samedi 27 mai 2017| 15 riverains
 

Le 18e arrondissement sous vidéosurveillance : qu'en dit la rue ?

1226 caméras vidéos seront installées dans les rues de Paris fin 2010. La Préfecture de police, maître d’œuvre du projet, prévoit d’en implanter 93 dans le 18e arrondissement, dont une vingtaine dans le quartier de la Goutte d’Or. Si les élus du 18e attendent des précisions avant de se prononcer définitivement sur ce plan, les habitants du quartier apprennent la nouvelle avec circonspection.

Fin 2010, la Préfecture de police va installer 1226 caméras dans les rues de Paris. Le 18e est gâté : 93 appareils de vidéosurveillance seront implantés dans ses rues, dont une vingtaine dans le quartier de la Goutte d’Or. Ce programme baptisé Plan de videoprotection par la Préfecture de police a été présenté au Conseil de Paris, fin octobre 2008. Mais personne n’a rien demandé aux habitants, qui peuvent d’ores et déjà se préparer à vivre tous les jours sous l’œil des caméras.

Dans les rues étroites de la Goutte d’Or, les badauds croisés dans la rue ou aux comptoirs des cafés n’émettent pas d’avis tranchés, mais s’interrogent. Brahim, croisé rue Doudeauville, fronce les sourcils. « Vingt caméras dans le quartier, c’est beaucoup et peu à la fois, calcule ce serveur dans un bar du coin. Le business illégal se développera à l’abri des caméras. Les trafiquants ne sont pas fous. Ils iront sous les porches, voire dans les bars, accomplir leurs méfaits. Finalement, par ricochet, les honnêtes gens seront eux aussi pénalisés. »

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« Bien sûr qu’il faut combattre la délinquance, mais rien ne prouve que des caméras soient efficaces. »

Rue Dejean, Michelle pose ses sacs de victuailles à l’abri du mauvais crachin qui nimbe le marché. « Je ferai bientôt mes courses sous l’œil des caméras, rigole-t-elle. Si cela peut intéresser des gens… Bien sûr qu’il faut combattre la délinquance. Mais rien ne prouve que des caméras soient efficaces. Les vendeurs à la sauvette devraient être identifiés depuis le temps qu’ils travaillent dans le quartier. Ce sont toujours les mêmes. »

Brahim partage son point de vue. « Les trafiquants opèrent à cinquante mètres des véhicules de police. Tout le monde détourne le regard. Les caméras ne vont pas les arrêter, tout de même ! La vidéo dans les rues, c’est juste pour surveiller. Mais je ne sais pas quoi, au juste. » Plus loin, Diabé n’est pas d’accord : « Les caméras dans les rues sont utiles si elles filment vraiment les gars qui trafiquent dans le quartier. Mais, c’est vrai que savoir que l’on vous regarde toujours, ce n’est pas très agréable. »

« Les caméras auront sans doute un effet dissuasif dans un premier temps, estime Ben, derrière le comptoir de son bar, Au gamin de Paris. Et, dans certains cas, des auteurs de violences seront identifiés. Sur le long terme, en revanche, je doute. Quand les caméras seront repérées, les voyous iront ailleurs. Et que fera-t-on des films enregistrés ? »

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Sur Paris, le plan vidéos coûtera près de 80 millions d’euros.

À la mairie du 18e arrondissement, les élus rappellent d’abord qu’ils n’ont pas été associés, et encore moins consultés, à l’élaboration du plan vidéo concocté par la Préfecture de police. « Pour nous prononcer, nous avons besoin d’éléments complémentaires, explique Myriam El Khomri, adjointe au maire de Paris et élu du 18e, chargée de la prévention et de la tranquillité publique. Nous allons organiser, en décembre 2008, une réunion entre l’ensemble des élus et la préfecture. Pour ma part, je n’ai rien contre des caméras qui permettraient d’assurer la sécurité routière. Mais s’il s’agit de surveiller l’entrée d’une structure d’accueil de toxicomanes, c’est non. »

Daniel Vaillant, le maire, attend aussi de lire la charte éthique que la Préfecture de police est censée élaborée. « Si ces caméras concourent réellement à la sécurité des citoyens dans le respect des lois et des principes défendus par la Commission nationale informatique et liberté (CNIL), pourquoi pas, a souligné Daniel Vaillant au cours du conseil d’arrondissement du mois d’octobre 2008. Le 18e arrondissement peut aussi être à la pointe de la lutte contre l’insécurité. » Sur l’ensemble de Paris, ce projet pourrait coûter près de 80 millions d’euros.

Dessin ©Pascal Vitte. Visitez son blog en cliquant ici

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©Pascal Vitte (cliquez sur le dessin pour l'agrandir).

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6 commentaires
  • Vidéosurveillance
    dans le 18e : qu’en dit la rue ?
    15 novembre 2008 11:22, par scalp

    La logique est simple : moins de prof, donc + d’imbéciles, donc (poussé par les lobbies rencontrés dans les cabinets qui petit à petit prennent d’ailleurs un autre sens plus odorant)
    + de caméras pour avoir les imbéciles à l’oeil (quoique).
    C’est le Progrès !!!!
    "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme"
    C’est de qui ça déjà ?

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  • je trouve cela très bien, à partir du moment ou l’on a rien à se reprocher, on ne se rendra même pas compte qu’elles existent, et si l’on peut, être plus en sécurité, je dis bravo

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  • Il ne faut surtout pas espérer de changement de comportement de la police, à savoir la quasi-ignorance vis à vis de la délinquance évoquée dans l’article : toxicomanie, vendeurs à la sauvette... Ne sommes-nous pas déjà suffisamment nombreux à la signaler au quotidien sans que cela n’y change rien, qu’apporteraient de plus ces yeux électroniques ?

    Et puis, toujours étrange pour moi cette façon qu’ont certains d’accepter toute perte d’intimité quand, selon eux, elle ne s’applique qu’aux autres... Mais, c’est oublier que ces caméras de contrôle, mises entre les mains de n’importe-qui, pourraient se retourner contre eux, contre nous. Faut-il prendre ce risque ? A cela, je réponds clairement : non !

    Ces caméras font partie de la panoplie d’outils qui permettent aux autorités de nous surveiller, de surveiller la population, toute la population, sans discernement ! Pour ma part, je n’aime pas être surveillé alors que je n’ai rien à me reprocher !

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    • Je suis tout à fait d’accord avec Rémi. Comment un tel dispositif aurait-il été utilisé à Paris, entre 1940 et 1945, par les autorités de l’époque ?

      A ceux qui acceptent cette "perte d’intimité" parce qu’il n’ont rien à se reprocher, posons une question. Que répondrez-vous à ceux qui installeront peut-être un jour des caméras de surveillance dans votre cuisine, votre salon ou votre salle de bain, et vous diront : " c’est pour votre sécurité. Et de toute façon, vous n’avez rien à vous reprocher, n’est-ce pas ?".

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  • Le 18e arrondissement
    sous vidéosurveillance : qu’en dit la rue ?
    17 novembre 2008 12:07, par habitant du 18ème

    Enfin, des caméras qui vont permettre , je l’espère, aux habitants de se sentir plus en sécurité et à ceux qui auraient des idées de délits quelqu’ils soient , de se méfier . Paris est très en retard par rapport à toutes les autres capitales européennes , en particulier Londres : il est grand temps que ces caméras soient installées.

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  • Cette histoire de caméras est une arnaque sans nom. Les caméras sont inutiles, inopérantes et très coûteuses. Aux Lilas preuve est faite qu’il y a eu complicité entre les vendeurs/installateurs de caméras, la société chargée "d’expertiser" la situation et la municipalité. Les 80 millions feraient mieux d’aller à l’éducation des ados dealers de shit qu’on veut surveiller, croyez-moi.

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