vendredi 24 mars 2017| 23 riverains
 

Le bidonville du 18e veut s'opposer à son expulsion

Le bidonville s’est progressivement développé sur les voies ferrées de la petite ceinture depuis le début de l’année 2015.

Les habitants du bidonville érigé entre les portes de Clignancourt et des Poissonniers, dans le 18e arrondissement de Paris, ont prévu de manifester, lundi 1er février 2016, contre leur expulsion qui pourrait intervenir dans les prochains jours. Ils s’opposent aux relogements provisoires et demandent que soit étudiée leur propre solution d’hébergement.

Gestes amples, verbe haut, la discussion est animée. Une vingtaine d’habitants du bidonville bâti entre deux portes du 18e arrondissement de Paris sont réunis, jeudi 28 janvier 2016, dans l’une des baraques construites sur les voies ferrées de la petite ceinture. Les hommes prennent la parole. Des femmes entrent, cigarette aux lèvres, et donnent leur point de vue. Une traductrice explique en français le ras-le-bol général. Cette fois, ils ne se laisseront pas faire : ils appellent les habitants à les soutenir et à s’opposer à l’expulsion du bidonville, qui devrait avoir lieu en milieu de semaine prochaine, lors d’une manifestation organisée lundi 1er février 2016, à 10h, devant la mairie du 18e arrondissement.

L’évacuation a été confirmée aux associations (*) présentes sur le bidonville par Gérald Briant, adjoint communiste au maire du 18e, chargé des affaires sociales, du logement d’urgence et de la lutte contre les exclusions, lors d’une réunion tenue en mairie d’arrondissement, mercredi 27 janvier 2016. « Les associations ont refusé de cautionner une politique qui mène à une plus grande précarisation de populations déjà marginalisées et qui détruit tous les efforts d’insertion », souligne André Feigeles, du collectif Rom Paris. Des représentants des familles roms et roumaines installées depuis des mois dans ce village de bric et de broc ont indiqué refuser les hôtels qui pourraient leur être accordés « pour quelques jours ».

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Suraj et Nelu, adhérents de l’association les Bâtisseurs de cabanes, souhaitent développer des alternatives au relogement en hôtel.

« Le provisoire, ce n’est plus possible, disent en chœur Nelu et Suraj. Au final on se retrouve toujours dans la rue. » Les deux hommes ont vécu les expulsions successives des bidonvilles de la Courneuve, en région parisienne, et de la porte de la Chapelle. Ils n’admettent pas que l’histoire se renouvelle sans cesse : « Il faut nous laisser tranquille, nous donner du temps. Deux ou trois mois pour trouver un terrain par exemple, afin de commencer à fabriquer nos propres maisons. » Nelu et Suraj sont adhérents de l’association les Bâtisseurs de cabanes, créée dans le bidonville en décembre 2015. Le projet, la construction de maisonnettes d’une surface comprise entre 20 et 30 mètres carrés apparaît comme une alternative au bidonville. Il est soutenu par le collectif Rom Paris. Des architectes ont travaillé le dossier.

« Menuisiers, électriciens, décorateurs… les habitants du bidonville ont des compétences qu’ils pourraient mettre à profit pour construire eux-mêmes ces petites maisons, explique André Feigeles. Chacun d’entre eux pourrait ensuite valoriser ces expériences professionnelles. » Dans ce cadre, des fonds européens seraient mobilisés. « Avec trois millions d’euros, une soixantaine de maisons, démontables et pourquoi pas transportables, seraient érigées, calcule André Feigeles. De quoi loger dignement 250 familles dans ces logements-passerelles. Leur intégration par l’école ou le travail serait assurée par les services sociaux. Le dossier pourrait être bouclé en mars prochain. » « On ne parle pas d’un projet communautariste, reprend Marie Montolieux, présidente des Fédérations du 18e et de Paris du Mrap (Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples). Un même village pourrait mélanger des logements étudiants et des familles roumaines. »

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Pour les associations, « l’émergence des bidonvilles en France depuis 25 ans n’est que la pointe de la partie émergée de l’iceberg du mal-logement en France ».

La recherche d’un terrain est conditionnée à l’avis favorable de la Ville de Paris. Qui devrait aussi procéder à une avance de trésorerie estimée à trois millions d’euros supplémentaires. Si la Ville prête une oreille attentive au projet des Bâtisseurs de cabanes, pas question pour autant de sursoir à l’expulsion. « On ne peut pas attendre, c’est trop dangereux, dit Gérald Briant. Les pompiers sont sur les dents. » Chauffé par des braseros, le bidonville peut s’enflammer du jour au lendemain, estiment les pouvoirs publics. Des extincteurs ont bien été installés à des endroits stratégiques, mais personne n’est dupe : construites avec des matériaux de récupération, les cabanes sont hautement inflammables. « Je n’assume pas le fait de laisser des gens vivre dans cet endroit, insiste Gérald Briant. En tant qu’élu, je ne prends pas ce risque. »

Sans fin, le cycle bidonville, expulsion, hôtel, « n’a aucun sens », admet Gérald Briant. « Les Bâtisseurs de cabanes, j’y crois, poursuit-il. Dans le 18e, nous sommes prêts à accueillir des expérimentations de ce type. Mais pas avec 300 ou 400 personnes. Ce n’est pas gérable. Une action sociale efficace doit être précise, ciblée. Et dispersée sur l’ensemble du territoire parisien. » Pour l’élu PC, deux cents habitants du bidonville, « au dernier recensement », sont concernés par l’expulsion à venir : en termes de relogement de proximité, « la priorité a été donnée aux familles dont les enfants sont scolarisés dans les écoles du 18e. Elles seront hébergées dans des hôtels proches des établissements scolaires ». Par ailleurs, il affirme que ces familles pourront rester dans ces hôtels « le temps nécessaire à la conduite d’un véritable travail d’intégration ».

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En France, comme ici sur les voies ferrées de la petite ceinture, dans le 18e arrondissement de Paris, près de 20 000 personnes vivraient dans des bidonvilles.

De quoi rassurer Alin ? Voilà trois mois, cet homme marié, père de trois enfants, a signé un contrat de travail à durée indéterminé dans une entreprise de désamiantage. « Un bonheur », après tant d’aller-retour entre la Roumanie et la France depuis une dizaine d’années. Une association locale se charge de domicilier son adresse. C’est indispensable pour travailler. Mais la perspective d’une expulsion inquiète Alin. « Je préfère vivre ici, au platz, comme il dit, que dans un hôtel. Nous sommes bien ensemble, solidaires. Dans la famille, bien sûr, mais aussi entre voisins. » En Roumanie, Alin a suivi des études d’architecte. Il est membre des Bâtisseurs de cabanes et manifestera lui aussi contre la destruction de son cadre de vie. Et pour des jours meilleurs.

(*) LDH Paris 18, Fédération LDH de Paris, Comité local MRAP 18, Fédération de Paris MRAP, Association l’Ecole dans la rue, Solidarité Jean Merlin, Les Enfants du Canal, Médecins du Monde.

Lire aussi : Un bidonville se développe dans le 18e arrondissement

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1 commentaire
  • Le bidonville du 18e veut s’opposer à son expulsion 3 février 2016 11:10, par STMartin

    Nos pauvres sont relégués et maintenus dans leur condition, alors que des ressortissants d’Europe de l’Est pour lesquels La Communauté Européenne attribut des subventions aux Etats concernés, réclament des droits dont nos propres nationaux sont exclus. L’humanitaire victime de l’Europe et de ses préceptes et c’est pas fini

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