mercredi 16 août 2017| 19 riverains
 

Montmartre vu de Lima, au Pérou

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Dès la fin du XIXe siècle, Montmartre a attiré artistes et bobos, souligne l’auteur de l’article, Mylène d’Auriol.

L’hebdomadaire Somos, supplément du quotidien péruvien El Comercio, raconte à sa manière l’évolution du 18e arrondissement de Paris dans son édition du 14 juin 2008. Depuis Lima, capitale du Pérou, Ricardo Uztarroz, écrivain, journaliste et fin connaisseur du 18e, décrypte l’article et en profite pour relancer le débat sur la "boboïsation" du quartier.

Récemment, dans les colonnes de dixhuitinfo, Gilles Brunet, de retour dans le 18e après une absence de quinze ans, déplorait que l’arrondissement soit de moins en moins populaire. Le principal quotidien péruvien, El Comercio, dans son supplément hebdomadaire de fin de semaine du samedi 14 juin, Somos, confirme le phénomène, ajoutant, cependant, et la précision n’est pas des moindres, que celui-ci n’est pas nouveau. Dès la fin du XIXe siècle, Montmartre a attiré artistes et bobos, souligne l’auteur de l’article, Mylène d’Auriol. Or, la butte n’est-elle pas le coeur du 18e ?

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« Depuis plus d’un siècle maintenant, le 18e a attiré le bourgeois désireux de s’encanailler. »

« Montmartre, écrit-elle en introduction, a toujours été le quartier bohème de Paris. Durant les dernières décennies du XIXe siècle et la première moitié du XXe, ses cafés, bars et bordels (NDR : mais que sont-ils devenus ces bordels d’antan ?) ont été fréquentés par les plus grands artistes européens comme Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Renoir, Modigliani, Dali, Picasso. C’est là qu’Edith Piaf a fait ses débuts et où le réalisateur Jean-Pierre Jeunet a tourné la plupart des scènes de son film Amélie Poulain. Montmartre est devenu un nouveau quartier à la mode pour la classe moyenne qui recherche une ambiance villageoise, un style de vie relax et paisible, impossible à trouver dans les autres quartiers de Paris. Ainsi, depuis plus d’un siècle maintenant, le 18e a attiré le bourgeois désireux de s’encanailler. »

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« Le nom de Montmartre vient de "Mont des martyrs", où, en l’an 250, le premier évêque de Paris, saint Denis, a été décapité avec quelques autres premiers chrétiens. »

L’article, qui invite les lecteurs à déambuler dans le dédale des rues pavées, chargées d’histoire, est illustré de plusieurs photos montrant l’incontournable place du Tertre et ses artistes peintres, la terrasse d’un café avec ses clients très bobos, le Consulat, l’étal alléchant d’une boutique de bouche avec ses tartes, ses fromages, ses croissants et quelques bouteilles de vin. Ces images présentent aussi un groupe de supporters anglais du XV de la Rose lors de la dernière coupe du monde de Rugby plus préoccupés à écluser des canons que de la qualification de leur équipe, et, bien entendu, les marches un jour de concert. Avec en toile de fond Paris, le Sacré coeur, une boutique de souvenirs Montmartre Village, la terrasse de la pizzeria Pizza Florenza et, de l’autre côté du carrefour, la devanture du café Le Progrès, une autre terrasse de bar avec la statue d’un consommateur, pris de boisson, en papier mâché, assis à côté d’une barrique.

Les rues qui rayonnent à partir de la place du Tertre, souligne l’article, pullulent de cafés et restaurants comme L’auberge de la bonne franquette, rue Saint Rustique. Mais, si on n’a pas trop le temps, la journaliste donne le conseil de tromper son petit creux en achetant à la sauvette une crêpe ou une excellente glace. Elle rappelle que le nom de Montmartre vient de "Mont des martyrs" : à cet endroit, en l’an 250, le premier évêque de Paris, saint Denis, a été décapité avec quelques autres premiers chrétiens.

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« Montmartre est devenu un nouveau quartier à la mode pour la classe moyenne qui recherche une ambiance villageoise, un style de vie relax et paisible, impossible à trouver dans les autres quartiers de Paris. »

« À la Belle Epoque, raconte Mylène d’Auriol, la classe moyenne et le peuple se sont mêlés dans ce quartier, donnant à la culture populaire une grande vitalité, dont le bastion a été Le Lapin agile ». La journaliste entraîne ensuite ses lecteurs, les bobos péruviens, qu’on appelle ici pitucos, à l’Espace Dali, rue Poulbot, au musée Montmartre. Elle raconte la genèse du tableau de Renoir Le moulin de la galette, aujourd’hui exposé à Orsay. La Belle Epoque, ce fut, selon elle, l’âge d’or du quartier ; un âge d’or, laisse-t-elle entendre, qui semble de retour. Elle se souvient que la Butte a compté jusqu’à 13 moulins à vent dont l’un d’eux est le Moulin rouge.

Faut-il se plaindre, ou pas, de la « boboïsation » du 18e arrondissement de Paris ? La journaliste paraît se réjouir de cette tendance. Car elle sait qu’à l’instar de Lima, quand les classes moyennes désertent les centres-villes, ceux-ci se muent rapidement en bidonvilles où plus personne, hormis les laissés-pour-compte qui les peuplent, n’ose s’aventurer dès la nuit tombée. Peut-être à tort, mais c’est comme ça.

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La « boboïsation » du 18e, qui remonte à loin, n’est donc pas nécessairement un mal. Pour empêcher cette tendance, faudra-t-il construire des tours réservée aux classes populaires au risque de défigurer l’arrondissement, de lui donner l’aspect d’une banlieue anonyme, comme semblent le souhaiter une majorité d’élus ? Mais, ceci est un autre débat. Pour éviter que les pauvres ne quittent les quartiers historiques, la seule solution serait qu’il n’y ait plus de pauvres. Mais, personne n’a encore trouvé la solution qui abrogerait la pauvreté. Ce n’est pourtant pas faute d’y avoir essayé !
À Lima, Ricardo Uztarroz

Ricardo Uztarroz est l’auteur du livre Amazonie mangeuse d’hommes (Arthaud) dans lequel il raconte, entre autres aventures, la véritable histoire d’Indiana Jones.

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2 commentaires
  • Le 18e arrondissement vu de Lima, au Pérou 24 juin 2008 13:50, par Gigi

    Ces journalistes n’ont pas bien fait leur travail !
    Quelques remarques :
    - Le 18ème ne se résume pas à Montmartre loin s’en faut
    - Cette soit disant boboisation du quartier n’attire pas vraiment des classes moyennes qui seraient bien en peine de se payer des logements sur la butte, cette dernière étant depuis longtemps devenue inabordable.
    - Il aurait été judicieux de plustôt s’intéresser aux vrais quartiers populaires du 18ème qui eux connaissent des évolutions rapides comme la goutte d’or, Clignancourt, Château-rouge ou encore la Chapelle
    - Aucun élu n’a jamais émis l’idée de dresser des tour à l’intérieur de Paris, encore moins sur le butte Monmartre !!! Quelle désinformation ! Il existe des réflexions pour repenser la porte de la Chapelle, pourquoi pas avec des bâtiments dépassant la contraignante règle des 37m... Mais on parle là de bâtiments aux qualités environnementales exemplaires et avec une architecture innovante.

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  • Montmartre vu de Lima, au Pérou 26 juin 2008 21:56, par Rick Shart

    Je suis un bobo et j’en ai un peu marre de ces attitudes "anti-bobo", souvent de la part de bobos qui s’ignorent. Quand je me suis installé dans le dix huitième il y a près de vingt ans c’est parce qu’il m’étais apparu comme le seul arrondissement vivant de Paris. J’étais arrivé deux ans auparavant d’un autre Paris, de Paris au Texas, sur les traces de Hemingway et John Dos Passos (mon écrivain préféré bienqu’un peu oublié aujourd’hui). Leur Paris avait, hélas disparu, mais je l’ai en partie retrouver dans le dix huitième. Ses bistros m’enchantent. Et je pense que sans les bobos que les fréquentent, certains assidument, ils auraient disparu. Alors, moi, je suis content que les bobos investissent dans le dix huitièmes. Allez, je lève mon canon de rouge à la santé des bobos et longue vie aux bobos, comme aurait dit Mao !

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