dimanche 28 mai 2017| 27 riverains
 

Une soirée ordinaire avec les correspondants de nuit du 18e

Les correspondants de nuit arpentent les quartiers de la Goutte d’Or et de Chateau Rouge, dans le 18e arrondissement de Paris, afin de rencontrer la population et de jouer un rôle de médiateurs. Leur présence permet de désamorcer les tensions. Reportage.

Sur les trottoirs du Boulevard Barbès, ils sont connus. Poignées de main, signes de tête, « Salut, comment ça va ? », les quatre correspondants de nuit, polos vert foncé et brassards vert fluo, ont l’habitude d’arpenter le quartier. Tous les jours, de 16h00 à minuit, ils sont là, dans le 18e arrondissement de Paris, à rencontrer les commerçants, à parler avec les riverains, à aborder les mendiants ou les sdf. « Vous mettrez vos plastiques à la poubelle », dit Gaétan, correspondant de nuit depuis deux ans, à un vendeur de maïs grillé installé sur le trottoir.

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Face aux vendeurs à la sauvette de la rue Dejean, les correspondants de nuit ne peuvent que les inciter à se déplacer, pour ne pas gêner le voisinage.

Le rôle de ces employés de la mairie de Paris : être des médiateurs, prévenir les conflits ou anticiper sur ses solutions. Concrètement, une action quotidienne de proximité, de tissage de liens avec la population. Pour mieux comprendre leur métier, il faut suivre leurs pas, entre Château Rouge et la Goutte d’Or, leur zone d’intervention

16h30. La rue Dejean est animée. Les riverains viennent faire leur marché. Les vendeurs à la sauvette sont de sortie. Parmi la foule, les correspondants de nuit se fraient un chemin. Saluent les commerçants, une vieille dame assise contre un mur et des petits vendeurs de matériels pour téléphone portable, étalés sur un carton posé au sol. « Vous êtes devant une porte d’entrée d’un magasin, il faut vous décaler car vous gênez les passants », dit Rudy. Le contact passe bien, le vendeur s’exécute.

« En plus de leur rappeler la loi, c’est la seule chose que nous pouvons faire, explique le correspondant de nuit. On nous respecte car nous ne sommes pas des policiers. Quand la police arrive dans la rue, soit tout le monde part en courant, soit, s’ils décident d’intervenir, c’est l’attroupement et ça peut vite mal tourner. »

Combats de chiens
Direction la rue de la Goutte d’Or, puis la place de l’Assommoir. « On a eu quelques plaintes de voisins pour des jeunes qui jouent au foot, qui sont bruyants et qui commettent quelques incivilités, indique Tony. C’est l’espace public et il est difficile de les empêcher de jouer au foot. Mais on passe régulièrement, pour mesurer l’ambiance. » Ce soir-là, la place est déserte. Au milieu, un Vélib est abandonné. « Il était là hier soir, il n’a pas bougé », constate Gaétan, qui sort un petit carnet. Sa note sera transmise à la société qui gère les vélos parisiens.

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« Parfois, c’est très calme. Parfois, tu te retrouves au milieu d’une dispute de groupe, d’un conflit », un correspondant de nuit.

À quelques pas, derrière une grande porte, les correspondants de nuit pénètrent dans une arrière cour. Quelques arbres, des bambous : l’endroit est calme et n’a rien à voir avec les rues voisines. Pourtant, il y a quelque temps, une habitante a signalé que des combats de chiens se déroulaient dans le hall d’entrée et que des toxicomanes s’y regroupaient. « Cela ne s’est pas reproduit », dit la jeune femme. « Appelez nous si vous avez un problème », lancent les correspondants en partant. « On ne sait jamais ce qu’on va voir, explique Rudy, correspondant depuis cinq ans. Parfois, c’est très calme. Parfois, tu te retrouves au milieu d’une dispute de groupe, d’un conflit. » Mais quand la situation dégénère, les médiateurs contactent la police.

Au bout de la rue de la Goutte d’Or, nouvel arrêt. Déposés sur un trottoir : un sommier, un vieil écran télé, des détritus. Une note est rédigée. Dès le lendemain, les services propreté de la mairie du 18e seront au courant.

Fumeurs de crack
17h30. Les correspondants de nuit se dirigent vers STEP, une association d’accueil de toxicomanes installée boulevard de la Chapelle. « On y va régulièrement, note Rudy. Il faut vérifier si tout va bien là-bas. C’est aussi une façon d’être connus auprès de ces populations. Ensuite, quand on les voit en dehors du centre, ils nous reconnaissent. » L’accueil est fermé. Les correspondants reviendront.

Après le square de l’Eglise Saint-Bernard, le square Léon. L’équipe avait prévu de ne pas y passer. La veille, on les avait prévenus : « Ca risque d’être chaud. À chaque fermeture, à 23h30, il y a des tensions avec les inspecteurs de sécurité, la police », indique Gaëtan. Finalement, les correspondants le traversent. Avec attention. Des hommes jouent aux dames. Des enfants, au football. A la sortie, des jeunes attendent…

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Des détritus sur un trottoir : une note est rédigée et sera transmise aux services propreté de la mairie.

À quelques mètres d’ici, la rue Myrha. Devant une porte grise, des fumeurs de crack sont rassemblés. Ils tremblent, une bouteille à la main, un cutter dans l’autre, pour leur came. Les correspondants s’approchent, lentement. Et serrent des mains. L’ambiance est amicale. « Ils viennent de se droguer, impossible d’aller plus loin avec eux, de parler, dit Tony. Nous cherchons simplement à garder le contact. » « On est des caméléons, note Rudy. On fait un peu partie du mobilier urbain ! »

18h00. Retour à la base, rue des Poissonniers. Une autre équipe prend le relais. Les quatre correspondants de nuit vont faire le bilan de cette première partie de soirée, ordinaire et calme. Ils remplissent des fiches de signalement, qui seront ensuite transmises aux services concernés. Avant de repartir sur le terrain, pour une nouvelle tournée dans les rues de Château Rouge et de la Goutte d’Or.

120 correspondants de nuit à Paris
C’est en 2005 que les correspondants de nuit ont été créés par la mairie de Paris. Avec quatre missions. La première, la veille technique. « Quand un lampadaire est cassé, que des gravats sont déposés sur un trottoir, etc », explique Jean Christophe Dauba, adjoint au bureau des correspondants de nuit. La deuxième, la veille sociale : « Ils vont à la rencontre des personnes fragiles, des sans-abri, des prostituées. Ils se font connaître. » La troisième, l’accompagnement physique : « Dans le 18e, c’est une mission rare mais elle existe. Une jeune fille a été victime de racket. Tous les soirs, les correspondants de nuit l’attendent au métro Barbès et l’accompagnent chez elle, à la Goutte d’Or. » Enfin, la médiation sociale : « C’est l’anticipation des conflits et l’intervention quand ils sont déclarés. Les correspondants représentent l’autorité municipale et ils sont là pour rappeler la loi. »
A Paris, 120 correspondants de nuit sont présents dans dix quartiers, à raison de 8 équipes par quartier. « Ils seront 200 à la fin du mandat de Bertrand Delanoë », précise Jean-Christophe Dauba.

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