pratique ce que je prône dans ma profession de diététicienne. C’est une sorte de continuité. » Prochaine étape importante : de nouveaux murs pour cette ruche, toujours dans le 18e. « Nous sommes de plus en plus à l’étroit », sourit Florence.

La Ruche, mode d’emploi
Validation des offres des producteurs, lancement de la vente, animation de la communauté : le responsable d’une ruche la gère via le site Internet La ruche qui dit oui ! Il est rémunéré par un pourcentage fixe (environ 8% TTC du montant des ventes) versés après chaque distribution à titre personnel (un statut commercial est donc indispensable, tel qu’auto-entrepreneur) ou en tant qu’association. La ruche qui dit oui ! se réserve un pourcentage à peu près équivalent pour se rémunérer (le site gère notamment le système de paiement). Le reste va directement aux producteurs. À chaque vente ouverte, les acheteurs constituent leur panier, sachant que les producteurs indiquent un minimum de commande à partir duquel ils acceptent de livrer. Une fois validé, le montant du panier est débité par le site.

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