dimanche 20 avril 2014| 37 riverains
 

L'Afrique enchantée sur le marché Dejean (1)

Sur le marché Dejean, les tubercules (patates douces, manioc, igname) sont aussi prisés que les légumes.

Une rue. Un marché. Cinquante mètres. Tous les jours, divers produits de spécialités africaines sont vendus entre le 21 rue des Poissonniers et le 26 rue Poulet, dans le 18e arrondissement de Paris. Un carrefour des cultures. Un mixage linguistique. Bref, l’Afrique à Paris.

Première partie d’une série de deux reportages consacrés au marché Dejean, dans la Goutte d’Or.

Château Rouge, boulevard Barbès, vendredi, début d’après-midi. Ce quartier du 18e arrondissement de Paris, est réputé cosmopolite. La bouche du métro est bondée. La circulation piétonne est intense. Ici, la population d’origine étrangère représente 41,4% des habitants. Entre la sortie du métro et la rue Dejean, c’est une longue file ininterrompue. Le marché Dejean est dans la première rue à droite, à quelques mètres. L’arôme des poireaux, surtout celui des poissons frais interpelle. Dans les poissonneries, Le vacarme des machines à glace mêlé au bazar des crieurs, occasionne un tohu-bohu qui indique aux clients la direction à prendre.

Les bananes plantains, les patates douces et les sachets de sauce gombo sont empilés dans des caisses sur les étalages. Des feuilles de bananiers ficelées renferment du manioc pilé et fermenté, des légumes secs, des épices… Au marché Dejean, les clients sont au goût, à la mode, au son et aux images de l’Afrique. Comme les commerçants, les coiffeurs et tailleurs ont aussi leurs places. On y trouve aussi des biens non-alimentaires destinés à la beauté, à l’habillement et aux loisirs.

Marchandage ou prise de bec ?

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Les clients ont le choix entre plusieurs espèces de poissons : capitaine, tilapia, chinchard, etc.

Les vendeuses des mèches de cheveux ou de crèmes décolorantes tentent de convaincre la clientèle en ventant les mérites des leurs produits. Elles exhibent tour à tour des flocons, des bouteilles. Plus loin, les derniers disques du Congolais Koffi Olomidé ou de Didier Awadi, le Sénégalais, sont étalés à même le sol. Au fond, quelques femmes négocient le prix des pagnes. Ça discute à voix haute. Difficile de différencier le marchandage à une prise de bec.

À l’entrée de la rue, les étalages sont multicolores. Ils renvoient aux différentes régions de provenance des produits. Beaucoup plus un décor subsaharien. Ici, la viande s’achète au kilo. Les estomacs des vaches ou les foies des chèvres se découpent et s’arrachent comme des petits pains. Les habitués du marché central de Kinshasa, capitale du Congo, du marché d’akodessewa à Lomé, Togo, ou celui de Sandaga à Dakar, au Sénégal, reconnaitront l’ambiance. Les sonorités aussi.

Dans la rue Dejean, on se parle avec force au risque de ne pas se comprendre. C’est aussi un lieu des rencontres et retrouvailles. Les dernières nouvelles des proches restés au pays ou les annonces des réunions des communautés. « J’habite à Aubervilliers, je descends ici toutes les semaines pour me ravitailler en nourriture, témoigne Abdoul, 37 ans, carreleur. C’est l’occasion d’avoir les nouvelles des amis. Je me sens au pays ici. Je suis en France depuis dix ans, je n’ai pas l’occasion de parler ma langue tous les jours. »

Un lieu nostalgique

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A la différence des marchés africains, les légumes s’achètent au kilo sur le marché Dejean.

Kounaté, lui, habite dans Paris. Ancien éboueur, il avoue trouver refuge dans la rue Dejean pour soigner sa dépression. Cet originaire du Mali est au chômage depuis deux ans. Le Titanic, le seul café de la rue, est son coin préféré. Il enchaine deux ou trois tasses de thé à longueur des journées. « J’ai des soucis ces temps ci. Je préfère venir ici pour me changer les idées. Je ne connais pas assez de gens. Je n’ai pas besoin de parler, juste vivre l’ambiance », raconte-t-il.

On se déplace d’une ville africaine à l’autre au fur et à mesure qu’on progresse dans la rue. Le principal indicateur est la langue. Mais aussi l’accoutrement. De Douala à Bamako en passant par Cotonou ou Ouagadougou, tous les peuples sont représentés. Parmi cette diversité, les Congolais sont vite repérés par leur goût pour l’élégance et la frime. Les Sénégalais, eux, se rassemblent autour des poissonneries.

Des étalages en cartons ou carrément des marchandises exposées sur des poubelles. Les clients de la rue Dejean ne sont pas les seuls à occuper l’unique allée du marché. Ils la partagent avec les marchands ambulants. Des vendeurs à la sauvette qui, à la moindre apparition des policiers, détalent et disparaissent. Ceci dans un temps record. « C’est comme ça que ça se passe ici. La vente à la sauvette est interdite mais ça se pratique. C’est un peu le jeu de cache-cache », témoigne Kounaté, habitant du quartier.

Un quartier cosmopolite
Début du XIXe siècle. Entre 1840 et 1880, La politique du lotissement (des immeubles à quatre et cinq niveaux) attire les populations d’origines sociales, régionales, puis nationales et diverses. Plus tard, vers les années 50, l’origine des populations reflète certaines caractéristiques de la France coloniale. La dernière vague importante d’immigration arrive vers les années 60, avec l’arrivée des populations du Sud du Sahara. Le peuplement du quartier s’inscrit donc dans l’histoire de la ville, mais également de la France et de ses relations avec l’extérieur.

Lire aussi : Au marché Dejean, le poisson est roi (2)

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