dimanche 23 avril 2017| 25 riverains
 

Sur les voies ferrées de la Petite ceinture

Dans le nord du 18e arrondissement de Paris passent les voies ferrées de la Petite ceinture. Grâce à elle, on y transportait des marchandises et des hommes tout autour de la capitale. Aujourd’hui, la Petite ceinture est à l’abandon. Enfin, presque. Reportage et portfolio.

Sur le talus, un escalier a été aménagé. En haut, la grille peut être écartée, pour pouvoir passer. La Petite ceinture de Paris est aujourd’hui grillagée, bouclée. Il y a vingt ans encore, on y acheminait des marchandises, grâce à ses voies ferrées (voir encadré). Et jusqu’en 1934, des hommes y circulaient. Mais aujourd’hui, sur cette portion du 18e arrondissement de Paris, entre les portes de Clignancourt et d’Aubervilliers, la petite ceinture est presque à l’abandon.

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Deux Afghans ont trouvé refuge sous un pont de la Petite Ceinture.

Sur les murs de son enceinte, des tags. Les artistes ont laissé leurs bombes, sur le sol, au milieu des cailloux, des rails et des traverses, qui forment les deux voies ferrées. Partout, des bouteilles, des sacs en plastique, des emballages, un vieux caddie. Puis, sur quelques mètres, la végétation a tout envahi. Dans cette fosse entourée de hauts immeubles gris, le vert domine. Les herbes recouvrent les rails, qui disparaissent. Puis la lumière aussi.

Premier pont. Un rat s’enfuit. Deux hommes apparaissent. Ils sortent d’un abri de bâches en plastique blanc. L’allure d’une maison. La cuisine a été installée en face : un barbecue circulaire, du charbon, une poêle. Au sol, des détritus. « Prenez des photos, me disent-ils en anglais. Il faut que vous montriez où on vit ! »

Ils sont Afghans. L’un de Bamyan, « vous savez, la ville où les Talibans ont fait explosé les statues de Bouddha, en 2001 ? ». L’autre vient de la banlieue de Kaboul. Arrivés il y a trois mois en France, après sept mois de voyage. A travers L’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie. Un long voyage avec l’espoir d’une vie meilleure. Pour finalement se retrouver à dormir sous un pont. « On n’a pas d’aides de l’Etat, expliquent-ils. On demande l’asile…mais on n’a aucune aide. On va prendre une douche dans Paris, grâce à une association. Et puis on vend des parapluies. Il faut le dire, il faut le montrer. »

La police vient leur rendre visite, de temps en temps. Pas pour les aider. Jusqu’à quand seront-ils sous ce pont ? Les deux jeunes hommes doivent partir au travail, escalader les marches du talus et franchir la grille. On poursuit notre chemin.

Des rails, de la rouille, du vert, des murs colorés. Sur le bas côté, un ancien feu de signalisation est toujours dressé. Et des déchets, jetés au dessus des grilles, jonchent le parcours. Puis un nouveau tunnel. Dessus, passent les trains de la gare du Nord. Un TGV est en attente. En dessous, les colonnes laissent entrevoir la lumière orangée qui éclaire la route. Le bruit des voitures et des bus raisonne.

A quelques mètres, le long de la paroi, un lit de fortune, un miroir, une petite table et deux chaises, des vêtements. Au pied des travaux du tramway, un homme franchit le passage en bois, affolé. « Il ne faut pas que vous me preniez en photo, je ne veux pas me retrouver dans Le Figaro, et que ma famille…Enfin bon, faut pas que ça arrive. » Cela fait trois ans qu’il vit ici, dit-il. « Nous sommes deux. C’est...une expérience. »

A quelques mètres, deux drapeaux rouges sont placés au milieu des rames. Le feu, sur le côté, est lui aussi au rouge. «  Stop, stop ! C’est interdit, vous ne pouvez pas aller par là, me lance un ouvrier des travaux du tramway. Il y a de l’électricité ! » Retour sur terre.

L’histoire de la Petite ceinture de Paris, de 1852 à nos jours

Cette ancienne ligne de chemin de fer a été installée entre 1852 et 1869, tout autour de Paris, à l’intérieur des boulevards des maréchaux. Au total, 32 kilomètres de voies ferrées pour transporter des marchandises et des hommes. Le transport de ces derniers a cessé en 1934, excepté pour la ligne d’Auteuil, fermée en 1985. Mais les marchandises ont continué d’y circuler jusqu’au début des années 90.

Actuellement, la Petite ceinture comporte 23 kilomètres de voies ferrées, entre la porte de Clichy et la ligne des Invalides (Pont du Garigliano). Interdite au public, elle est considérée comme une réserve de biodiversité. On peut y trouver de nombreuses espèces d’arbres, de plantes et d’animaux. 1500 chauves-souris vivent ainsi sous un tunnel de la Porte de Vanves.

Quel est l’avenir de cette voie ferrée ? Un vélo rail ? Une promenade plantée ? Une piste cyclable convertissant les anciennes gares en stations Vélib ? Un parcours hippique reliant les bois de Vincennes et de Boulogne en calèche ? Autant de projets soutenus par des riverains, des associations, des hommes politiques, qui n’ont pas encore abouti.

Portfolio

Où ça se passe:

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6 commentaires
  • Sur les voies ferrées de la Petite ceinture 27 novembre 2010 10:26, par Clément

    Très sympa cet article, j’ai déjà eu l’occasion de m’aventurer sur les voies de la petite ceinture, c’est très surprenant.

    Bravo pour tout votre travail, on aimerait encore plus d’articles chaque jour :-)

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  • Sur les voies ferrées de la Petite ceinture 1er décembre 2010 10:19, par Jean-Pierre

    Depuis que je suis tout gamin (et je suis maintenant retraité !) et habitant du XVIIIe, j’entends parler d’une réhabilitation de cette fameuse Petite Ceinture... soit environ 50 ans... et toujours rien. On devrait rebaptiser cette voie "L’Arlésienne"...
    Un détail pour le rédacteur : rail est de genre masculin et ne s’écrit donc pas raille !
    Mais ce n’est qu’un détail.
    Merci pour ce bon article bien illustré...

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    • Sur les voies ferrées de la Petite ceinture 5 décembre 2010 20:54, par Thomas

      Merci, Clément et Jean-Pierre, pour vos commentaires.
      Jean-Pierre, merci de nous avoir signalé cette faute d’orthographe qui s’était glissée dans mon texte...
      Bien à vous

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  • Merci 6 décembre 2010 08:47, par Jean Manuel Guyader

    J’ai habité à Montmartre, rue Lepic (au 50), pendant cinq ans mais ai quitté ce quartier en 73, ça fait bien longtemps. Depuis j’ai habité à La Varenne, New York, Sao Paulo, Milan, et depuis des années retour Paris mais cette fois l’École militaire. Mais j’ai gardé un très bon souvenir de mes années montmartroises (?). Je me rappelle de la Pomponette et ses dessins de Poulbot et tant d’autres choses. J’ai tout de suite eu envie de lire votre journal quand j’ai vu l’article de Bertrand Le Gendre dans Le Monde. Je vous félicite, c’est intéressant, humain. J’ai vu que vous aviez commencé un dixneuf.com, je vais le lire aussi parce que j’ai passé toute mon enfance et adolescence rue Meynadier,j’ai été scolarisé à l’école maternelle puis primaire rue Armand Carrel et au collège rue Jomard. J’ai toujours une carte postale du pont levant près de la Place de Bitche, je me souviens qu’il fallait franchir le canal par les escaliers quand des péniches passaient, ...et qu’il fallait être à l’heure au collège. J’y ai joué sur les trottoirs comme les gamins de l’époque, jeux de billes, petites voitures (dink Toys), patins à roulettes roues en fer (l’horreur pour les gens du quartier) et aussi bien sûr dans les Buttes Chaumont, et là je me demande si la voie ferrée qui était pour nous "le train du far west" quand on jouaient aux cow boys et aux indiens (mais nous n’allions bien sûr pas sur les voies) n’est pas là aussi le passage de la petite ceinture, je vais vérifier. Enfin, du 18ème au 19ème, la boucle est bouclée :-)
    J’imagine que vous avez déjà pensé à faire un "---.com" pour tous les arrondissements de Paris, cela pourrait peut être intéresser la Maire de Paris qui me semble sensible aux initiatives comme la votre.
    Encore bravo pour votre idée et votre charmant journal, bonne continuation de la part d’un visiteur éphémère.

    Répondre

  • Sur les voies ferrées de la Petite ceinture 6 juin 2011 19:28, par LANGUETIF

    Cet article véhiculant inexactitudes et contre-vérités, il convient d’y répondre.

    Actuellement, la Petite ceinture n’est pas à l’abandon ni presque à l’abandon comme le mentionne à tort les deux premiers paragraphes de cet article puisqu’elle a été classée en zone GSU (Grand Service Urbain) lors de la révision du P.L.U. (Plan Local d’Urbanisme) en 2006, ce qui signifie qu’elle reste destinée à un usage ferré ultérieur !

    Concernant le troisième paragraphe :
    il est employé à tort le terme d’ "artistes" pour décrire des taggeurs abandonnant leurs bombes !
    La réalité est tout autre, ces tags sont faits par des bombes à peinture qui recouvrent de précédents tags.
    De plus quant on sait l’odeur pestilentielle et chimique que ces bombes à peintures font à cet environnement par ces souillures... on comprend que cela soit interdit !
    Ces "lattes de bois" qui forment les deux voies ferrées se nomment jusqu’à preuve contraire des traverses.
    Quant aux bouteilles, sacs en plastique, emballages et autre caddie faisant de cette portion de la petite ceinture un dépotoir, raison de plus de la réserver à un usage évident, sa réhabilitation en transport ferré.
    Quant à ce passage ou sur quelques mètres, la végétation aurait tout envahie, les herbes recouvrent non pas les rames mais bien les rails, cela pourrait être une pensée néo-poétique mais concrètement cela est inexact, la plate-forme ferrée ainsi que les rails sont tous deux malgré tout bien en place !

    Concernant le onzième paragraphe :
    actuellement, la Petite ceinture comporte 23 kilomètres de voies ferrées, entre la porte de Clichy et le pont du Garigliano en non les Invalides.
    Si elle est considérée comme une réserve de biodiversité, elle n’en a pas le statut !

    Concernant le douzième et dernier paragraphe :
    Quant à ces souhaits sur le devenir de cette plate-forme, cela n’est que pure spéculation puisqu’elle est classée en zone GSU [indiquée plus haut dans le texte].

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  • Sur les voies ferrées de la Petite ceinture 21 juin 2011 13:55, par Thomas

    Cher Languetif,

    merci pour votre lecture attentive de Dixhuitinfo.com. Suite à votre commentaire, j’ai modifié quelques mots de vocabulaire que vous nous signaliez. Ces erreurs nous avaient échappé.

    Visiblement, vous connaissez bien ce dossier. J’aurais aimé vous rencontrer au moment de l’écrire. Mais ce ne fut pas le cas... D’où, peut être, certaines imprécisions, que vous relevez justement. Les commentaires sont donc une chance pour compléter cet article.

    Cependant, j’assume les expressions que j’ai utilisées : "presque à l’abandon" et "artistes".

    Car si la zone est peut être classée en GSU (comme vous l’affirmez), quand vous vous promenez sur ces rails, au moment où je l’ai fait, le sentiment qui en ressort est bien l’abandon. Ce sont donc mes impressions que je retransmets dans cet article, des impressions que j’assume pleinement.

    Et le mot "artistes" était utilisé avec humour. Vous pouvez ne pas le partager... Mais je suis libre de l’employer.

    Quant aux souhaits que vous qualifiez de pure spéculation, ces projets sont soutenus par des riverains ou des associations. Alors pourquoi ne pas les évoquer ?

    Enfin, jamais je n’ai écrit que la Petite ceinture avait le statut d’une réserve de biodiversité. Mais elle n’en est pas moins considérée comme telle. L’absence de statut est-elle une raison pour ne pas mentionner cette considération ? Je ne crois pas.

    Vous voyez, donc, que les inexactitudes ou les contre-vérités ne sont pas aussi nombreuses que votre commentaire le laisse penser.

    Bien cordialement,
    TB

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