mardi 26 septembre 2017| 14 riverains
 

La Recyclerie veut s'ouvrir à tous les riverains

Les promoteurs de La Recyclerie ont investi trois millions d’euros pour que le projet puisse voir le jour.

Les travaux ne sont pas terminés, mais La Recyclerie a ouvert mi-juin 2014 porte de Clignancourt, dans les murs de l’ancienne gare de la Petite ceinture. Le lieu, qui mixe restauration et animations diverses autour de la récupération et du recyclage, tente déjà de se défaire de son étiquette bobo. Reportage.

Côté rue, pas d’enseigne, ni d’éléments distinctifs. Une façade vitrée, assez banale. Beaucoup de badauds de la porte de Clignancourt passent ainsi devant La Recyclerie sans vraiment savoir que courant juin 2014, ce café-restaurant a levé le rideau dans les murs de l’ancienne gare d’Ornano, sur la Petite Ceinture. Avec beaucoup de retard sur l’agenda, en raison de travaux qui se sont éternisés.

« L’entreprise en charge des travaux de rénovation a été placé en cessation de paiement, il a fallu trouver d’autres prestataires », explique Frédéric Robert, directeur général de C-Développement, entreprise spécialisée dans la rénovation de lieux (parmi lesquels le Comptoir Général), laquelle fait partie des investisseurs de Radosty, la structure propriétaire des murs La Recyclerie. « Nous avons perdu beaucoup de temps et énormément d’argent », complète Martin Liot, un des autres investisseurs et responsable d’exploitation du lieu. Au point même que le projet « a failli ne pas voir le jour », avoue-t-il.

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Une ferme devrait bientôt voir le jour au bout des quais de l’ancienne gare Ornano aménagés en espace restauration.

Mais La Recyclerie a quand même pu démarrer il y a quelques semaines. Le lieu présente encore un aspect "chantier en cours", ou "work in progress", selon l’expression en vogue. Un côté non fini qui constitue d’ailleurs la marque de fabrique de La Recyclerie. Car si l’ex-gare a fait l’objet de travaux d’aménagement, elle n’a pas été modernisée. Au contraire, les murs et les sols sont bruts, on aperçoit poutrelles et parpaings ; en façade, une vieille enseigne Clignancourt tailleur a été remise au jour ; à l’intérieur, la décoration toute entière se compose d’objets de récupération (chaises, tables, fauteuils).

L’effet est plutôt réussi, comme si le lieu avait été conservé dans son jus. Bien entendu, certains ne manqueront pas de critiquer cette mode exacerbée du "vintage" tous azimuts et mise à toutes les sauces. Pour gommer l’aspect un peu trop rude et minéral de l’ensemble, des plantes ont commencé à être installées.

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A La Recyclerie, pas de serveurs, ni de serveuses : le client se sert tout seul.

Passée l’entrée, derrière le grand bar central, se trouve la belle et vaste salle avec vue sur les voies (une grande verrière y a été installée), où se poser, pour boire ou manger un morceau, loin du tumulte de la porte de Clignancourt. C’est ce qu’est venu faire ce jour-là Luis, un riverain, sac de sport posé au sol, qui découvre et apprécie l’endroit. «  J’aime bien la déco, c’est moins intimidant que d’autres endroits. Je reviendrai, c’est sûr, j’adore cette ambiance. Mais un ami m’a demandé ce que je venais faire ici, il trouve ce lieu trop bizarre. »

Au bar, un client, venu avec son vélo et visiblement pressé, commande un demi de bière. « Quoi ? 3, 50 euros ? » s’étrangle-t-il. Pas sûr que celui-ci revienne. Mais pour Martin Liot, « ce n’est quand même pas un prix exagéré, c’est ce qu’on trouve ailleurs. Et ce n’est pas scandaleux, pour un endroit qui n’est pas un bar banal. » Peu banal au point qu’ici, pas de serveurs ni de serveuses en salle : le client commande au bar, puis emporte sa boisson ou son repas pour consommer sur l’une des tables de La Recyclerie. L’ambiance c’est : faites tout vous-mêmes.

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Un seul escalier pour y descendre : le quai est malheureusement inaccessible aux handicapés moteurs.

Loïc, assistant responsable du comptoir, raconte : « Les clients habitent ou travaillent dans le quartier. Ils avaient entendu parler du projet. On a plutôt une clientèle jeune, trentenaire, branchée. Le week-end, nous avons beaucoup de familles, les enfants courent partout. De temps on temps, on voit d’autres types de consommateurs, différents, mais vu l’esprit du lieu, ils ne s’y sentent pas forcément à leur place. Cela peut se comprendre. Moi, j’aimerais bien avoir tout le monde, mais bon… »

C’est que l’établissement ne fait pas l’unanimité. Principale reproche ? Celui d’être un ghetto à bobos. Marie, par exemple, a posté ce commentaire sur Dixhuitinfo.com : « Bravo pour ces deux splendides marches d’entrée. Quel accueil pour les personnes handicapées !* (…) Pas un pèlerin pour venir filer un coup de main pour entrer malgré 3 DJ plantés derrière leur ordinateur et des barmen à gogo. (…) Amusez-vous bien entre vous les bobos (vous allez vous planquer derrière une préservation de patrimoine, isn’t it ?) moi je continuerai à aller prendre mon couscous chez Jacky rue du Ruisseau. »

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Des séances de photos de mode sont déjà organisées à La Recyclerie.

Martin Liot admet : « Oui, pour l’instant, on a plutôt une clientèle assez aisée, qu’on qualifie facilement de bobo. Des gens du coin, ou de proche banlieue. Mais le mélange des genres ne se décrète pas, contrairement à ce que certaines personnes pensent, lesquelles nous critiquent mais n’ont jamais ouvert un tel lieu. Le vivre ensemble n’est pas chose simple. Des curieux viennent, repartent, qui pensent que cet endroit n’est pas pour eux. Ils ont tendance à s’autocensurer. A nous de leur donner envie de revenir se poser ici. »

La Recyclerie ouvre de midi à minuit. La restauration est proposée midi et soir. On peut y manger correctement pour une dizaine d’euros, avec un nouveau thème culinaire chaque semaine (libanais, grec, etc). Une fois commandé, le repas peut être dégusté à l’intérieur, ou sur les tables installées sur les quais, aménagés face aux jardins du Ruisseau, de l’autre côté des voies (là aussi, on se sert tout seul). Un bar y propose des boissons.

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Dans l’atelier de René, les usagers pourront réparer ou faire réparer les objets du quotidien auxquels ils tiennent.

Les talus ont été aménagés et stabilisés pour y accueillir bientôt des plantes aromatiques, quelques poules, et même une chèvre, qui sera nourrie avec les restes alimentaires. « Cette idée de ferme urbaine nous tient à cœur. Nous allons aussi proposer à des associations de s’occuper d’un jardin, sur les quais, au-delà du pont. On fera ça dès que possible, nous y allons pas à pas », détaille Martin Liot.

Les travaux ne sont pas terminés à La Recyclerie. La mezzanine, au-dessus du bar, est fermée au public pour l’instant, le temps de trouver la bonne rambarde. Au fond à droite, la future Bagagerie est aussi en chantier. « On pourra travailler, passer de la musique, se détendre », expliquent les patrons du lieu. Ouverture prévue de ces deux coins espérée pour la rentrée 2014.

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Le lieu présente un aspect inachevé : c’est la marque de fabrique de La Recyclerie.

A droite, en entrant, L’Atelier de René est, pour sa part, prêt. Dans la mouvance des "Repair cafés", il permettra de venir faire réparer des objets, voire de les réparer soi-même. Reste à recruter deux personnes, reines du bricolage. « Nous avons transmis notre annonce à Pôle Emploi, indique Frédéric Robert. On espère ouvrir très bientôt. Cet endroit est important pour nous, il incarne le côté recyclage, qui est l’identité du lieu. »

Pour faire de ce dernier autre chose qu’un symbole de l’embourgeoisement du 18e, les propriétaires du lieu veulent l’ouvrir aux associations et structures de l’arrondissement et d’ailleurs. La Ruche qui dit oui y organisera désormais ses distributions de produits agricoles le jeudi. Chaque mardi, c’est Bobines & combines, installé rue Marcadet, qui propose un atelier pour recycler des tissus.

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400 m2 ont été consacrés à l’accueil de la clientèle.

La Recyclerie publie tous les événements récurrents et ponctuels (essentiellement liés à la récupération et au "Do it yourself") sur son site Internet. Le tout est géré par une agence spécialisée dans le marketing culturel. « Nous ne faisons pas payer l’utilisation de l’endroit, nous avons juste signé des contrats de mise à disposition », indique Martin Liot. Pour l’entreprise, c’est l’occasion de faire venir des personnes de tous horizons, et autant de consommateurs potentiels. 

« On ne veut pas être juste un café-restaurant, donc nous misons sur ce genre d’événements, d’animations, poursuit Martin Liot. On investit. Il faut qu’on réussisse, et rien n’est gagné. » La Recyclerie emploie une quinzaine de personnes tous les jours. La grosse ardoise laissée par le prestataire de travaux en faillite, et les frais de fonctionnement, mettent la pression sur les propriétaires. 

Lesquels misent donc également sur des privatisations partielles du lieu (par des marques, pour des entreprises, des conférences de presse, etc.) pour assurer une partie du chiffre d’affaires. « Cela pourrait représenter jusqu’à 10 % de notre CA, nous avons déjà des demandes », indique Martin Liot, qui promet que le lieu ne sera jamais intégralement loué à des tiers. « On a précisément conçu l’endroit pour éviter cela. Nos clients ne se retrouveront jamais face à une porte close parce qu’il s’y passe un événement. »

(*) Depuis une dizaine de jours, des rampes pour l’accès des handicapés sont disposées devant l’entrée de La Recyclerie, côté boulevard Ornano.

Lire aussi :
- La Recyclerie fera revivre la gare Ornano
- Entre les murs de la gare Ornano, porte de Clignancourt

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5 commentaires
  • La Recyclerie veut s’ouvrir à tous les riverains 10 juillet 2014 08:55, par jaccours

    Seconde étape : recycler la Petite Ceinture, enjeu majeur de Paris , parait-il...

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  • La Recyclerie veut s’ouvrir à tous les riverains 10 juillet 2014 21:31, par marionP

    j’y suis allée, c’est plutôt pas mal. au moins, il y a un endroit pas trop glauque où se poser à la porte de clignancourt. la déco est originale ! après, je pense que ça restera un endroit assez ghetto quand même. faudra voir si le côté recyclage dure dans le temps ou pas ! wait and see !

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  • La Recyclerie veut s’ouvrir à tous les riverains 11 juillet 2014 14:51, par Seb Motte

    J’aime bien ! Quant à ceux qui critiquent, il faut croire que rien ne leur convient jamais !

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  • La Recyclerie veut s’ouvrir à tous les riverains 11 juillet 2014 20:02, par Renaud Barry

    Ma femme y est allée le w.e dernier avec sa mère, et not’p’tite dernière, pour y manger. Son jugement, qui n’est pas celui d’une inculte en la matière, fut définitif : le cadre est sympa mais la bectance vaut à peine mieux que la célèbre mélasse de Sparte et en plus les portions sont chiches...

    Bon, pour ce qui est du positionnement bobo de la chose, c’est à mon avis anticiper un chouia ce que deviendra le quartier, quand le tramway passera par Clignancourt. Cela aura alors peut être plus de sens. D’ici là, c’est prendre un petit risque quand même...

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  • La Recyclerie veut s’ouvrir à tous les riverains 12 juillet 2014 14:13, par Chris

    J’y suis allé boire un café, c’est plus sympa qu’au bistrot PMU d’en face, c’est sûr. J’attends de voir ce que donneront les quais, où ça pourrait être sympa de venir se poser quand il fera chaud. Dommage que RFF ne daigne pas nettoyer ses voies ferrées. Parce que les détritus et les vieux matelas jetés là, ça le fait moyen.

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