mercredi 26 avril 2017| 73 riverains
 

Le Bois Dormoy fragile refuge des migrants de la Chapelle

Les médias nationaux ont largement rendu compte, mardi 9 juin 2015, de la situation des migrants au Bois Dormoy.

Evacués le 2 juin 2015 du camp situé sous le métro boulevard de la Chapelle, plusieurs dizaines de migrants ont trouvé refuge au Bois Dormoy, un espace vert du 18e arrondissement de Paris voué à disparaître. Malgré l’aide de militants et de riverains, les conditions de vie y sont précaires. Les politiques tentent de trouver des solutions.

Des sacs de voyage, des matelas défoncés, des couvertures de survie. La nuit dernière, près de 80 migrants ont dormi à même le sol poussiéreux du Bois Dormoy, dans le 18e arrondissement de Paris. Accueillis par l’association gestionnaire de ce jardin partagé en voie de disparition, ils sont originaires pour la plupart du Soudan et de l’Erythrée, pays pauvres de la corne d’Afrique. La veille, la police les avait violemment évacués de l’esplanade Pajol, située non loin de là. Au commissariat local, ils avaient été contrôlés avant d’être relâchés. En situation irrégulière, quelques-uns avaient été placés en centre de rétention.

Jeudi 2 juin 2015, les migrants ont été délogés du campement sous le métro aérien qu’ils occupaient depuis des mois avec près de 300 compagnons d’infortune. Ils n’ont pas résisté à l’hébergement provisoire et aux nuits d’hôtel improvisés. C’est finalement dans cet espace vert du 2bis, cité de la Chapelle, défendu par de nombreux habitants, que leur errance a pris fin. Malgré l’installation de toilettes sèches, les conditions d’hygiène sur le site sont précaires. Ce matin, après une courte nuit, la toilette c’était bouteille d’eau et deux arbres pour se cacher. « Ca ne peut pas durer, dit une habitante à l’entrée du bois. Il faut que l’Etat leur trouve un toit. »

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A l’ombre des arbres du Bois Dormoy, les migrants tentent de retrouver repères et sérénité.

C’est le sens du vœu porté par des élus écologistes, communistes et Front de gauche du 18e, qui sera présenté au conseil d’arrondissement lundi 15 juin 2015. Gérald Briant, PC, adjoint au maire charge des affaires sociales, de l’hébergement d’urgence et de la lutte contre les exclusions s’apprête à remonter sur son vélo. « Pour aller bosser », sourit-il. Mais d’abord, il rappelle les grandes lignes du texte : « Expérimenter à paris, avec les services de l’Etat, la création d’un site dédié permettant d’accueillir dans de bonnes conditions les personnes réfugiés. »

En fin de matinée, le Bois Dormoy ressemble à une fourmilière. Militants politiques et associatifs se pressent sur les lieux. Les riverains apportent des vêtements, de la nourriture, des matelas en meilleur état. « Il semble qu’il faille se préparer à passer une nouvelle nuit dans le bois », souligne Pascale. Pierre, grand échalas d’une trentaine d’années, veut aider et cherche à qui s’adresser. Anthony, rencontré à la terrasse d’un café proche, « milite nulle part ». Il surveille Twitter où les hashtags #migrants, #pajol, #solidarité, font fureur : « Tous ces gens qui twittent pour se donner bonne conscience, les fesses bien calées dans un fauteuil. »

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Au fil de la journée, mardi 9 juin 2015, militants et riverains ont servi boisson et nourriture aux migrants ; tandis que les interviews se succédaient sur le site.

Au milieu des arbres, Pascal Julien, élu Vert du 18e et conseiller de Paris a la moustache des mauvais jours. « Je suis en colère dit-il, avant de se reprendre. La colère est mauvaise conseillère. Disons plutôt, je suis navré. Ces hommes sont des rescapés. Peut-être ont-ils fait naufrage au large de l’Italie et ils sont aujourd’hui pourchassés par les autorités. » Lui aussi réclame, à l’unisson de son groupe politique, « la mise en place, en lien avec l’Etat, de structures d’accueil permettant d’éviter que cette situation ne se reproduise ». En attendant, il apprécie le symbole : « Les arbres du Bois Dormoy protègent des hommes que d’autres hommes ont laissé tombé. »

Dans les allées du bois, une question sur toutes les lèvres : que fait la mairie du 18e ? Dans son bureau, place Jules Joffrin, le maire, Eric Lejoindre la joue serein. Il indique dans un premier temps qu’une trentaine de places d’hébergement d’urgence sont disponibles, « depuis la première évacuation », dans l’ancienne caserne du boulevard, Ney, appelée la Boulangerie : « Je pense que ce soir, si tout le monde joue le jeu, on peut régler un certain nombre de problèmes, sans doute pas tous », souligne-t-il.

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Une distribution de vêtements apportés par les habitants, sous l’œil des caméras.

Eric Lejoindre comprend le vœu portés par ses adjoints communistes et verts comme une base de « réflexion ». « Un lieu d’accueil pourquoi pas », résume-t-il. Mais il faut d’abord en étudier l’opportunité et en définir la forme avec les associations et l’Etat. Le maire pense pourvoir « rassembler une majorité, voire au-delà », sur le sujet. Quant à l’intervention violente des forces de l’ordre Halle Pajol, « force doit rester à la loi », dit-il. Avant de nuancer : « J’aurais préféré que cette évacuation ne se passe pas ainsi. Mais les responsabilités qui ont conduit à cette situation sont partagées. »

Lire aussi :
- L’avenir incertain des migrants du boulevard de la Chapelle
- Le Conseil de Paris ferme la porte au Bois Dormoy

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