lundi 24 avril 2017| 13 riverains
 

Les hôtels sociaux, véritables bombes sociales

Une chambre de l’hôtel social de la rue du Poteau. © Julien Pébrel

Le 18e arrondissement de Paris, concentre le plus grand nombre d’hôtels sociaux de la capitale. De nombreuses familles vivent, parfois plusieurs années, dans ces logements de fortune aux loyers élevés. C’est la mairie de Paris qui finance ce système, que l’élu PC Gérald Briant qualifie de « véritable bombe sociale ». Reportage et portfolio, dans un hôtel social, rue du Poteau.

Logée dans un hôtel social de la rue du Poteau, dans le 18e arrondissement de Paris, avec ses trois enfants, Blebleko s’étonne de son loyer : « 2 200 euros par mois pour mon 18 m² ! » Un prix exorbitant, mais à peine supérieur à ceux pratiqués dans ce type d’hébergements. À Paris, en 2009, les services sociaux de la mairie ont versé 23 millions d’euros pour loger 1 200 familles, dont environ un quart vivent dans le 18e.

Le conseil de Paris a voté, le 7 février 2011, des mesures visant à réduire ces dépenses. Les familles doivent résider depuis au moins trois mois dans la ville. Et leur hébergement en hôtel meublé ne pourra dépasser un an, au maximum. Le PC, le Parti de gauche et les Verts se sont opposés au texte. Ils souhaitent limiter la durée d’hébergement en logement précaire, mais dénoncent le manque de solutions au delà de l’année passée en hôtel social. « On confie au privé une problématique de politique sociale », regrette Gérald Briant (PC), adjoint au maire Daniel Vaillant, chargé des Affaires sociales et de la lutte contre les exclusions.

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« On confie au privé une problématique de politique sociale », regrette Gérald Briant, élu PC du 18e. Photo © Jérémie Jung EMI-CFD

Sur les 777 hôtels sociaux de la ville de Paris, 144 sont situés dans le 18e, ce qui représente 300 familles. En comparaison, le 7e arrondissement ne compte que cinq établissements. À l’origine, ces hôtels étaient destinés à des hommes seuls, ouvriers venant de province ou immigrés arrivant à Paris, dans l’attente de trouver un véritable logement.

Absence de l’Etat
Aujourd’hui, ils sont généralement occupés par des femmes isolées, pour la plupart d’origine africaine. À leur arrivée en France, elles sont sans papiers. « C’est le Samu social ou les associations qui s’occupent de leur trouver un hôtel tant qu’elles sont en situation irrégulière, précise Gérald Briant. Normalement, l’hébergement d’urgence est du ressort de l’État, mais il s’est totalement désengagé. »

Mickaël Couillaud, patron de l’hôtel du 27, rue du Poteau, dans le 18e, explique qu’il ne travaille plus avec le Samu social. « Ils me versaient 15 à 16 euros par jour et par personne », ce qui représentait pour lui un manque à gagner de 10 à 20 euros. Les chambres sont prévues pour deux personnes au maximum, conformément aux critères de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), service départemental ayant pour vocation la protection des enfants et de leur famille. Pour en bénéficier, les ménages doivent avoir des papiers en règle. « Depuis la loi sur le droit au logement opposable (Dalo), votée en mars 2007, la durée d’attente pour obtenir un HLM s’est un peu raccourcie : un an et demi à deux ans en moyenne », explique M. Couillaud. Or, cela fait maintenant sept ans que Blebleko est logée dans son hôtel !

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« Ici, quand une de mes clientes trouve un logement social, c’est la folie. On fait une fête terrible ! » raconte Mickaël Couillaud, patron de l’hôtel du 27, rue du Poteau. Photo © Julien Pébrel EMI-CFD.

Le 27 de la rue du Poteau jouxte des immeubles haussmanniens. L’été, les enfants ne partent pas en vacances, alors Mickaël les laisse jouer dans la cour. Mais les riverains n’apprécient pas vraiment le chahut. Ni l’impact de ce voisinage sur la valeur de leurs propriétés. « L’autre jour, un agent immobilier est venu me demander à quelle heure les enfants sont les plus calmes. Forcément, il devait faire visiter un appartement juste à côté ! » raconte le patron dans un grand éclat de rire. Ici, la mixité sociale reste à l’état de projet.

Échec scolaire
Assurer une éducation stable pour ces enfants est une véritable gageure pour leurs mères célibataires. Gérald Briant avertit : « L’hébergement en hôtel meublé est une véritable fabrique de bombes sociales. » Une telle précarité annihile selon lui toute chance de réussite scolaire. « Les enfants font leurs devoirs sur le lit. Quand la maîtresse appelle pour parler des problèmes de ma deuxième fille, c’est compliqué », explique Blebleko.

Lorsque les résidentes travaillent, les allocations sont réduites à hauteur de leur salaire. Et il faut faire garder ses enfants. «  Ça me coûterait 200 euros au black. La mairie ne peut pas me financer si je ne déclare pas la garde », se lamente Blebleko. À en croire Mickaël, l’obtention d’une place en HLM est un véritable Graal pour ces familles : « Ici, quand une de mes clientes trouve un logement social, c’est la folie. On fait une fête terrible ! »

Mais, pour décrocher ce sésame, il faut justifier d’un CDI. « Le plus souvent, on ne me propose qu’une succession de CDD, confie Blebleko. On est fatigués. On tourne en rond. » Les services sociaux sont loin d’être inactifs, mais les situations sont souvent inextricables. Les ménages placés en meublé ne sont pas prioritaires pour l’accès aux HLM. De nombreuses personnes ne bénéficient pas de l’hébergement d’urgence et sont également dans des situations très difficiles. « La plupart du temps, nous sommes confrontés à un combat contre la misère humaine », déplore Gérald Briant.

Portfolio

Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Fofana et son bébé. ©Julien Pébrel EMI-CFD Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Hôtel social rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD Le patron de l'hôtel rue du Poteau. ©Julien Pébrel EMI-CFD

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4 commentaires
  • Les hôtels sociaux, véritables bombes sociales 25 mars 2011 21:28, par miclucas

    on oublie la misere rurale ........ Et l etat ne donne rien de plus aux agriculteurs ou ouvriers agricoles qui ont 500 euros de retraite . Toutes ces aides , qui coutent des centaines de millions d euros s apparentent a un aspirateur en faveur de l immigration . C est aussi simple que cela . Apres il ne faudra pas pleurer que le F N fasse 23 pour cent aux elections ....... michel

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  • Les hôtels sociaux, véritables bombes sociales 20 septembre 2013 15:34, par Mme Marquer Hélène

    Qui peut bénéficier de ces logements ? Où s’adresser ? Merci

    Répondre

  • Ce n’est pas l’immigration l’ennemi qu’il faut combattre,il n’y a pas que des immigrés dans ces hôtels. Pensez-vous réellement que le FN va apporter un changement ? Je ne comprend pas pourquoi les gens on toujours tendance à se tourner vers les extrêmes en signe de protestation. C’est complètement stupide. De plus vous nous parlez de l’agriculture alors qu’il s’agit d’un article sur les hôtels sociaux. La misère est partout quand, arrêterons-nous l’individualisme ?

    Bien cordialement
    Agathe

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  • Les hôtels sociaux, véritables bombes sociales 15 janvier 2016 08:51, par Eric

    Après 2 ans dans des hôtels à raison de 40 euros par jours, j’ai fini par appeler le 115. Depuis 5 ans je passe de structures d’hébergements en structures d’hébergements. Jusqu’ici les travailleurs sociaux ( malgré cdd, cdi, chômage...) avaient toujours refusés de faire le dossier DALO (peut-être est-ce le contre-coup de la discrimination positive ?). Par ailleurs, j’étais disposé à aller sur le marché locatif privé, j’avais donc besoin d’une caution solidaire, mais il semble que cela n’ai jamais été possible. De même pour un HLM, il semble que malgré 7 ans dans cette situation, d’autres ont toujours la priorité.
    Bien cordialement
    Eric

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