dimanche 25 juin 2017| 27 riverains
 

Les coulisses de la rue de la mode, dans la Goutte d'Or

L’atelier de Sakina M’sa accueille des travailleurs en insertion. Photo © Christophe Voisin.

En 2001, sous l’impulsion de la mairie de Paris, plusieurs boutiques-ateliers de créateurs ont investi la rue des Gardes, quartier de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris, pour en faire un nouveau pôle-mode. Dix ans plus tard, qu’advient-il du projet ?

Difficile de dénicher la fameuse rue des Gardes, petite enclave fashion parmi les commerces populaires de Barbès. C’est pourtant là, au cœur du 18e arrondissement de Paris, que se cache le cœur de la création de mode. De part et d’autre de cette rue en pente, des enseignes carmin surmontent les vitrines rangées comme des boîtes. Dans chacune d’elles, des vêtements de toutes sortes, créations singulières et foisonnantes, qui se prêtent au regard. Au fond des boutiques, les ateliers livrent leurs multiples trésors : boutons, bobines, aiguilles, tissus colorés, croquis...

Au milieu de ce foisonnement, Marcia de Carvalho pique et repique dans le tissu. Ici, elle conseille une stagiaire ; là, elle vérifie la texture d’un voile. Cette créatrice brésilienne a été l’une des premières à s’installer dans la rue, en 2002. Son style chamarré marie savamment les contrastes : « Dans ma culture, le mélange est très important. Je m’efforce de traduire ce métissage dans mes réalisations. » Tout comme la rue des Gardes, qui apporte de la diversité dans le quartier : « C’est un îlot exotique valorisant les talents et savoir-faire de chacun. »

Soutenir la création
La « rue de la mode » naît en 2001, sur une initiative de la mairie de Paris et de la Fédération française du prêt-à-porter féminin. Son objectif : soutenir la création dans un quartier cosmopolite. Quatorze jeunes espoirs de la mode se lancent alors dans l’aventure. Pour démarrer leur activité, ils louent leurs locaux – d’une surface allant de 30 à 170 m2 – 61 euros le mètre carré, un prix très raisonnable dans la capitale. Pourtant, dix ans plus tard, ils ne sont plus que neuf.

La dernière créatrice installée rue des Gardes, il y a près d’un an, est Tessa Delpech. Passionnée par la couture depuis l’enfance, elle tient une boutique très girly au numéro 7, où elle s’occupe de tout : couture, communication et même comptabilité. A travers son style, elle souhaite « explorer toutes les facettes de la féminité » et s’inspire « d’icônes comme Marilyn Monroe ou Audrey Hepburn ».

Elle a débuté en 2008 en lançant sa propre marque et en travaillant à domicile dans le quartier du Trocadéro. Mais pour se faire connaître, elle voulait ouvrir un point de vente. La mairie de Paris lui a alors proposé ce projet « exceptionnel ». « Une belle opportunité pour les débutants », conclut Tessa Delpech. Aujourd’hui, Tessa est-elle toujours aussi enthousiaste ? La créatrice fait la moue. Si elle reconnaît les qualités de ce projet, elle regrette « le manque de dynamisme du quartier » et ne souhaite pas se fixer à cette adresse. D’ici à un ou deux ans, elle migrera vers Saint-Germain-des-Prés.

Entreprise d’insertion
À l’inverse, Sakina M’Sa s’est établie « rue de la mode » avec la ferme intention d’y rester. Depuis 2005, cette créatrice marseillaise d’origine comorienne a fait de sa marque une entreprise d’insertion. L’atelier voit naître au fil des saisons des collections toujours plus sophistiquées, caractérisées par un style contemporain et féminin, rehaussé d’une touche ethnique pour l’âme et l’énergie. En hommage à la classe ouvrière, Sakina M’Sa a créé un blouson qui revisite le bleu de travail. « La création doit s’ancrer dans la réalité humaine et s’intégrer au tissu social du quartier. Il reste encore beaucoup à faire. La “rue de la mode” ne doit pas s’endormir sur ses lauriers. »

L’avenir de la « Rue de la mode » repose sur la détermination de quelques créateurs. En dix ans, certains d’entre eux se sont installés puis sont repartis vers des quartiers plus centraux. Le renouvellement apporte une diversité nécessaire mais il risquerait de mettre en danger la pérennité du projet.

Diaporama sonore : portrait de Marcia de Carvalho

Portfolio

Les couleurs vives de Màrcia de Carvalho. ©Christophe Voisin. Patchworks de Màrcia de Carvalho. ©christophe Voisin. L'atelier de Sakina M'sa. ©Christophe Voisin. L'atelier de Sakina M'sa. ©Christophe Voisin. L'atelier de Sakina M'sa. ©Christophe Voisin.

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