jeudi 24 avril 2014| 68 riverains
 

La Table ouverte, un restaurant à tout petits prix

Zohra, Tacko et Brahim, dans la cuisine de la Table ouverte. Photo © Nadia Benchallal.

Parmi ses multiples activités, la Table ouverte, dans le 18e arrondissement de Paris, propose des déjeuners complets aux anciens du quartier de la Goutte d’Or à des prix défiant toute concurrence : cinq euros le repas. Un projet mené de main de maître par Rachid Arar, le responsable de l’association. Reportage.

Il suffit de quelques tables nichées au rez-de-chaussée de l’Institut des cultures d’Islam, rue Léon, pour faire le bonheur de tous les palais de la Goutte d’or et au-delà. Depuis début 2012, à l’association la Table ouverte, on peut déjeuner, bruncher, boire un thé à la menthe, ou goûter aux plats venus d’ici et d’ailleurs. Pour quelques euros seulement.

C’est vendredi. Zohra Benafla, la cuisinière, toute en rondeur sous sa robe fleurie, est aux fourneaux depuis neuf heures du matin. Elle a 74 ans, a élevé dix enfants et ne compte plus ses petits enfants. « Aujourd’hui, c’est couscous poulet, explique-t-elle. Mais aussi bœuf ou merguez, si vous préférez. »

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Rachid Arar, l’homme orchestre du restaurant la Table ouverte. Photo © Nadia Benchallal.

À ses côtés, Tacko Fall, une jeune sénégalaise, casquette vissée sur les cheveux, a lancé une soupe Khandia. Elle a un peu de mal à actionner le robot qui mixe la sauce gombo. Mais Rachid Arar veille au grain. Il est, lui aussi, aux cuisines, court chercher la menthe au marché, et s’emploie à accueillir le client d’un « bienvenue, vous êtes chez vous ! » Rachid est partout : c’est le boss.

La table ouverte est une affaire de famille qui a débuté voilà trente ans, rue Polonceau, à la Goutte rouge, un resto tenu par les parents Arar. Le petit Rachid a donc été à bonne école, la famille a la fibre solidaire et « remplissait déjà le panier des anciens ».

Rachid est un enfant de la Goutte d’Or, où il est né en 1961. Il est allé à l’école maternelle Saint Luc, puis en primaire à l’école de la rue Jean François Lépine. Ensuite, Rachid a suivi les cours au collège du côté de Marx Dormoy, avant de s’attaquer au lycée professionnel rue Boisnod. Mauvaise pioche pour cette dernière étape avec une orientation vers un CAP d’ajusteur. Pas dupe Rachid : « Une orientation pour un fils d’arabe » et pas du tout sa vocation.

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L’équipe de la Table ouverte. Photo © Nadia Benchallal.

Par la suite, le jeune homme pratique tous les métiers : peintre, pompiste, coursier, un passage éclair chez Renault Flins, etc. Parallèlement, il y a le resto familial où il donne un coup de main après le travail : « Ça m’a permis de faire un peu de restauration. »

En 2007, Rachid devient animateur au café social Dejean. C’est là que les “chibanis”, ces immigrés âgés, prennent conseil pour leurs problèmes administratifs, et notamment ceux concernant leur retraite. Ils y trouvent aussi un espace pour lutter contre la solitude : « J’ai pris conscience de leurs difficultés », commente Rachid.

Deux ans plus tard, il crée l’association La table ouverte : « Au départ, l’idée était de proposer des repas à 2,50 euros, destinés aux anciens afin qu’ils puissent manger des repas équilibrés sans qu’ils se sentent complètement assistés. » Pour l’aider à financer son projet, Rachid frappe à toutes les portes : élus, services sociaux, préfecture sont sollicités. Sans succès.

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Tacko Fall, l’as de la soupe Khandia et du Thieboudienne. Photo © Nadia Benchallal.

Aujourd’hui encore, La table ouverte ne reçoit aucune subvention. Seul l’emploi d’adulte-relais de Rachid (un smic) est financé à 80 % par la préfecture, tous les autres acteurs sont bénévoles : les frangins Arar (Abdel-Aziz, Mohamed, Kamel) ; Brahim Fodil, le serveur ; Bachir Rabia, boulanger, qui vient aider en sortant du travail avant d’aller dormir. Et bien sûr, Zohra, la faiseuse de couscous, et Tacko qui, elle, appartient à une association partenaire : Le Bol d’or.

On en oublie, car la Table ouverte séduit de nombreux bénévoles, bénéficie du soutien de commerçants et mène de nombreuses activités : jardinage au jardin partagé du Bois Dormoy, distribution de colis-repas l’été (220 colis repas par jour entre juillet et août), activités culturelles et accueil pour résoudre les problèmes administratifs. Qu’est-ce qui fait courir Rachid pour gérer ce lieu d’entraide et de brassage ? « Je suis né à la Goutte d’or, explique-t-il, mes trois enfants aussi. Je suis l’otage de mon quartier. » Un destin, en somme.

Menu
Depuis le début du mois de mai 2012, les anciens (quelle que soit leur origine) peuvent déjeuner à la Table ouverte d’une entrée de crudités et d’un plat pour la modique somme de 5 €. C’est le menu sénior. Pour les autres, les plats sont à 7-8 € et les entrées à 2 €. Les plus pressés peuvent prendre un sandwich viande frites (4 €). Le brunch qui comprend crêpe sucrée, jus d’orange et thé à la menthe est à 5 €. Toutes les boissons (thé, jus de gingembre, bissap) sont à 1 €.

La table ouverte
19/23 rue Léon, 75018 Paris
Ouvert du lundi au samedi de 12h à 18h
www.latableouverte.fr

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