mercredi 24 mai 2017| 35 riverains
 

Nelson Bouard, commissaire : « Mes policiers dérangent »

Le commissaire Nelson Bouard devant un écran de vidéosurveillance dans le commissariat central du 18e arrondissement.

Nelson Bouard, nouveau commissaire central a pris ses fonctions à l’Hôtel de police du 18e arrondissement de Paris, voilà près de six mois. Dans l’interview accordée à Dixhuitinfo, il revient sur les problématiques sécuritaires du 18e et justifie le rôle de la Zone de Sécurité Prioritaire, laquelle doit encore faire ses preuves.

Cheveux coupés ras et fines lunettes rectangulaires, les bras croisés sur son uniforme aux couleurs de la police nationale, Nelson Bouard est de ces personnes dont on pourrait dire qu’elles ont la tête de l’emploi. Le nouveau commissaire central du 18e arrondissement de Paris a le regard clair et franc. Il s’exprime d’un ton égal, très calme, dont émane aussitôt une autorité naturelle. Et s’il choisit précautionneusement ses mots, se donnant le temps de la réflexion, c’est qu’il se plie avec intérêt à l’exercice de l’interview.

Durant l’entretien, un véhicule quitte le commissariat de la rue de Clignancourt toutes sirènes hurlantes pour rejoindre les lieux d’une agression sur policier. Les sens en alerte, le commissaire s’enquiert immédiatement de la situation, actionnant sa radio de contact et l’écran de vidéo surveillance. Il faut laisser une oreille dans son bureau et l’autre se balader dans le quartier, pour cet homme d’action de quarante ans qui après ses études de droit, dit avoir choisi le métier de commissaire « par goût de l’adversité et du travail d’équipe ».

Profondément marqué par son expérience auprès des CRS en tant que directeur adjoint de la zone de défense du Nord-Pas-de-Calais, il lui arrive parfois aujourd’hui de regretter les missions sur le terrain, nécessairement entamées par le poids croissant des responsabilités. Le 18e arrondissement de Paris, animé par ses réalités urbaines complexes et des actes de délinquance tenaces, lui offre néanmoins un territoire tissé de nouveaux défis : « En acceptant ce travail, rappelle le commissaire dans un sourire, je ne recherchais pas la facilité. Je suis venu en connaissance de cause ».

En poste depuis décembre 2012, Nelson Bouard revient sur les problématiques sécuritaires de l’arrondissement et sur le fonctionnement de la Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) Château-Rouge mise en place par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls en septembre 2012.

Dixhuitinfo.com - Quelles sont les grandes problématiques auxquelles vous devez faire face dans le 18e arrondissement de Paris ?

Nelson Bouard - Le 18e arrondissement a plusieurs facettes. Il offre un visage très touristique avec la Butte Montmartre bien sûr, qui rayonne à l’étranger et induit un afflux considérable de touristes, plusieurs millions par an, qui sont victimes parfois d’infractions, d’escrocs, d’abus en tout genre et de vols. À deux cent mètres de là, on retrouve un autre Paris pittoresque : ce sont les quartiers de la Goutte d’Or, de Barbès et de Château Rouge, classés en Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP, ndlr). Ce petit quadrilatère d’une centaine de mètres concentre pratiquement toutes les formes de délinquance qu’on peut trouver à Paris. On remarque un commerce très dense et animé, parfois pas respectueux des règles d’exploitation qui lui sont imposées. Il y a les vendeurs à la sauvette, et ce qu’on appelle « le marché aux voleurs », avec plusieurs dizaines de personnes chaque jour, sinon plus, qui revendent des objets volés, notamment sur le quartier de la Goutte d’Or. Les toxicomanes sont aussi très présents sur la voie publique.

Et en ce qui concerne la prostitution ?

Sur le quartier, la prostitution est une réalité, et comporte plusieurs spécificités : très communautaire d’abord – elle concerne majoritairement des femmes nigérianes - et passive également dans le mode de racolage, ce qui pose des difficultés dans la lutte contre le proxénétisme. Il est difficile d’atteindre les proxénètes ; on y arrive, il y a des procédures qui sont faites, certains ont été incarcérés cette année.

Vous parlez de ZSP dans la Goutte d’Or. Pouvez-vous rappeler en quoi elle consiste ?

Les autorités publiques, en l’occurrence le Procureur de la République, le Préfet de police et le maire d’arrondissement, se sont accordées sur un territoire révélant plusieurs formes de délinquances très ancrées. L’idée, c’est de coordonner tous les services entre eux pour enrayer ces problèmes : police, justice, services d’hygiène… Les différents acteurs apportent leur technicité particulière et leurs compétences techniques.

Concrètement ?

Par exemple, un douanier, ou un agent du service sanitaire, n’a pas les mêmes prérogatives qu’un policier aux yeux de la loi. Ce travail de coordination très important est délégué au vice procureur et à moi-même. Nous nous rencontrons tous les quinze jours pour faire le point sur la situation telle qu’elle est constatée sur les quartiers, sur nos succès, sur nos échecs, aussi.

Êtes-vous satisfaits de cette collaboration entre les différents services ?

De la méthode oui, des résultats jamais assez. On peut être satisfait quand le problème disparaît, je ne suis pas sûr qu’on ait toutes les solutions en main. Ce qui est sûr, c’est que cette action concertée comporte aussi des objectifs à plus long terme, sur le trafic de stupéfiants par exemple, qui ne peut pas se résoudre en quelques jours, qui nécessite des enquêtes longues et fastidieuses.

Qu’est-ce que ça implique pour vous, en tant que commissaire central, de coordonner tous ces services sur le territoire de la ZSP ?

Ça implique d’abord une très bonne connaissance des administrations, de tous les services de police. Il faut aussi savoir gagner la confiance de leurs représentants et travailler en bonne entente. La confiance ne se décrète pas, il est important d’échanger les infos et de travailler ensemble, ça demande un fort engagement de la part de tous.

La préfecture de police, indique une hausse de 11 % des infractions en matière de trafic de stupéfiants sur la ZSP Château Rouge. Qu’en pensez-vous ?

La délinquance sur la ZSP baisse d’une manière générale, mais ce n’est pas mon critère principal. La situation de ce quartier est trop complexe pour avoir l’œil rivé sur un baromètre général. Sur l’exemple des stupéfiants, le nombre des infractions constatées par les services de police augmente. Si nos services ne s’intéressent pas aux personnes qui revendent aux toxicomanes, et aussi aux jeunes gens de bonne famille qui achètent des barrettes pour leurs soirées, alors l’infraction n’existe pas. Le pendant, c’est de voir le nombre de vols à la tire ou de vols avec violence chuter sur le même quartier. Ça veut dire que la présence des policiers entraîne une baisse des vols sur la voie publique. D’ailleurs, le nombre de violences faites aux policiers augmente, je sais qu’ils dérangent et créent des difficultés aux voyous. Mais les chiffres ne sont pas mon principal outil de pilotage.

De quels autres moyens disposez-vous pour évaluer la ZSP dans ce cas ?

Dans l’évaluation de la ZSP, on interroge aussi les habitants. Une fois par trimestre se tient une réunion de la cellule de coordination des forces de sécurité, en présence d’une quinzaine d’habitants. C’est un retour sur notre travail, pour qu’ils voient comment nous travaillons. Ils nous confrontent parfois sans ménagement à nos résultats, ce qui est une bonne chose.

Comment ces habitants sont-ils choisis ?

Ce sont des habitants très investis sur le quartier. Certains représentent de collectifs, des associations, d’autres sont connus pour avoir un engagement très fort dans l’arrondissement et une vue critique sur leur environnement. Ne sont pas choisis des amis de la police, personne n’est missionné pour ne venir dire que du bien des services de sécurité (rires).

Dixhuitinfo.com a interrogé des habitants du quartier, pour avoir leur point de vue sur l’efficacité de la ZSP. Pour certains, les voleurs ou les délinquants connaissent par cœur les horaires des patrouilles, ce qui induit une espèce de jeu du chat et de la souris. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas du tout d’accord avec cela. La brigade anti-criminalité du 18e arrondissement fonctionne 24/24h. Certains lieux bien connus de tous où on a beaucoup de vols à la tire, beaucoup de recel ou de vols avec violence - pour les citer : la station de métro Barbès Rochechouart, le quartier de la Goutte d’Or dans son ensemble – sont un lieu d’action privilégié, et nous interpellons du matin au soir, du soir au matin dans ce secteur. Bien heureusement, les délinquants ne connaissent pas les horaires, ou s’ils les connaissent ils ne sont pas malins car nous interpellons tous les jours à différents moments de la journée.

Dans le cadre du Plan de Vidéo-surveillance (PVPP) mis en place fin 2011, 70 caméras ont été installées dans l’arrondissement. Comment percevez-vous cet outil ?

La vidéo surveillance peut être utile à tout. Encore faut-il s’en servir correctement, et avoir un opérateur derrière l’outil. Le PVPP peut servir de moyen de surveillance et de veille sur des sites sensibles, mais c’est également un outil utile pour cibler une infraction en particulier. Si les individus sont identifiés dans le cadre d’un acte violent, les caméras nous permettent de rechercher dans les rues adjacentes la personne dont on a le signalement, pour ensuite, si on la trouve, envoyer des patrouilles de police pour l’interpeller. C’est un outil d’aide à la décision et de recherche judiciaire, une sorte d’auxiliaire de police mais ce n’est pas une fin en soi. J’ignore comment ces caméras sont perçues par les riverains, mais concernant la sécurité, je remarque des fortes demandes, parfois contradictoires de leur part.

C’est-à-dire ?

Concrètement, on veut être plus en sécurité mais pas nécessairement voir plus de policiers. La ZSP, parce qu’elle connaît des troubles et des nuisances importantes, et parce qu’elle abrite des habitants très engagés dans un quartier atypique, nous fait remonter une très forte attente. C’est une caractéristique de ce quartier.

Où ça se passe:

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4 commentaires
  • Il n’y a pas que la ZSP.

    Le quadrilatére : Riquet - Pajol - Torcy -Chapelle, avec l’ilot de Olive - Guadeloupe - Pajol - Torcy est bien aussi, surtout la nuit.
    Rixes et tapages nocturnes sont courants, autour du marché de la Chapelle et sa zone piétonne abritée, sans parler des vols à la tire et autres effractions dans les immeubles.

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  • Bonjour,
    Je suis d’accord avec Valentin sur d’autres zones de délinquance moins prioritaires.
    En effet les policiers dérangent les délinquants qui se déplacent donc vers les zones moins surveillées.

    Au métro Marx Dormoy Il y a des voleurs à la tire très organisés, avec ceux qui repèrent dans les wagons ceux qui ont leur téléphones à la main ou des objets intéressants et qui ensuite appellent leurs complices qui courent dans l’escalier vers l’extérieur en arrachant les objets des personnes repérées qui prennent l’escalator.

    Ou encore mardi matin vers 8h30 une prostituée qui sur le quai du métro "voulait faire sa petite affaire" au clochard qui la sollicitait "pour 5 euros" malgré les caméras car elle aurait "le temps de le finir" avant que les personnes qui visionnent s’en aperçoivent et interviennent (dixit). Je suis donc intervenue pour essayer d’attirer l’attention et permettre éventuellement une intervention. Je n’ai pas été très surprise d’avoir été insultée, on ne dérange pas "Madame" dans son travail ! Or il y avait des enfants sur ce quai dont une ado très mal à l’aise de ce qu’elle voyait et entendait. J’ai pris le métro immédiatement sans attendre la suite devant me rendre à mon travail certe quelque peu dégoûtée mais peu surprise de voir qu’après quelques mois d’accalmie, "les affaires reprennent" !!!

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  • ras le bol dans le rue jean cottin délinquance , vol, agression
    mémé la police ne se déplace plus quant on appelle

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  • Dans les halls d’immeuble de la rue Pajol notamment au 56 en particulier, des jeunes squattent, fument, vendent de la drogue, en mettent dans les boîtes à lettres, échangent argent et drogue, cachent dans certaines gaines d’immeuble de la drogue et/ou de l’argent. Pour éviter de se faire voir par la police, ils s’installent parfois à l’entresol.
    La police a été contactée à plusieurs reprises.

    Rien ne se passe.
    Rien ne change.

    Le syndic, a qui on a demandé de désactiver le digicode et qui ne bouge pas, ne fait rien. Les résidents ont peur.

    Nous allons pour la énième fois rappeler le syndic Bérard (Monsieur Fleury qui a bien du mal à bouger, certainement trop grassement payé !!)
    Nous allons pour la énieme fois rappeler le commissariat...

    C’est désolant

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