mercredi 23 août 2017| 22 riverains
 

Le Virgin Megastore de Barbès en sursis

Virgin Megastore est ouvert depuis 2002 sur le boulevard Barbès.

Confronté au dépôt de bilan de sa maison mère, le Virgin Megastore situé 15 boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris, pourrait fermer ses portes dans quelques mois. Trente et un emplois sont menacés. Et avec eux une enseigne culturelle bien implantée dans le quartier. Reportage.

La crise qui affecte aujourd’hui l’enseigne Virgin Megastore en France ne fait pas de quartier : le magasin du boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris, se mobilise depuis l’annonce brutale et inattendue du dépôt de bilan le 7 janvier 2013, lors d’un comité d’entreprise exceptionnel. Une semaine plus tard, la chaîne est placée en redressement judiciaire. Le Virgin Barbès attend désormais un repreneur capable de maintenir l’activité culturelle dans les 2000 m2 loués à Paris Habitat, l’Office public de l’habitat de la capitale.

« Il est vital pour la Ville de Paris de maintenir le Virgin Mégastore à Barbès », déclare Ahcène Bouzit, responsable logistique du magasin et délégué syndical Force Ouvrière. Jacques Beçon habite la Goutte d’or depuis 1998. Client de la première heure, cet éboueur de 50 ans a noué des liens indéfectibles avec le personnel qui dépassent le simple contexte commercial. « Fermer le Virgin Barbès reviendrait à condamner l’activité culturelle au sein du quartier et le contact humain que favorise ce commerce de proximité », souligne-t-il. Adepte des collectors, sa passion, cette situation le désole d’autant plus qu’il ne dispose pas d’Internet pour effectuer ses emplettes.

Liens entre salariés et clients

Ouvert en septembre 2002, ce magasin est issu d’un projet politique de réhabilitation du quartier mené conjointement par la Mairie du 18e et la Ville de Paris. Mission accomplie pour Julien Heissler, 39 ans, responsable des rayons Musique et Vidéo. Il s’est beaucoup investi, aux côtés de collaborateurs atypiques et passionnés, dans l’animation du magasin et dans la vie culturelle du quartier. Sous l’impulsion des associations de commerçants du 18e, Julien Heissler a instauré une « politique commerciale conviviale », qui fait aujourd’hui la singularité culturelle et sociale du Virgin Barbès. Une image jeune et novatrice qui contribue à tisser des liens sociaux entre salariés et clients.

« Contrairement aux idées reçues, explique Julien Heissler, les animations, showcases ou dédicaces, y sont plus fréquentes que dans n’importe quel autre Virgin en France. » C’est aussi l’avis de Clément Depoortere, 23 ans, vendeur depuis deux ans et DJ amateur, qui a choisi voilà trois mois d’habiter ce quartier populaire. « Nous avons attiré des artistes importants, issus d’horizons très différents, souligne le jeune homme. Les Fatals Picards, un groupe français mêlant l’humour et l’engagement à divers genres musicaux, les rappeurs Rim’K et Guizmo ou encore Mariama, une artiste en plein essor. »

Des partenaires locaux

« Néanmoins, précise Julien Heissler, Butler Capital Partners, l’actionnaire majoritaire de Virgin, ne nous a pas attribué les investissements nécessaires pour assurer une communication à la hauteur des événements organisés sur le point de vente de Barbès. » Dans ces conditions, le magasin a dû s’appuyer sur des partenaires locaux pour travailler correctement : Flashback Photographie, composé de photographes professionnels, Star’s Music, fournisseur attitré qui lui procure gracieusement le matériel des concerts et Musiquemag.com, un webzine. « Ils ont permis d’assurer l’actualité du Virgin Barbès et une communication somme toute artisanale », ajoute Julien Heissler.

Comment en est-on arrivé là ? La dématérialisation des contenus pour certains et une « concurrence déloyale » exercée par les commerces virtuels, tels Amazon et Apple, selon Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, sont régulièrement avancées. Analyse trop sommaire du point de vue de Julien Heissler : « Le virage numérique a été amorcé par l’enseigne dès 2001 ; il n’y a donc pas eu de retard, souligne-t-il. Le vrai nœud du problème découle de la stratégie adoptée par Butler Capital Partners. Dès sa prise de fonction en 2008, l’actionnaire principal a revendu le Furet du Nord, une chaîne de librairie, qui constituait l’un des axes les plus lucratifs de l’enseigne. »

« Bandits en col blanc »

Julien Heissler et Ahcène Bouzit dénoncent « un montage financier et managériale douteux, orchestré par des bandits en col blanc, à seule fin d’engranger des bénéfices. » Point de vue partagé par Ian Brossat, élu PC du 18e arrondissement et conseiller de Paris, pour lequel « la mutation des industries culturelles n’explique pas tout ». « Butler s’est contenté d’appliquer à Virgin un scénario bien rodé, ajoute-t-il, à l’origine des fiascos de la SNCM, Société Nationale maritime Corse Méditerranée, en 2009 et du SERNAM, Service National de Messageries en 2011, dont il était également l’actionnaire majoritaire. »

Julien Heissler et Achène Bouzit lui reprochent aussi d’avoir volontairement creusé la dette pour justifier légalement le dépôt de bilan, sans prendre en charge un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Les loyers de l’enseigne Virgin Megastore, impayés depuis octobre 2012, ont largement contribué à creuser cette dette. « En l’occurrence, avec un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros réalisé en 2012, le Virgin Barbes avait la capacité de verser son loyer d’un montant de 450 000 euros par an », affirme Julien Heissler. Un loyer raisonnable au regard de celui du Virgin des Champs-Elysées, estimé à 14 millions d’euros par an. Un argument supplémentaire qui fera peut-être pencher la balance en faveur du Virgin Barbès.

Le compte Facebook du Virgin Megastore Barbès.

Historique
Virgin Megastore, ce sont 26 magasins en France, dont quatre magasins à Paris, pour un total de 1200 salariés.
- 2001 : Richard Branson, entrepreneur britannique, fondateur de Virgin Megastore cède la chaîne au groupe Lagardère.
- 13 septembre 2002 : ouverture du Virgin Barbès
- 2008 : Butler Capital Partners, principal fonds d’investissement français devient l’actionnaire majoritaire avec 74% du capital, aux côtés de Lagardère (20%) et Geoffroy Roux de Bézieux, président de Virgin Mobile (6%).
- 7 janvier 2013 : annonce par la Direction Générale de Virgin du dépôt de bilan lors d’un Comité d’entreprise exceptionnel.
- 9 janvier 2013 : dépôt de cessation de paiement et demande de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Paris.
- 14 janvier 2013 : audience au tribunal de commerce de Paris afin de nommer un administrateur judiciaire en charge d’analyser la situation de Virgin Megastore. L’enseigne est placée en liquidation judiciaire dans l’attente de trouver un repreneur. - 21 mars 2013 : nouvelle audience en vue de statuer sur une extension de la période d’observation, qui pourrait être prolongée à 6 mois.

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