jeudi 14 décembre 2017| 13 riverains
 

Le Sacré-Coeur et les nuits de l'adoration perpétuelle

Adorateurs dans la nef du Sacré-cœur. Photo : Alexandre Pieroni.

À la tombée de la nuit, depuis 125 ans, des catholiques se laissent enfermer dans le Sacré-Cœur de Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, et se relaient pour prier. Récit d’une nuit sur le Mont des Martyrs, à l’intérieur de la basilique, en compagnie des adorateurs de Jésus. Reportage et portfolio.

À l’évocation de la fièvre du samedi soir, d’aucuns rêveront de situations orgiaques dans des décors bacchanales. Pourtant, c’est à une toute autre forme d’exaltation que nous allons assister durant cette nuit sabbatique. Ici, point de plaisirs artificiels pour atteindre l’extase spirituelle, juste une foi immodérée en Jésus. En cette nuit festive, prieurs de tous horizons se retrouvent pour participer au relais de l’adoration perpétuelle.

Crypte puis basilique n’ont jamais connu la solitude. Le recteur de la Basilique, le Père Laverton nous révèle que la nef ne s’est jamais vidée. « On veille à ce qu’il y ait toujours des personnes devant le Saint Sacrement. Le cas échéant, les sœurs font appel à des adorateurs et adoratrices volontaires. » Les seize Bénédictines de la Basilique s’occupent de la gestion de ces nuits extraordinaires. À la tête de cette armée eucharistique, la Sœur Gestionnaire.

Chambres, dortoirs ou box
Dès 19h30, au 5 rue du Chevalier de la Barre, deux nonnes sont prêtes à accueillir les futurs adorateurs. Dans la maison d’accueil jouxtant la basilique, elles inscrivent catholiques solitaires ou regroupés. Pour le Père Laverton, la population de la basilique est très diverse : « Il y a des Parisiens qui repartent travailler dès le lendemain matin, des familles, des enfants aux grands-parents, pour qui l’adoration est un rituel annuel. Et à l’occasion du jubilé, de nombreux diocèses sont venus avec leurs évêques. »

Au guichet du Seigneur, les prieurs se voient décerner le talisman qui ouvrira les portes de la nuit sacrée. Au choix, chambres, dortoirs ou box selon les envies et les bourses de chacun. La maison d’accueil dispose de 113 lits. Si vous avez opté pour une chambre, la Sœur vous remettra une lourde clé en forme de cloche, ersatz de la fameuse Savoyarde de 19 tonnes. Par contre, si votre couche se situe dans un box, vous ne disposerez que d’un laissez-passer papier. À la fermeture des portes à 23h00, l’une des deux amulettes vous permettra de demeurer entre les murs de la basilique.

Amour et espérance
Clés et papiers distribués, l’introduction à l’adoration peut commencer. Dans la salle Saint Irénée, une trentaine de personnes écoutent attentivement les conseils de Sœur Marie Judith venue prodiguer ces dernières recommandations avant le futur « cœur à cœur » avec Jésus. De sa douce voix ingénue, elle clame l’amour et l’espérance. Elle invite les auditeurs à « contempler le cœur de Jésus pour contempler le cœur du Père. » Le discours initiatique terminé, chaque participant se disperse pour rejoindre sa couche ou la nef pour assister à la dernière célébration.

Les derniers visiteurs nocturnes rentrent dans la basilique pour communier à l’occasion de la messe de 22h. Une heure plus tard, le surveillant les prie de sortir et seuls les adorateurs munis de leur permis de nuitée pourront déambuler dans l’église, ses couloirs et ses lits. Chaque adorateur s’est au préalable inscrit sur un agenda d’adoration. Selon Annick, sexagénaire habituée : « La règle, c’est une heure, mais ça passe tellement vite que parfois, je reste plus longtemps sans m’en apercevoir. »

Mutisme et recueillement
De la fin de la messe à l’ouverture des portes, à 6h00, pèlerins, couples, enfants, groupes charismatiques se relaient pour prier face au Seigneur. Postés aux quatre coins de la nef, les relayeurs agenouillés ou assis sont tournés vers l’ostensoir. Au cœur de celui-ci, le corps du Christ, Jésus-Hostie illumine la basilique obscure. Dans le silence absolu de la butte endormie, la communion des cœurs a commencé. Pour Hélène, jeune professeur de français, le mutisme des prieurs favorise le recueillement : « L’adoration silencieuse rend la rencontre avec Jésus plus intense. »

Toutes les heures, de nouveaux visages endormis surgissent du couloir de l’église du Vœu national. À trois heures, nous rencontrons Jeanne, les yeux ensommeillés, le pyjama mal ajusté et les cheveux électrisés. Cette Strasbourgeoise de 29 ans appartient au groupe des fraternités de Jérusalem et son adoration s’inscrit dans le programme de pèlerinage parisien du week-end. Elle ne semble pas ravie de son réveil matinal : « L’adoration n’est pas ma forme de prière favorite. Je préfère chanter le Seigneur pour le célébrer. »

Réfectoire et confiture
Quand certains aimeraient briser le silence de la contemplation en chanson, d’autres réalisent leurs fantasmes mystiques dans les bras du Seigneur. Participer à l’adoration perpétuelle à la Basilique est un événement important de la vie d’un catholique. Pour Hélène : « C’est grandiose de pouvoir faire sa nuit d’adoration au Sacré-Cœur car c’est un lieu magnifique, chargé de symbolique au sein duquel Dieu nous offre son cœur. » Du haut de ses 130 mètres, la basilique domine la capitale et, les portes ouvertes, « l’hostie-Jésus est tournée vers les Parisiens qui peuvent répondre à son appel. »

Au petit matin, les corps encore endoloris des prieurs insomniaques se retrouvent dans le réfectoire de la maison d’accueil et rompent le pain pour le tartiner de confiture. Les adorateurs diurnes prennent alors le relais pour ne jamais abandonner Jésus aux affres de la capitale.

Portfolio

Décor basilique. Photo : Alexandre Pieroni. Adorateurs dans le Sacré-Coeur. Photo : Alexandre Pieroni. Décor basilique. Photo : Alexandre Pieroni. Adorateur. Photo : Alexandre Pieroni. Adorateur. Photo : Alexandre Pieroni. Adoratrice. Photo : Alexandre Pieroni. Le bureau du Père Laverton. Photo : Alexandre Pieroni. Le bureau du Père Laverton. Photo : Alexandre Pieroni. Vierge des couloirs. Photo : Alexandre Pieroni. Préparation à l'adoration. Photo : Alexandre Pieroni. Chez les Soeurs. Photo : Alexandre Pieroni. Chez les Soeurs. Photo : Alexandre Pieroni. Le Père Laverton dans son bureau. Photo© Alexandre Pieroni.

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5 commentaires
  • Je ne savais pas du tout qu’on se relayait au Sacré-Coeur pour prier, 7/7 et 24h sur 24h.
    Merci pour cette découverte !

    Répondre

  • C’est merveilleux. j’y participe chaque fois que je me rends à Paris. C’est comme si on allait passer une soirée avec un ami. On est invité chez Jésus !

    Quelle ambiance, ce cœur à cœur dans le silence de la nuit. Prière réparatrice car c’est la nuit que les plus abominables péchés sont commis. C’est aussi pendant la nuit que les personnes qui souffrent trouvent le temps plus long. Humblement, nous pouvons intercéder.

    Il y en a des choses à lui confier à Notre Seigneur et une heure passe si vite.

    Allez-y, vous verrez

    Répondre

  • c’est agréable d’adorer le coeur sacré de jesus.
    suite à l’adoration perpétuelle de la basilique du sacré-coeur de montmartre, la basilique de bruxelles(où je vis), organise depuis le début de cette année, une adoration perpétuelle aussi. Merci à vous d’avoir inspiré les chrétiens de Bruxelles

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  • Le Sacré-Coeur et les nuits de l’adoration perpétuelle 25 février 2014 17:30, par Huguenot

    C’est bien fini depuis longtemps !
    Marx est bien mort... lui !

    Répondre


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