mardi 25 avril 2017| 22 riverains
 

Voyage à l'intérieur de la mosquée Polonceau

Mohamed, Moussa Niambele, président de l’Association des Musulmans de l’Ouverture et un fidèle.

La mosquée Al Fath, située dans le quartier de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris, est au cœur de la controverse de la prière dans la rue. Dixhuitinfo a pu visiter les lieux, vétustes et trop exiguës pour accueillir l’ensemble des fidèles. Reportage et portfolio.

Ce n’est pas le jour de la grande prière. Pourtant, le personnel de la mosquée Al Fath, rue Polonceau, dans le 18e arrondissement de Paris, est obligé de déplier des tapis, sur le trottoir, pour les croyants qui n’ont pas pu rentrer dans l’édifice. Ce mercredi après-midi, ils sont une dizaine. A l’intérieur, près de 1000 personnes s’apprêtent à effectuer la quatrième prière de la journée. Le vendredi, ils sont des centaines à prier dans les rues attenantes. Une « prière dans la rue » fortement médiatisée et utilisée politiquement pour dénoncer un soi-disant « problème islamiste ». On se souvient par exemple de l’apéro saucisson-pinard, organisé cet été.

La mosquée Al Fath s’étend sur 370 mètres carrés. Avec cette superficie, le moindre espace est occupé : derrière un rideau, quelques mètres carrés servent comme lieu de prière supplémentaire pour les femmes, juste à côté d’une pièce d’une vingtaine de mètres carrés qui leur est réservée. Des femmes qui sont présentes essentiellement lors de la grande prière du vendredi.

« 1000 personnes à chaque prière. »
Les salles sont sombres et froides. Une odeur de gaz s’échappe des réchauds qui sont disposés un peu partout. Construite en 1984, la mosquée Al Fath est aujourd’hui vétuste. Et surtout trop petite pour accueillir tous les croyants à chaque prière. « La réglementation exige normalement que pour 370 mètres carrés, nous soyons entre 700 et 800 fidèles à prier, note Moussa Niambele, président de l’Association des Musulmans de l’Ouverture (AMO). Or il y a 1000 personnes à chaque prière ! »

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La mosquée Al Fath a été construite en 1984.

Une affluence qui s’explique par la fermeture de plusieurs mosquées, dans le Nord de Paris. « Il y a cinq ans, la mosquée de la rue Tanger, dans le 19e arrondissement a fermé, explique Mohamed, un fidèle. Les habitués viennent ici. Celle de la rue Cavé a également fermé, il y a un an. Quant à la mosquée de la rue Myrha [18e arrondissement], on ne peut plus y faire ses ablutions, car cette partie est en rénovation. »

L’affluence s’explique également par le marché africain de la rue Dejean, à quelques pas de la mosquée, qui se déroule tous les vendredis. « Beaucoup de personnes d’origine africaine viennent faire leurs courses sur ce marché, souligne Moussa Niambele. Ils en profitent pour venir prier ici, par la même occasion »

Institut des cultures d’Islam
Le président de l’AMO est aussi responsable du service d’ordre de la mosquée. « On demande aux fidèles de se plier à la discipline, pour ne rien faire pour susciter la provocation », souligne-t-il. Pour chaque grande prière, une douzaine d’hommes mettent en place les barrières pour empêcher les voitures de passer. Ils s’assurent que les trottoirs ne sont pas occupés. « Il faut toujours que les piétons puissent passer », note-t-il avant d’ajouter : « Qu’on prie dehors, cela ne nous plaît pas ! »

La situation devrait bientôt évoluer. Avec la construction de l’Institut des Cultures d’Islam, une nouvelle mosquée de 700 mètres carrés sera notamment construite rue Stephenson, en 2012. Mais, pour la réalisation de cet aspect cultuel du projet, l’AMO doit rassembler sept millions d’euros. « Une somme que nous n’avons pas pour l’instant, regrette Moussa Niambele. Je suis parti en Iran, en Libye, et j’ai des contacts au Qatar, pour essayer de récolter des dons privés. » En attendant, les fidèles devront se contenter de la prière dans la rue. Faute de mieux.

Portfolio

Mohamed, Moussa Niambele (président de l'AMO) et un fidèle. L'entrée de la mosquée Al Fath. La salle réservée aux ablutions, faites avant la prière. Une seconde salle de prière. Avant la prière, des fidèles se recueillent dans la salle principale. L'entrée où sont rassemblés les dons des fidèles. Un cour d'alphabétisation. Les tapis pour la prière dans la rue. Les horaires des 5 prières de la journée. Instructions pour les ablutions. 4m² supplémentaires pour la prière des femmes.

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