vendredi 26 mai 2017| 24 riverains
 

Témoignages : « L'Algérie n'est ni la Tunisie, ni l'Egypte »

Après le soulèvement des peuples tunisiens et égyptiens ces dernières semaines, c’est à l’Algérie de donner de la voix. Samedi 12 février 2011, plus de 2 000 manifestants, encadrés par quelque 30 000 policiers, ont défilé dans les rues d’Alger. L’opposition appelle à de nouvelles actions tous les samedis. Un effet domino ? Des habitants du 18e arrondissement de Paris, originaires du Maghreb, n’y croient pas. Témoignages dans un restaurant algérien de la rue Myrha, dans la Goutte d’Or.

Amar, 30 ans, restaurateur algérien : « Le système c’est l’armée, le cancer de l’Algérie »
« Ça n’ira pas très loin, ces manifestations. Le peuple algérien ne peut rien contre le système en place. Bouteflika l’a dit lui-même : "Que je parte ou que je reste, ça ne change rien, quelqu’un me remplacera." C’est le système qui veut ça. Et le système, c’est l’armée. L’armée, c’est le cancer de l’Algérie depuis 1962. La guerre civile et le terrorisme islamique, on les doit aux généraux qui voulaient diviser le peuple et contrer les partis d’opposition. Lors des manifestations kabyles du début des années 2000, le dirigeant du mouvement citoyen kabyle avait déjà été soudoyé par le gouvernement. Toutes les revendications avaient été abandonnées. Il n’y a rien de plus à attendre aujourd’hui. »

Madani, 33 ans, déménageur algérien : « Tout va bien en Algérie »
« Tout va bien en Algérie, je ne comprends pas pourquoi ils manifestent. Moi, je viens d’Oran et là-bas, tout est calme. C’est seulement à Alger que quelques jeunes manifestent parce qu’ils n’ont pas de travail. L’Algérie, ce n’est pas la Tunisie ou l’Egypte. Le peuple a le droit de s’exprimer. Bouteflika a fait beaucoup de choses pour le pays, pour les jeunes et pour les logements. L’Algérie est un pays avec beaucoup de ressources, beaucoup de richesses. Il n’y a pas de raisons de manifester. »

Saadia*, 35 ans, algérienne, en congé maternité : « Je préfère une évolution plutôt qu’une révolution »
« Je ne comprends pas pourquoi la police est aussi répressive en Algérie, le peuple ne peut pas vraiment s’exprimer sans que la police intervienne. Je ne pense pas que la situation évolue comme en Egypte ou en Tunisie. D’ailleurs, je ne le souhaite pas. Je préfèrerais une évolution plutôt qu’une révolution. Ça me fait peur tout ça. L’Algérie a déjà trop souffert et une révolution provoquerait un nouveau bain de sang. »
*Le prénom a été modifié

Kamel, 53 ans, pharmacien tunisien : « Le noyau dur est impénétrable »
« Les Tunisiens et les Algériens n’ont pas du tout la même histoire. La Tunisie est devenue indépendante par la paix et la négociation qui ont mené à une certaine maturité intellectuelle et qui ont permis les événements des dernières semaines. En revanche, l’Algérie a connu la guerre d’indépendance, puis la guerre civile. Tout cela a mené les généraux au pouvoir qui se sont approprié le pays depuis Boumédiène (ndlr : président de 1965 à 1978). Pour les déloger, il faudra se lever de bonne heure ! Moi je n’ai rien contre Bouteflika, c’est une marionnette et tous les Algériens le savent. S’il part, il y en aura un autre. Mais le noyau dur reste impénétrable. »

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