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Que reste-il de l'occupation de St-Bernard 15 ans après ?

Socé Samba et Mocles Chateigne, de la coordination nationale des sans-papiers, affichent les coupures de presse de l’expulsion de l’église Saint-Bernard, le 23 août 1996.

Le rassemblement organisé, jeudi 25 août 2011, pour célébrer les quinze ans de l’occupation de l’église Saint-Bernard par des sans-papiers, dans le 18e arrondissement de Paris, n’a pas mobilisé les foules. Pourtant, le 23 août 1996, associations, médias et politiques, anonymes et personnalités, se pressaient dans la Goutte d’Or pour défendre ceux que l’on nommait les clandestins. Explication et témoignages.

« Cette place est le berceau de la lutte des sans-papiers ». Mocles Chateigne, désigne le parvis de l’église St-Bernard, dans le 18e arrondissement de Paris. Il y a quinze ans, les CRS mettaient fin à l’occupation du lieu saint par près de 300 sans-papiers, luttant pour obtenir la régularisation de leur situation. Les forces de l’ordre avaient fait sauter les portes à coup de haches. L’image a marqué les esprits. « Le 23 août 1996 est une date charnière pour les sans papiers ».

Voilà pourquoi les collectifs de sans-papiers d’île-de-France ont décidé d’organiser, jeudi 25 août 2011, une conférence de presse. Pour marquer les 15 ans de l’événement. Aussi pour fêter l’anniversaire de la création de la coordination parisienne des sans-papiers (la CSP 75). Première organisation du genre. Première union des sans-papiers.

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Une vingtaine de personnes ont assisté à l’anniversaire des quinze ans de l’occupation de l’église Saint-Bernard.

Aux barreaux de la grille du square, sont accrochées des photocopies de coupures de presse de l’époque. Témoins d’un temps où le combat des sans-papiers recevait le soutien des politiques, des médias, des personnalités, des syndicats ou des associations.

Un temps révolu ? Aujourd’hui, seuls deux journalistes battent le pavé. Autour de la vingtaine de membres des collectifs, quelques habitants du quartier s’arrêtent le temps d’une question, mais ne restent pas. Plus nombreux sont les représentants des forces de l’ordre. Une dizaine de véhicules de police et de CRS, sont postées autour de l’église et du square adjacent.

« Le mouvement s’est essoufflé, explique Simone Rivolier de la FASTI (Fédération des associations de soutien aux travailleurs immigrés). Les organisations politiques et syndicales tiennent aujourd’hui des positions plus timides. Les militants sont moins présents dans les occupations, comme celles de la bourse du travail et de la rue Baudélique, l’année dernière. »

« C’est l’usure, estime pour sa part Saddok Guitoun, ex-sans-papier, membre de la coordination nationale. Les gens sont toujours convaincus, mais ils ont les bras cassés : ils ont trop de problèmes, ils ne peuvent plus aider les autres ». Et cet ancien de la marine française au regard clair de poursuivre : « Il n’y a pas de succession, les jeunes ne prennent pas la relève des anciens comme Simone ou Martine. »

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Martine Doucouré, présente tout au long de l’occupation de l’église Saint-Bernard, est désormais au MRAP.

Martine Doucouré, justement, a été présente tout au long de l’occupation, jour et nuit et ne s’absentait que le temps d’une douche. « Je donnais les vitamines et l’eau aux grévistes de la faim », se souvient-elle. C’est avec émotion et un peu de nostalgie qu’elle revient aujourd’hui sur les lieux de lutte.

Témoignage de Martine Doucouré, soutien durant l’occupation de l’église Saint-Bernard.

À l’écart du son des tambours, deux membres du collectif sans-papier de Vitry reviennent sur l’importance de l’occupation de l’église Saint-Bernard. « Il existait déjà des mouvements de sans-papiers avant Saint-Bernard, rappelle Christian Schweyer, militant d’extrême gauche, présent plusieurs soirs devant l’église, durant l’occupation. Saint-Bernard avait une particularité : pour la première fois les sans-papier avaient un mot d’ordre collectif, général : une des conséquence paradoxale des lois Pasqua, qui avaient rendu les démarches individuelles de régularisation plus complexes. »

Tidiane Sow n’était pas présent à l’époque, mais parle de l’événement avec passion : « Grâce à St-Bernard, le mouvement des sans-papiers a cessé de se cacher. » Et pourtant. « Je suis surprise du silence qui entoure la lutte des sans-papiers aujourd’hui, alors que maintenant ils sont visibles », lache dans un soupire Marine Doucouré.

À l’été 1996, de clandestins, ces immigrés sont devenus sans-papiers. Un statut assumé, revendiqué. Un support de lutte. Le mot d’ordre est inchangé : régularisation de tous les sans-papiers. Mais l’objectif n’est-il pas plus éloigné aujourd’hui qu’il y a quinze ans ?

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2 commentaires
  • ce qui a changé c’est que , petit à petit, les gens se sont repliés sur leur situation, leur cas et c’est tout bon pour Sarko qui fait le tri:abandon de la vraie lutte pour tous et victoire(en ce moment)de la propagande fascisante anti-étrangers
    tout reprendre est possible, à condition de rester indépendants et de reconstruire l’unité
    courage, confiance

    Répondre

  • Que reste-il de l’occupation de St-Bernard 15 ans après ? 31 décembre 2011 14:07, par SAADALLAH Nathalie

    Bonjour,
    Un collectif d’associations s’est créé suite à la disparition de Saïd BOUZIRI ; (août 2009)
    LDH Section18ème - Collectif des Associations de la SSB - AIDDA
    Pour ne jamais oublier et continuer la lutte. Lors de la dernière Votation Citoyenne nous avons tenu une Urne + une expo photos itinérante, la SSB , les paroissiens ... sur l’esplanade de l’Église St Bernard et face au Square jusqu’alors sans nom officiel !!
    ...Le collectif a obtenu par la Mairie de Paris, la Mairie du 18ème et tous les protagonistes à l’Unanimité la nouvelle dénomination du Square dont l’inauguration est prévue pour janvier 2012 :
    Square : "Saint BERNARD - Saïd BOUZIRI"
    Nathalie SAADALLAH
    LDH Section 18ème

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