mercredi 24 mai 2017| 74 riverains
 

Mort aux rats !

Jean-Michel Derrien fait partie de l’UPNA, l’unité de prévention des nuisances animales, chapeautée par le Préfet de police.

La campagne de dératisation de la Préfecture de police de Paris s’achève le 14 juin 2013. Une action de sensibilisation renouvelée chaque printemps car dans le 18e arrondissement de Paris comme dans l’ensemble de la capitale, les rats élisent domicile en nombre sous nos pieds. Qui en fait la chasse et comment ?

Ce sont les Starsky et Hutch de la chasse aux petites bêtes, les Dupont et Dupont de l’enquête animale. Jean Michel Derrien et Michel Gillet forment équipe dans le Nord-est parisien. Leur mission : faire respecter la réglementation sanitaire touchant aux «  animaux vertébrés vivants hors faune sauvage  ». Comprendre dans cet intitulé très précis : les rongeurs (rats, souris), les chats, chiens et autres animaux de compagnie mais aussi les envahissants pigeons. En revanche, les blattes, les punaises et les cafards ne sont pas de leur ressort. Encore moins les renards et les fouines qui s’aventurent hors des bois de Boulogne et de Vincennes. Ne parlons pas des serpents et des mygales ramenés de continents lointains.

Le binôme en action dans le 18e arrondissement de Paris fait partie de l’UPNA, l’unité de prévention des nuisances animales, chapeautée par le Préfet de police. «  Nous sommes des policiers  », tient d’ailleurs à rappeler Jean-Michel Derrien, le chef de l’unité. Attention en effet à ne pas les confondre avec des dératiseurs professionnels ou des scientifiques experts en nuisibles. Le duo en uniforme chasse non pas l’animal mais l’homme. A savoir : le propriétaire ou le syndic d’immeuble négligent qui ne se conforme pas à l’article 119 du règlement sanitaire. En tant que policiers, les agents de l’UPNA reçoivent plaintes et signalements (venant de locataires, commerçants, élus tombés nez à moustache avec des rats), mènent des «  investigations  » sur le terrain et pratiquent « l’enquête de voisinage  » pour répondre à deux questions : d’où viennent les rats et qui est le fautif ?

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Le sol d’une cave, rue Jean Robert, a été grignoté par les rats et s’est affaissé, indique Michel Gillet, de l’unité rongeurs.

Pour comprendre, direction un immeuble de la rue Jean Robert, dans le quartier Max Dormoy du 18e arrondissement. Les deux enquêteurs veulent nous montrer «  une situation représentative  » des signalements qu’ils reçoivent. Mauvais signe dès l’approche : le digicode est cassé, la porte d’entrée de l’immeuble béante et le hall jonché de papiers gras. Au bout, la cour intérieure avec les poubelles. « C’est déjà beaucoup mieux que lors de notre premier passage au mois de décembre  », commentent les équipiers.

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« Les trous dans les bas de porte sont des passages faciles pour les rongeurs », explique Jean-Michel Derrien, chef de l’unité rongeur.

Torche électrique à la main, ils désignent des indices : crottes de rats aux abords des poubelles et «  terriers  » grignotés dans le béton de la cour. Dans cet immeuble, les causes de l’infestation sont à admirer à la cave dont l’accès, lui aussi, est béant. «  La dernière fois, il y avait un rat mort en travers des marches  », nous apprend le binôme dans l’escalier qui descend au sous-sol. Un sous-sol que les rongeurs n’ont pas eu de mal à investir car laissé totalement à l’abandon. Un trou gros comme le poing dans une canalisation laisse peu de doute quant à la source du problème. Des égouts à la cave : le chemin est tout trouvé pour les rats. Ils n’hésitent pas à remonter à l’air libre dès qu’un passage est possible pourvu qu’il y ait au bout de l’eau et de la nourriture. Une fois ce passage déniché, le rat, animal «  intelligent et curieux  » va voir ce qui se passe chez le voisin et appelle ses congénères. De l’infestation, on passe vite à la prolifération. D’où la nécessité pour notre duo de sévir.

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Jean-Michel Derrien inspecte un "terrier" creusé par les rats dans la cour d’un immeuble rue Jean Robert.

Une fois l’ «  inspection technique  » effectuée pour vérifier la présence de rats («  Certains prennent parfois des merles pour des rats  », note, très sérieux, Jean Michel Derrien), l’unité envoie des courriers d’injonction au propriétaire des lieux, l’obligeant à prendre des mesures sans tarder. Il s’agit par exemple de boucher les trous dans les caves et les cours, de blinder les bas de portes, de fermer les containers à poubelles puis procéder à une dératisation via des pièges ou des produits chimique. Un délai d’un mois est accordé au propriétaire pour effectuer ces opérations. Si tel n’est pas le cas, les enquêteurs mettent en demeure le contrevenant, avant - ultime menace - une convocation pour audition à la Préfecture de police puis une comparution au tribunal. En jeu, une amende de 450 euros maximum par infraction constatée. «  On n’en arrive que très rarement jusque là  », admet Jean-Michel Derrien.

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Michel Gillet indique la principale source d’infestation de l’immeuble : un trou dans une canalisation.

L’an dernier, en 2012, l’unité a ainsi mené 2042 enquêtes sur la présence de rongeurs dans tout Paris, dont 186 dans le 18e arrondissement, pas plus infesté, donc, que les autres. «  Il y a vingt ans, la Goutte d’Or était dans un état pitoyable, se souvient Jean-Michel Derrien. De vieux bâtiments étaient laissés à l’abandon, avec des évacuations d’égouts libres d’accès. Ils servaient de refuge aux rats. Depuis, le quartier a été rénové et les signalements ont beaucoup diminué. Nous n’allons quasiment plus à la Goutte d’Or.  » Les sur-infestations seraient donc plus rares. La dernière remontée en masse de rongeurs dans le 18e arrondissement est à chercher lors des travaux du tramway il y a deux ans. Gênés par le vaste chantier, les rats ont été contraints de déménager en nombre vers d’autres sous-sols plus paisibles.

Trois questions à :

Jean-Michel Michaux , vétérinaire, enseignant chercheur et Président de l’institut Scientifique et Technique de l’Animal en Ville (ISTAV).

Combien Paris compte-t-il de rats et quel risque sanitaire représentent-ils ?

Il est impossible de tenir un compte précis de leur population. Les rats sont des animaux à forte reproduction mais aussi à forte mortalité. Leur prolifération dépend de la présence d’abris, de nourriture et d’eau. Quand ces conditions sont réunies, leur nombre croît. Sinon, il reflue. Evidemment, Paris, avec son vaste réseau d’égouts et ses nombreux vieux immeubles est propice à leur confort. Mais nous ne sommes plus au Moyen-âge. Quant au risque sanitaire lié à leur présence, c’est un risque d’hygiène générale. Ils sont porteurs de germes qui, présents en grande quantité, peuvent poser problème. La leptospirose par exemple est une maladie pouvant être grave, heureusement elle est très peu fréquente.

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Un rat noir : une espèce commune dans les sous-sols parisiens.

La dératisation est-elle efficace ?

Oui, les dératiseurs professionnels connaissent leur métier et les techniques, en ville en tout cas, sont efficaces. Mais je vois un problème principal : la dératisation pourtant obligatoire avant toute destruction de bâtiment est très peu pratiquée. En conséquence, lors de chaque destruction, on fait ressortir les rats qui se promènent alors partout, envahissent le quartier et provoquent une infestation majeure. Si l’on dératisait avant, ce problème serait réglé.

Peut-on imaginer une ville sans rats ?

Non, et d’ailleurs la dératisation n’a pas pour but d’éliminer la population des rats qui ont un rôle épurateur très important dans nos égouts, en ingérant des tonnes de déchets organiques chaque année. Ils ne faut pas qu’ils se développent trop mais ils sont utiles à l’homme.

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