lundi 23 octobre 2017| 14 riverains
 

Halémi et Selim se mitonnent une nouvelle vie

Halémi et Selim, enfants de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris, ont laissé tomber la zone pour travailler au restaurant associatif La table ouverte, situé rue Léon. Reportage et portrait.

Evidemment ce ne sont pas des angelots : parcours scolaire chaotique et vie ralentie en vase clos à l’intérieur de la Goutte d’or, dans le 18e arrondissement de Paris. Tout a changé depuis qu’ils ont été embauchés par l’association La table ouverte, ce restaurant niché au cœur de l’Institut des cultures d’Islam (ICI), rue Léon. L’un, Halémi est un grand gaillard de 25 ans, tout en rondeur. Il n’aime guère les questions et dessine à coups de phrases un peu hachées, un parcours en dents de scie.

L’autre, Selim, est un beau gosse, un rien tchatcheur. À 23 ans, il a, comme il dit, « fait le tour de la gazette ». Il faut traduire, en énumérant toutes les écoles du quartier : Cavé, Clémenceau, Dorgelès etc. « Je faisais le pitre devant les filles, mais à la fin, c’est moi le perdant. » Rachid Arar, le responsable de La table ouverte, l’affirme : « Je n’ai eu que la rue à traverser pour les trouver. Je les ai embauchés grâce au système d’insertion, via la Mission locale : un contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE) de six mois renouvelable sur deux ans. 26 heures, 8O % du Smic payé par l’Etat. L’avantage c’est que l’association est exonérée des charges sociales patronales. » Ca tombe bien, car La table ouverte ne bénéficie d’aucune subvention et ne vit donc que des repas que payent ses clients.

« Déterrer les morts, c’était pas mon truc »

Tout a changé donc pour Halémi, depuis qu’il se lève le matin et débarque à neuf heures au restaurant : « Je souris beaucoup plus. Avant j’étais pas bien, j’avais la haine. » Halémi a pourtant entamé des études de cuisine mais en apprentissage il le dit : « J’étais toujours en plonge. » Et à un mois de l’examen, il lâche tout. Il s’inscrit à la Mission locale pour l’emploi des jeunes mais « on ne m’a jamais rien proposé d’autre qu’être fossoyeur. Déterrer les morts, creuser des trous, c’était pas mon truc ».

Son truc, c’est la cuisine justement : « J’aime les saveurs, les arômes. J’adore faire de la pâtisserie, les crumble, les tartes, les fondants au chocolat. » En 2012 pour le ramadan, c’est la rencontre avec Rachid. La table ouverte offre un repas de quartier depuis toujours à ce moment-là : « Cette année je suis allé aider. Et Rachid a compris que je voulais m’en sortir. » À 25 ans, Halémi est papa et à chaque fin de service, il file chercher son fils à la crèche. C’est peut-être lui qui le conduit à dire : « Je veux avancer. En septembre, je passerai mon CAP en candidat libre. »

« Avec ce job, je veux aider mes parents »

« Depuis que je travaille, l’ambiance a la maison à changé », lance Selim. Lui aussi a entamé un CAP cuisine, « mais j’ai pas fini… L’inconscience, la jeunesse, les mauvaises fréquentations. » Il n’est pas sûr non plus que la cuisine soit son affaire : « La bouffe ça ne m’intéresse pas vraiment. Moi ce que j’aime, c’est le partage avec le chef cuistot. » « Et puis, ajoute-t-il , avec ce job, je veux aider mes parents. Mon père est arrivé en France pieds nus. Il a élevé quatre enfants. Moi, quand j’ai ouvert les yeux, j’ai tout trouvé. Alors que c’était moi le fouteur de merde. »

Le vrai rêve, de Selim, c’est le slam (poésie qui peut être déclamée sur des sonorités hip hop). Nom d’artiste : l’Indien, en hommage au chef indien Geronimo. Et aussi affirme-t-il, avec une certaine coquetterie « parce que je suis beau ». Dans les rues de la Goutte d’or, Selim vend ses disques lui-même. Mais, en septembre 2013, il en rêve, un de ses album sortira pour de vrai, sous le label indépendant sis à Clignancourt, Les truands de la galère. Pour Rachid Arar, ces deux là « intègrent peu à peu le règlement, prennent des initiatives, retrouvent confiance. »

Des repas toujours à prix modiques

La table ouverte, qui sert toujours des repas à prix modiques, a pris du galon : depuis l’an dernier, le restaurant a considérablement élargi sa carte (outre les traditionnels couscous et mafé, on y sert des farandoles de grillades). Surtout, on peut désormais y dîner et même y bruncher le samedi. Et le patron d’insister : « Dites bien qu’avec une marge bénéficiaire de 2,5 euros par repas, notre travail permet de maintenir les emplois. »

La table ouverte
19/23 rue Léon 75018 Paris
Ouvert du lundi au samedi de 12h à 18h
www.latableouverte.fr

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