samedi 22 juillet 2017| 15 riverains
 

Logement insalubre, l'Etat hors-la-loi dans le 18e

Son appartement est insalubre et elle est prioritaire pour obtenir un relogement. Pourtant, l’Etat peine à lui proposer une solution alternative. Rencontre avec Celia Zegnani, une habitante du 18e arrondissement de Paris qui vit dans 17 mètres carrés avec son mari et deux de ses enfants.

Il n’y aura pas de photos, seulement des mots. Et il aura fallu plusieurs années avant que Celia Zegnani accepte de les prononcer. Difficile d’affirmer publiquement que l’on vit dans un logement insalubre. « On a honte de recevoir notre famille. Notre fils ne peut pas accueillir de copains », explique-t-elle.

Cela fait 7 ans qu’elle vit rue Ordener, dans le 18e arrondissement de Paris, avec son mari, tous les deux retraités, et deux de ses enfants. 17 mètres carrés, une pièce qui fait à la fois office de chambre, cuisine, salle à manger, bureau, et une petite salle de bain. Le tout humide, très humide.

« On met en route un petit chauffage électrique, mais rien n’y fait, les couvertures sont trempées, le matelas posé au sol aussi, indique-t-elle. Quand je me lève la nuit, je trébuche sur mon fils qui dort sur le sol. On n’a aucune intimité et il n’y a pas d’espace pour qu’il fasse ses devoirs. »

Un beau principe peu appliqué

Parmi ses deux enfants qui vivent encore au foyer, le plus jeune est en troisième, avec de grosses difficultés scolaires. « Il ne veut plus rien faire, explique sa mère. Le week-end, je l’envoie chez sa tante au Kremlin Bicêtre, pour qu’il sorte de la maison et voie ses cousins. » Le plus âgé tente de vivre de petits boulots, à droite à gauche. « Il revient parfois pour dormir dans la journée. Mais moi, puisqu’on n’a qu’une pièce, je ne peux plus rien faire. »

Son mari souffre de problèmes respiratoires à cause de l’humidité. Celia Zegnani aussi. « Je prends également des médicaments contre la dépression et pour dormir », ajoute-t-elle. Mais comment faire pour quitter ce logement insalubre ? Pour un loyer d’environ 530 euros, que la famille a toujours payé, difficile de trouver plus grand que 17 mètres carrés… Et les travaux entrepris par le propriétaire sont insuffisants pour améliorer considérablement l’état de l’appartement.

Celia Zegnani a d’abord perdu courage, avant de retrouver un soupçon d’espoir, il y a deux ans. Sur sa route, elle a croisé Isabelle Nicolas, une bénévole d’ATD Quart Monde. « ATD a accompagné Celia Zegnani dans sa démarche pour le Dalo », raconte Valérie Nicolas. Le Dalo, c’est le droit au logement opposable, une mesure mise en place par le gouvernement en 2007 : l’Etat doit aider les ménages vivant dans des appartements insalubres à trouver un logement social. Un beau principe qui, dans la pratique, est très peu appliqué (voir encadré ci-dessous).

« Alors Maman, est-ce qu’il y a du courrier ? »

« Le dossier de Celia Zegnani est arrivé au tribunal administratif, qui l’a reconnu comme prioritaire, explique Isabelle Nicolas. Cela signifie que l’Etat doit trouver un logement social pour cette famille. Mais il ne le fait pas. » Face à cette situation, les deux femmes sont intervenues au cours du compte rendu de mandat de Bertrand Delanoë, le 2 décembre 2010.

Des élus du 18e ont donné leur carte de visite et prévenu le préfet, en charge de ces questions de logement. « J’ai reçu une lettre me disant que le dossier est étudié avec attention puisque Mme Zegnani est éligible au Dalo, indique Ian Brossat, élu communiste du 18e. Mais je n’ai obtenu aucun engagement précis sur cette demande de logement. »

Le préfet a également été alerté par Carla Bruno Sarkozy, à qui Celia Zegnani a écrit. « Nous avons reçu une lettre de son conseiller nous disant qu’elle avait contacté le préfet », raconte Celia Zegnani. « Il faut avoir des noms et les relancer sans cesse », note Isabelle Nicolas qui réfléchit à la possibilité de déposer plainte auprès du Procureur de la République. « Il faut remuer ciel et terre, ajoute-t-elle. Mais une personne qui est dans cette situation passe sa vie à faire avancer un seul dossier. A côté, elle ne peut pas avoir de vie sociale, familiale, etc. C’est épuisant. »

En attendant que l’Etat mette les moyens nécessaires pour faire vivre cette loi, tous les jours, jusqu’à 10h00, Celia Zegnani reste chez elle pour surveiller l’arrivée du facteur. « Quand mon fils cadet revient de l’école, dit-elle, il me demande : Alors Maman, est-ce qu’il y a du courrier ?. Je lui dis : non, pas encore. Patience, mon fils, patience. »

Photo : logements insalubres, rue Duhesme, en mars 2009.

Le Dalo peu appliqué en Ile-de-France
« L’Etat ne peut pas rester hors-la-loi » : le rapport du Comité chargé de suivre la mise en œuvre du Dalo, rendu public le 15 décembre 2010, pointe une non-application de cette loi dans la région Ile-de-France. 12 500 ménages considérés comme « ultra prioritaires » n’ont pas eu de proposition de relogement. Des familles éligibles au Dalo depuis deux ans n’ont pas obtenu d’attribution de HLM. Une situation dénoncée par le tribunal administratif de Paris, le 17 décembre 2010, qui a condamné l’Etat à indemniser deux familles reconnues prioritaires. Par ailleurs, des préfets expulsent des personnes déclarées prioritaires au Dalo alors qu’aucune solution de relogement ne leur est proposée.

(Les prénom et nom de cette habitante du 18e ont été changés)

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

1 commentaire
  • Logement insalubre, l’Etat hors-la-loi dans le 18e 31 décembre 2010 00:52, par Valérie THIERS

    Merci pour cet article. J’espère qu’il y aura des réactions car on ne peut rester indifférents à ce sujet qui nous concerne tous. Les lois ne sont pas faites pour rester dans les tiroirs et nos impôts doivent servir à financer les droits les plus élémentaires. Ensemble nous pouvons faire appliquer les lois pour plus de démocratie et de justice sociale.

    Répondre


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes