mercredi 26 juillet 2017| 32 riverains
 

Hakim El Karoui démissionne de la présidence de l'ICI

Hakim El Karoui, président de l’Institut des Cultures d’Islam, dans le 18e arrondissement de Paris, était accusé d’avoir conseillé le président Ben Ali, pendant la révolution tunisienne. Face à la polémique qui enflait, il a démissionné, malgré le vote de confiance que lui a accordé son conseil d’administration.

C’est par des chants et des cris de joie que l’annonce de la démission d’Hakim El Karoui a été accueillie, vers 20h00, vendredi 11 mars 2011, devant la mairie du 18e arrondissement. Ils étaient une cinquantaine de manifestants à s’être rassemblés pour exiger le départ d’Hakim El Karoui, président de l’Institut des Cultures d’Islam, accusé d’avoir conseillé le président tunisien pendant la révolution.

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Les manifestants étaient d’abord réunis devant l’ICI. Avant d’apprendre que le conseil d’administration se tenait finalement à la mairie du 18e.

Des militants syndicaux, des membres d’associations tunisiennes et des citoyens qui s’étaient d’abord regroupés devant l’Institut des Cultures d’Islam (ICI), dans le quartier de la Goutte d’Or. Là où devait se tenir un conseil d’administration au cours duquel Hakim El Karoui allait s’expliquer sur deux notes publiées par le site Internet Mediapart.

Les notes publiées par Mediapart

Deux notes datant du 12 et du 14 janvier, à « l’attention de son Excellence le Président Ben Ali », signées « Hakim El Karoui ». Le 14 janvier, jour du départ de Ben Ali pour l’Arabie Saoudite, le président de l’Institut des Cultures d’Islam conseillait notamment au président tunisien d’ « arrêter de suivre les journalistes étrangers », de « réunir les partis politiques existants et annoncer que de nouveaux vont pouvoir être créé bientôt, avec la modification de la loi électorale », « d’annoncer un remaniement gouvernemental pour les jours prochains ».

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Note du 14 janvier 2011
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Note du 12 janvier 2011

Deux jours avant, Hakim El Karoui écrivait au président : « Même s’il y a de la manipulation, même s’il y a des terroristes infiltrés, vous êtes le Père de la nation et le Père de la nation doit être aux côtés de ses fils quand ils souffrent. » Ou encore : « En plus du message au Parlement, une prière à la Grande mosquée de Carthage, pour la Tunisie et pour ses fils pourrait être ce signal. » Bref, de bons conseils pour un président tunisien qui faisait alors face à la révolte de son peuple.

Hakim El Karoui était aussi cité dans une enquête du site d’information OWNI.fr sur les conditions douteuses de l’attribution par le groupe Orange d’une troisième licence de téléphonie fixe et mobile en Tunisie. Pour la banque Rothschild, dont il est banquier, Hakim El Karoui serait intervenu dans l’élaboration du business plan au cœur de la controverse.

Un complot ?

« Avec ces notes, Hakim El Karoui n’a plus de légitimité pour travailler sur ce projet de l’ICI », estime Noam Chebbai, un habitant du 19e arrondissement qui a lancé un appel à sa démission. Un appel signé par des personnalités tunisiennes, des intellectuels et des élus français, qui a poussé le président de l’ICI à s’expliquer.

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Noam Chebbai : « La démocratie prônée par Bertrand Delanoë est à géométrie variable. On veut pourvoir élire démocratiquement le président. »

Dans un courrier adressé aux administrateurs de l’ICI, Hakim El Karoui dénonce « […] les amalgames, les théories du complot et les suppositions malveillantes que certains voudraient en tirer […]  » Et revient au préalable sur les deux notes dont il reconnaît être l’auteur. C’est Marwan Mabrouk [au cœur de l’enquête d’Owni], marié à une fille de Ben Ali, dit-il, qui lui a demandé « dans la dernière semaine du pouvoir de l’ex-Président de lui envoyer par écrit des idées avec l’intention d’essayer de les lui faire passer. L’objectif était d’essayer de faire baisser la violence et d’organiser une transition pacifique vers la démocratie. »

Hakim El Karoui s’adresse pourtant directement à son excellence le président Ben Ali. Il s’en explique : « Dans l’extrême urgence de la situation, j’ai eu le tort de rédiger ces notes et de les signer comme si je m‘adressais non pas à lui mais à Ben Ali. Et parce qu’elles ne correspondaient pas à ce qu’entendait habituellement Ben Ali, j’ai utilisé des formules rhétoriques qui peuvent apparaître, hors contexte, choquantes. J’aurais sans doute pu ne rien faire. Vous formerez votre opinion. »

« On veut quelqu’un de légitime et reconnu, qui s’intéresse au quartier. »

Au départ de la manifestation, l’opinion de Noam Chebbai était claire : « Hakim El Karoui doit démissionner. Si nous étions dans un pays scandinave, il serait déjà parti. La démocratie prônée par Bertrand Delanoë [le maire de Paris a nommé Hakim El Karoui président de l’ICI en mai 2009] est à géométrie variable. On veut pourvoir élire démocratiquement le président. » Et l’initiateur de l’appel d’ajouter : « On veut quelqu’un de légitime et reconnu, qui s’intéresse au quartier. »

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A travers les déclarations d’Hakim El Karoui, c’est le projet même de l’ICI qui était en jeu.

Pour beaucoup, à travers l’attitude d’Hakim El Karoui, le projet même de l’ICI était en jeu. « Cette polémique met en lumière la faible légitimité de ce projet au sein de la population du quartier, estimait un habitant de la Goutte d’Or venu manifester. L’ICI n’a pas été soutenu par la mosquée de la rue Myrha. La communauté algérienne le refuse. Ce sont des personnes qui n’y connaissent rien à la religion qui font partie du CA. »

A 17h00, Noam Chebbai apprenait que le CA ne se déroulerait pas à la Goutte d’Or, mais à la mairie du 18e. Après avoir rassemblé les troupes devant l’ICI, le cortège s’est donc dirigé vers la place Jules Joffrin. Où des forces de l’ordre étaient disposées. Le slogan des manifestants : « Ben Ali assassin, El Karoui collabo, Delanoë complice. » A l’intérieur de la mairie, le conseil d’administration débutait vers 18h30.

Les socialistes apportent leur confiance à El Karoui

Sur la place Jules Joffrin, le petit groupe de manifestants attendait, patiemment, qu’une décision soit rendue publique. Leur demande d’être reçu par le conseil d’administration était repoussée. « Vous devez faire une demande officielle, par écrit », leur signifiait un policier. « Le slogan de l’ICI est d’être ouvert sur le quartier !, s’exclamait un porte-parole. Et voilà ce qu’on nous répond quand on veut participer à la démocratie. »

Puis, vers 20h00, Pierre Yves Bournazel, conseiller UMP du 18e arrondissement et membre du conseil d’administration de l’ICI, annonça la démission d’Hakim El Karoui. Ce qui provoqua la joie des manifestants. Face à eux, l’élu UMP expliquait qu’il n’avait pas pris part au vote : « Ce CA était une mascarade. La démission du président était prévue dès le début et nous avons perdu notre temps. Au début du CA, Hakim El Karoui a demandé à avoir la confiance de tous les membres. Mais il savait qu’il ne l’obtiendrait pas. Une vraie pièce de théâtre. »

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Pierre Yves Bournazel a annoncé aux manifestants la démission d’Hakim El Karoui. Les élus socialistes lui ont apporté leur confiance.

Danielle Fournier, conseillère de Paris, Europe Ecologie Les Verts, et Ian Brossat, conseiller communiste du 18e, ont voté la défiance. Une majorité des membres a pourtant accordé leur confiance à Hakim El Karoui. Dont les élus socialistes, Daniel Vaillant, maire du 18e, et Myriam El Khomri, conseillère déléguée à la prévention et à la tranquillité publique, ont, eux, exprimé leur confiance envers Hakim El Karoui.

Du côté des socialistes, on justifie cette décision par la présence d’ « un doute qui profite toujours à l’accusé ». « Hakim El Karoui nous a expliqué qu’il n’avait jamais rencontré Ben Ali, qu’ils avaient été mis en contact par des tiers, et qu’il avait cherché à négocier une transition démocratique », explique-t-on en coulisses, où l’on dénonce« des méthodes qui ressemblent aux mauvaises heures de la Libération française, en 1945, à la chasse aux sorcières » tout en affirmant qu’étant donné l’état de la situation, « le départ d’Hakim El Karoui était la meilleure décision qui pouvait être prise. »

Face aux contestations, le président de l’ICI ne pouvait pas garder son poste. Pourtant, il est sorti sous les honneurs de son conseil d’administration.

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1 commentaire
  • La démission de M El Karoui est tout à son honneur. Mais le problème de fond de la gestion de cet institut demeure. Déjà dans un article publié dans le journal municipal, M El Karoui affirmait un droit de regard du cultuel sur le contenu du culturel. Ce qui est loin des principes de laïcité proclamés par la mairie de Paris. Quand les manifestants cités par l’article regrettent l’absence des religieux de la rue Myrha, ou reprochent aux responsables de l’ICI de ne rien connaître à la religion, ils sortent du cadre voulu par la Ville de Paris. Il serait dommage que la Goutte d’Or qui tend déjà à devenir un ghetto ethnique devienne aussi un ghetto culturel.

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