lundi 21 août 2017| 20 riverains
 

Tendance, Pigalle se rhabille (2)

La Fourmi, l’un des premiers bars branchés de Pigalle. Photo © Émilien Urbano.

Pigalle reste le quartier des touristes et des sex-shops. Mais une nouvelle population fait émerger commerces, bars tendances et salles de concerts relookées. Quand celles-ci ne brûlent pas, à l’image de l’Elysée Montmartre, fin mars. Adieu vieux rades et temples du sexe décatis ! La métamorphose ne fait que commencer. Suite et fin du reportage.

- Lire le début de l’article « Pigalle se rhabille (1) »

Sur le boulevard de Clichy, le luxueux Café La Cigale, ouvert en août 2010 par Thierry Costes et deux autres associés, a remplacé un bar-tabac-PMU. Si Thierry Costes, fils de l’aîné des frères Costes, magnats de la restauration chic, a décidé de s’implanter dans ce quartier, c’est qu’il savait qu’il y trouverait une clientèle aisée. Ici le café est à 2,80 € Il est à 1,60 € à la Fourmi, le bar voisin (voir encadré).

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A Pigalle, les sex-shops résistent encore, mais pour combien de temps ? Photo © Emilien Urbano.

La configuration des lieux a été pensée par le célèbre designer français Philippe Starck et la fresque aux couleurs vives, visible dès l’entrée, est l’œuvre de l’artiste new-yorkais Philippe Frost. Les prix, liés au prestige du lieu et du nom Costes, sont plus élevés que dans la plupart des autres établissements du quartier. Dans la journée, la clientèle est aussi touristique que locale. Les salariés de la Cigale (la salle de concert) y tiennent leurs rendez-vous professionnels.

Le soir, ce sont les noctambules sortant des concerts de La Cigale et du Divan du Monde voisins qui investissent le café. Ce dernier se veut un "pub rock moderne". Des tremplins musicaux avec deux ou trois groupes sont organisés tous les jeudis soir. « Ces dernières années, à Pigalle, il n’y avait plus de lieux où on pouvait boire un verre et écouter de la musique, explique Olivier Marzetto, directeur de l’établissement. Aujourd’hui, il y a une offre artistique dense et de qualité. » Ce n’est pas l’avis de Sylvie, la soixantaine, ancienne danseuse de cabarets : « Il n’y a plus de lieux pour aller danser, c’est fini. Le quartier est plein de bobos et ils ne savent pas s’amuser ! »

Mixité en berne

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L’arrivée d’habitants aisés à fait prendre de la valeur au quartier. Photo © Emilien Urbano.

Ces fameux bobos (de bourgeois bohème, clientèle aisée, jeune) ont commencé par s’installer dans le quartier des Abbesses, il y a une dizaine d’années, au moment du succès du film de Jeunet Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (sorti en 2001). Cinq ou six ans plus tard, une deuxième vague est arrivée et a élu domicile un peu plus bas, à Pigalle. « Ce qui a attiré cette population, rapporte Brice Moyse, directeur des agences immobilières Immopolis dans le 18e arrondissement, c’était le contraste entre le côté populaire du quartier et la beauté des immeubles du boulevard de Clichy. »

L’arrivée de ces habitants aisés a fait prendre de la valeur au quartier. « En dix ans, le prix du mètre carré a été multiplié par deux, voire deux et demi à Pigalle. Il est aujourd’hui de 8.000 € », dit Brice Moyse. Il faut savoir qu’il est de 12.900 € dans le 6e arrondissement - le plus cher de Paris - et de 6.300 € dans le 19e - le moins cher de la capitale. Cette hausse des prix remet en cause la mixité de la population. Les classes populaires et moyennes ont de plus en plus de mal à se loger dans ce secteur à cheval sur deux arrondissements.

Pourtant, côté 9e, quelques immeubles vont être transformés en logements sociaux par la mairie de Paris. Côté 18e, l’opération la plus importante concerne plusieurs immeubles dépendant du Moulin Rouge, boulevard de Clichy, et qui ont récemment fait l’objet de préemption, c’est à dire de rachat par la Mairie de Paris. Mais ces projets sont peu nombreux.

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Chez Moune. Photo © Emilien Urbano.

« Il faut saisir toutes les occasions de rachat pour faire du logement social et enrayer la spéculation immobilière, insiste Ian Brossat, élu communiste du 18e arrondissement et conseiller de Paris. Évidemment, le logement social coûte plus cher à Pigalle qu’à Porte de la Chapelle. Mais il est nécessaire de rééquilibrer tous les quartiers et de ne pas concentrer ce type de logement dans certaines zones, car sinon, c’est la paupérisation qui attend ces dernières. »

Josette, habitante de Pigalle depuis quarante ans, ne se réjouit pas des changements intervenus ces dernières années. « Le quartier a perdu son âme, déplore-t-elle. Avant, c’était plus populaire, plus ordinaire. Les gens étaient plus sympas. Les vieux sont partis ou sont morts, je ne connais plus personne. » Pourtant, la transformation de Pigalle comme de nombreux quartiers de Paris est en marche et n’est pas prête de s’arrêter.

Les pionniers : le bar La Fourmi
« Quand nous avons ouvert La Fourmi, il y a 14 ans, raconte José Madureira, responsable de l’établissement, il n’y avait que des vieux rades avec des serveurs habillés en pingouins dans le quartier. Nous nous sommes installés avec la volonté de faire quelque chose de différent. » Ce café aux allures de vieux bistrot a tout du bar branché : grands volumes, comptoir design de forme ondulée, murs aux couleurs chaudes, peinture à l’éponge. Au plafond, un lustre pittoresque planté de bouteilles de vin vides renversées ne diffuse pas de lumière. Dans ce bar, tous les profils se mélangent : gens ordinaires, musiciens, artistes. « J’aime les grandes baies vitrées et la musique en fond sonore, explique David, 40 ans, comédien. Je suis venu lire ici avant de me rendre à une audition dans le quartier. »

- Lire le début de l’article « Pigalle se rhabille (1) »

Portfolio

Le Bus Palladium. Photo : © Emilien Urbano. Bar La Cigale. Photo : © Emilien Urbano. Sur le bd de Rochechouard. Photo : © Emilien Urbano. Le Divan du Monde. Photo : © Emilien Urbano. Le Folie's Pigalle. Photo : © Emilien Urbano. La Fourmi. Photo : © Emilien Urbano. La Fourmi. Photo : © Emilien Urbano. La Fourmi. Photo : © Emilien Urbano. Le café La Cigale. Photo : © Emilien Urbano. Sex-shop. Photo : © Emilien Urbano. La Machine du Moulin Rouge. Photo : © Emilien Urbano. Le Magnum. Photo : © Emilien Urbano. Le Moulin Rouge. Photo : © Emilien Urbano. Chez Moune. Photo : © Emilien Urbano. Chez Moune. Photo : © Emilien Urbano. Chez Moune. Photo : © Emilien Urbano. Le Sans Souci. Photo : © Emilien Urbano. Le Sans Souci. Photo : © Emilien Urbano. Sex-Shops. Photo : © Emilien Urbano.

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3 commentaires
  • Tendance, Pigalle se rhabille (2) 21 avril 2011 21:36, par Clément

    Merci pour ces deux reportages très intéressants sur le "nouveau" Pigalle

    Répondre

  • Tendance, Pigalle se rhabille (2) 22 avril 2011 11:34, par Pintado

    Saloperie ; ils ont récemment transformé un super cabaret (et boite Afro le WE), le Magic, qui était situé proche de la Place Blanche, et où l’ambiance était toujours excellente, en Franprix...
    C’est vraiment triste, c’est moche > :-(

    Répondre

  • Tendance, Pigalle se rhabille (2) 21 novembre 2013 12:28, par Marco

    Les agents immobiliers du coin sont aussi pour beaucoup pour l’augmentation des prix. Ils ont en bien profité . Et ont transformé Montmartre tout en s’en mettant plein les poches.
    L’esprit est parti et les vautours roulent en porche.

    Répondre


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