dimanche 23 avril 2017| 21 riverains
 

Le cash de la place Albert Kahn nourrit aussi le continent africain

Trois sociétés de transferts d’argent sont désormais implantées, dans un petit périmètre, place Albert Kahn, dans le 18e arrondissement de Paris. A deux pas de la porte de Clignancourt, le choix de cet emplacement ne doit rien au hasard : ces services, coûteux, sont avant tout utilisés par les travailleurs immigrés pour envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays. C’est aussi une manne financière considérable pour les états concernés.

Western Union a ouvert le bal. La société de transferts d’argent a planté son agence en 2008, à l’angle de la rue Hermel et du boulevard Ornano, dans le 18e arrondissement de Paris. Moneygram, établissement au profil identique, lui a emboîté le pas quelques semaines plus tard, place Albert Khan. Aujourd’hui, c’est au tour de Ria, une compagnie de services financiers américaine, comme les deux autres, d’ouvrir ses guichets juste en face, rue Championnet. Résultat, trois sociétés de transferts de fonds cohabitent désormais dans un rayon de deux cents mètres. Un Crédit Lyonnais va bientôt compléter le tableau. Les riverains attendaient des commerces de bouche, les banquiers ont été plus rapides.

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Le succès de ces établissements repose sur la vitesse d’exécution et la simplicité d’utilisation des transactions : une carte d’identité, un code secret, du cash et le tour est joué.

Le samedi, les familles s’entassent aux guichets. Chez Moneygram, les mômes patientent, affalés où ils peuvent. Moubidou, un jeune homme du Val-de-Marne, de passage dans le 18e arrondissement, vit de petits boulots. Il envoie régulièrement entre 100 et 200 euros à sa mère, en Côte d’Ivoire. « Ces guichets sont pratiques, dit-il, en moins d’une heure, l’argent est à la maison, là-bas. Bien plus rapide qu’un chèque. D’ailleurs, là où habite ma famille, Il n’y a pas de banque. » Faute de système bancaire adéquat, les sociétés de transferts d’argent sont présentes en Afrique depuis la fin des années 90. Le succès de ces établissements repose sur la vitesse d’exécution et la simplicité d’utilisation des transactions : une carte d’identité, un code secret, du cash et le tour est joué.

Selon une étude, publiée en 2007, par la Banque africaine de développement, 1,5 milliard d’euros ont été expédiés au pays, depuis la France, par la diaspora marocaine en 2005 (suivent le Sénégal, 450 millions d’euros ; le Mali, 300 millions ; et les Comores, 72 millions d’euros). Selon la destination, entre 20 et 80 % de ces volumes sont constitués par des transactions réalisées par les filières informelles, associations ou particuliers. Voilà pourquoi les comptoirs de transferts d’argent prolifèrent : il y a de la marge et du client à séduire. « Le marché est exponentiel, » s’enthousiasme même Nadia, commerciale chez Ria, rue Championnet.

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En 2005, 1,5 milliard d’euros ont été expédiés au pays, depuis la France, par la diaspora marocaine.

Personne ne fait la fine bouche. Et surtout pas les pays récipiendaires, pour lesquels ces liquidités représentent une véritable manne : entre 9 et 25 % du produit intérieur brut, selon les cas. Et, dans tous les cas, largement davantage que l’aide publique au développement. Sur place, l’argent sert la plupart du temps à régler les dépenses d’alimentation, de santé et d’éducation. Une partie est directement injectée dans l’immobilier.

Revers de la médaille, le taux de commission est élevé : entre 5 et 20 %, selon le montant envoyé. Dur à avaler, car les migrants qui expédient des euros occupent en majorité des emplois peu qualifiés. « J’espère au moins que la concurrence va jouer, poursuit Moubidou, en désignant les nouveaux guichets. C’est difficile pour nous, car il faut assurer la vie quotidienne en France. » Qu’il se rassure. Nadia, la commerciale de Ria, n’en doute pas. Au milieu des cartons d’ordinateurs qui jonchent la succursale, elle prévoit d’autres ouvertures dans les mois à venir dans le quartier : « A deux pas du périphérique, de la porte de Clignancourt et des puces, l’emplacement est idéal. »

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