mardi 17 octobre 2017| 20 riverains
 

Les locataires ne lâchent pas leur ancien gardien

Philippe Léoni, le gardien licencié par Paris Habitat, est soutenu par une association de locataires.

Un ex-gardien, une association de locataires, un bailleur social, un nouveau gardien, un vœu au conseil d’arrondissement, une médiatrice, une action en justice : tels sont les ingrédients d’une affaire peu commune qui rythme la vie du Champ-à-loup, dans le 18e arrondissement de Paris. Enquête.

« Nous garderons notre gardien » sur une banderole, des stickers « I love Mr. Leoni » dans les halls d’entrée. Les locataires du passage du Champ-à-Loup et de la rue Dimey, près de la Porte de Saint-Ouen, dans le 18e arrondissement de Paris, se battent contre leur bailleur social Paris Habitat. En cause : le licenciement, fin novembre 2011, de leur ancien gardien, Philippe Léoni, 37 ans.

Jean-Jacques Anding, président de l’Amicale des locataires du Champ-à-loup, et Ghislaine Malandin reçoivent chez eux leur ancien gardien avec plaisir. Le temps d’un café, la discussion tourne autour de son renvoi brutal. « On ne comprend pas les raisons du licenciement de Philippe, s’insurge Jean-Jacques Anding. On était très satisfait de son travail. Il était toujours d’humeur égale. C’était un véritable médiateur entre le bailleur et les locataires. C’est important dans un quartier classé en Politique de la ville. »

Leur gardien préféré parti, plusieurs remplaçants lui ont succédé pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, le passage du Champ-à-loup a enfin un gardien permanent. Mais ce n’est pas Philippe Léoni. C’est Alphone Amadoué, qui a été embauché en CDI sur le site en février 2012. « Tout se passe bien, affirme celui-ci. Je n’ai jamais voulu me mêler de cette affaire entre les locataires et Paris Habitat. Ici, je fais mon travail, voilà tout. »

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Les locataires du Champ-à-Loup estiment que le renvoi de leur gardien est illégal.

Dépotoirs, tags et urine

Pourtant, lors du conseil d’arrondissement du 12 mars 2012, un vœu de Pascal Julien (élu EELV du 18e) décrivait une situation différente. Durant son intervention, l’élu Vert pointait les dégradations du 10 rue Dimey, bâtiment également à la charge du gardien : « les placards EDF servent de dépotoirs, les ascenseurs sont tagués et la cage d’escalier sent l’urine. » Sur place, le nouveau gardien ne souhaite pas répondre à ces accusations sans l’autorisation de sa hiérarchie. Qui ne viendra pas.

Une situation à nuancer : l’immeuble est décrépi, mais outre un interphone dégradé, les tags ont été effacés dans les ascenseurs. Ne restent plus que les trainées d’encre. La peinture de la cage d’escalier s’effrite et les marches sont usées. Le travail du nouveau gardien semble apprécié par les occupants. « Il n’y a aucun problème avec lui, constate Dahlia Mberjel, locataire au Champ à loup depuis neuf ans. Les poubelles sont souvent nettoyées, le sol est propre. »

CDD sans terme précis

L’affaire remonte à mai 2011, quand Philippe Léoni débarque au Champ-à-Loup. « La situation était extrêmement tendue, se souvient-il. Les locataires et l’ancien gardien (qui est resté onze années avant d’être muté à Asnières, ndlr) ne se parlaient plus, il fallait désamorcer la situation. » Paris Habitat lui fait signer un CDD de neuf mois sans terme précis. Le temps pour le bailleur de recruter un gardien en CDI. « J’ai postulé et mon dossier a été accepté fin septembre 2011 », poursuit Philippe Léoni. Sa candidature est validée. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu.

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La médiatrice de la Ville de Paris a été saisie par le maire du 18e, afin de régler l’affaire à l’amiable.

« Entre septembre et novembre 2011, Paris Habitat est devenu de plus en plus évasif sur la prochaine signature de mon CDI », explique Léoni. Son employeur lui demande de patienter, le temps de lui trouver un appartement de fonction. Philippe Léoni, confiant, prépare son déménagement. Il rend les clés de la chambre de bonne qu’un ami lui prête dans Paris. Mais, un beau jour, il doit faire visiter sa loge à d’autres gardiens, lesquels se présentent comme candidat au poste qu’il convoitait lui-même.

« Ca m’a mis la puce à l’oreille, » indique-t-il. Fin novembre, il demande à être reçu par sa hiérarchie. Le rendez-vous se tient le 30 novembre 2011. « Après trois quarts d’heure d’entretien, on m’a renvoyé au motif que je n’étais pas à la hauteur de la difficulté du poste, dit amèrement Philippe Léoni. Dans l’heure, je devais débarrasser ma loge. J’étais à la rue. »

Prud’hommes

« Dès que nous avons appris son licenciement, nous avons décidé de nous mobiliser », explique Jean-Jacques Anding. En quarante huit heures, une pétition est signée par 220 locataires sur les 137 logements qui composent l’ensemble. « Les motifs de renvoi ne tiennent pas, poursuit le président de l’amicale des locataires. Tantôt Paris Habitat nous explique qu’il a été défaillant dans son travail, tantôt on nous explique que l’absence de bail pour son ancien logement est la cause de son renvoi. »

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L’entrée de l’un des quatre immeubles du passage du Champ-à-Loup.

Depuis, la mobilisation prend de l’ampleur. L’inspection du travail est saisie. Elle demande la réintégration du gardien en CDI, ce que Paris Habitat refuse. Pour Philippe Léoni, un conflit avec sa hiérarchie a causé son licenciement. « Paris Habitat refusait de payer pour le remplacement de fenêtres d’une locataire, rue Dimey, poursuit l’ancien gardien. Je lui ai implicitement conseillé de porter son cas au tribunal car elle était dans son droit. »

Philippe Léoni a décidé d’attaquer le bailleur aux Prud’hommes. « Paris Habitat aurait dû lui faire signer un CDI dès son affection au passage Champ-à-Loup, explique son avocate, Olivia Denato. Philippe Léoni n’a reçu aucune lettre de licenciement, aucun préavis comme le prévoit la loi. Il n’a touché qu’une prime de précarité en guise d’indemnité de licenciement. » L’avocate met aussi en lumière une « absence de motif de renvoi ».

Paris Habitat seul décideur

De son côté, le conseil d’arrondissement du 12 mars 2012, rejette le vœu en se disant incompétent pour imposer la réintégration de l’ancien gardien à Paris Habitat. Toutefois, le maire du 18e arrondissement de Paris, Daniel Vaillant, propose de saisir la médiatrice de la Ville de Paris. Et Roxane Decorte, conseillère UMP et vice-présidente de la commission logement et urbanisme de Paris Habitat, promet d’interpeller le bailleur lors d’un prochain conseil d’administration. Il a lieu dix jours plus tard. « Jean-Yves Mano (adjoint de Bertrand Delanoë chargé du logement, ndlr) m’a répondu que Paris Habitat était l’employeur de Philippe Léoni et était seul décideur », explique Roxane Decorte.

Un procès en attente, un nouveau gardien bien en place. Malgré leurs efforts, les habitants du Champ à Loup ne devraient pas revoir de sitôt leur gardien tant apprécié. Paris Habitat n’a pas donné suite à nos demandes d’explication. Quant à la médiatrice de la Ville de Paris, si une lettre lui a bien été envoyée par la mairie du 18e arrondissement, elle reste injoignable.

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1 commentaire
  • Les locataires ne lâchent pas leur ancien gardien 10 avril 2012 16:40, par azmerina zaverdjian

    Nous soutenons M. LEONI contre l’arbitraire et les méthodes peu objectives de renvoi , par l’OPH Paris Habitat d’un salarié et gardien exemplaire que tout les locataires appréciaient pour son sérieux ,son dévouement et efficacité, mais quand les gens sont trop bien et trop professionnel ,on les répudient dans ce monde implacable. Après le scandale du fichage des locataires que même certains élus de droite et la CNIL ont dénoncé ce genre de méthodes indécentes, illégales et dérives indignes , certains responsables de l’ OPH Paris Habitat responsables devraient démissionnés, la question reste posée et toujours d’actualité.

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