dimanche 28 mai 2017| 22 riverains
 

Brasserie Barbès, le nouveau chic d'un quartier populaire

Depuis son ouverture, fin avril 2015, la Brasserie Barbès intrigue et détonne du côté de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. Riverains, commerçants, curieux : si la foule se presse aux marches de cet établissement élégant, les avis sont partagés quant à son intégration dans le quartier.

Deux semaines après son ouverture, la Brasserie Barbès, située au 2, boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris, ne désemplit pas. De 8h à 2h du matin, 7 jours sur 7, elle attire les Parisiens et les touristes, curieux de tester ce nouvel endroit multifonctions. Café, bar, restaurant ou dancing, la Brasserie Barbès a été pensée « pour plaire au plus grand nombre et occuper toutes les plages horaires de la journée », expliquait Pierre Moussié, l’un des deux directeurs du lieu, dans un précédent article.

Façade d’un blanc éclatant, grandes baies vitrées ouvertes sur la rue, intime tourelle surplombant le bâtiment, la Brasserie Barbès, fraichement inaugurée, donne un nouveau souffle au quartier. « C’est bien mieux que l’option KFC qui avait été proposée au moment de l’appel d’offre, se souvient Samir Lebcher, kiosquier sous la station de métro Barbès-Rochechouart. On avait besoin de ce lieu. Il apaise le quartier et draine une clientèle qui ne venait pas ici avant. » Avec une « augmentation de 30% du volume [de ses] ventes depuis deux semaines », on comprend mieux l’enthousiasme du commerçant.

Présence policière

Pour ses confrères, les répercussions économiques sont prématurées. « On n’a pas assez de recul pour démontrer l’influence de la Brasserie sur la fréquentation du magasin, note Nathalie, 46 ans, vendeuse chez Tati depuis une vingtaine d’année. Le seul changement notable, c’est l’augmentation de la présence policière ». Antoine Pineau, caissier au cinéma le Louxor, situé de l’autre côté, boulevard Magenta, confirme et se désole. « Depuis huit mois, les CRS sont là tous les jours. Et depuis deux semaines, date de l’ouverture de la brasserie, on note une recrudescence de pickpockets. Deux personnes déjà venues se plaindre auprès de nous. »

À 2,40€ le café, 18€ en moyenne le plat et 8€ la pinte, « il y a un tri social évident », affirme Antoine Pineau. « Les gérants, n’en sont pas à leur coup d’essai, explique-t-il. Ils ont d’autres bars dans Paris. [Le Sans Souci et le Mansart à Pigalle] et ont acquis une clientèle fidèle. La Brasserie Barbès attire cette clientèle mais pas les habitués du quartier. » Nas*, vendeuse chez Tati, témoigne : « C’est un endroit pour les bobos. C’est très bien pour ceux qui ont de l’argent. Moi, avec mon petit salaire, je peux prendre un café, mais pas deux ! » plaisante-t-elle, une pointe d’amertume dans la voix.

Modèle américain

Malgré des tarifs élevés pour le quartier, la Brasserie Barbès est « victime de son succès », selon Romain Verley, 38 ans, journaliste à France 2. Un vendredi soir de long week-end, l’endroit est plein à craquer. Un vigile à l’entrée tente de réguler le flux de personnes. À l’intérieur, l’ambiance se veut tamisée mais vire à l’étouffant. Pour diner, il faudra repasser : toutes les tables sont prises, au rez-de-chaussée comme au deuxième étage. Difficile, d’ailleurs, d’apprécier son repas tranquillement. Une foule de clients, agglutinés au bar, un brin éméchés, tentent de commander ou régler leurs consommations. Le patio à ciel ouvert, saturé, fait le bonheur des fumeurs.

Anthony, 27 ans, vit et travaille à Londres. Il tente d’expliquer le phénomène Brasserie Barbès en le comparant au modèle américain d’Harlem, à New-York, dans les années 70/80 : « Les codes sont repris à l’identique, avec cette même volonté de dynamiser le quartier. Un effet de gentrification est en train de s’opérer, analyse-t-il. On boit une bière à huit euros, alors qu’en face, c’est la misère. » À 71 ans, Maguy Malzac, pimpante et brushing impeccable est dans son élément. Elle est curieuse de découvrir la brasserie, dont elle avait « beaucoup entendu parler ». Maguy a fait le déplacement depuis le 9e arrondissement. Accompagnée de son époux, elle décrit, émerveillée, le décor : « Je suis très impressionnée par cette belle décoration. Tout est si nouveau. »

Fond musical

En journée, la Brasserie Barbès retrouve une ambiance calme et chaleureuse. « À 9h, je viens boire mon café et il n’y a personne », indique Romain Verley, qui habite Château Rouge. Les serveurs, tabliers blancs autour de la taille, dreadlocks pour l’un, chemise de bucheron pour l’autre, coiffure originale ou look BCBG, s’activent à l’heure du déjeuner. Ils manquent encore de coordination mais la plupart sont sympathiques. L’ambiance s’avère plaisante et, si les plats sont onéreux, ils sont délicieux. Dommage pour le fond musical, mélange de techno et gros tubes de boîtes de nuit, perturbant la tranquillité du lieu voire même franchement agaçant.

À 13h15, le service bat son plein. « Ah, vous voulez la table avec vue sur Tati », s’étonne une serveuse au moment de placer des clients. La Brasserie Barbès est « une bulle au milieu d’un quartier chaud », selon Solenne Mougard, 20 ans, qui vient pour la première fois. L’endroit apparaît déconnecté du quartier populaire. Malgré ses nobles intentions et son standing impeccable, la brasserie doit s’intégrer pour perdurer. « Pour le moment, c’est plein de monde, dit Antoine Pineau derrière la caisse du Louxor. Ca va continuer cet été, mais à l’automne, l’engouement va retomber. » Sceptiques ou convaincus, l’établissement fait au moins parler de lui.

(*) Son prénom a été modifié à sa demande

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

3 commentaires
  • Brasserie Barbès, le nouveau chic d’un quartier populaire 23 mai 2015 09:21, par Christiane Almi

    Le tri social est d’autant plus évident qu’à partir de 18 heures, la brasserie ne sert plus de café sauf si, bien entendu vous choisissez un repas, un plat, ou tout au moins une pâtisserie.

    Pour ma part, j’ai trouvé cela très choquant ! J’habite dans ce quartier mais j’ai décidé de ne plus aller dans ce lieu...

    Répondre

  • L’article donne l’impression d’un établissements pour bobos de luxe comme les journalistes de l’audiovisuel public. Peut-être y a-t-il aussi des menus du jour plus accessibles au moins au déjeuner. Peut-être y a-t-il au moins un recoin à l’abri de la musique techno. Peut-être y a-t-il aussi au moins du patio pour les non fumeurs. La brasserie devrait vouloir accueillir convenablement à la fois ceux qui aiment la musique classique (il y en a même chez les bobos, j’en suis un) et qui n’ont jamais fumé et ne veulent pas fumer les cigarettes de autres.

    Répondre

  • Il y a 50 ans toutes les boutiques de fripes et de mal bouffe étaient des brasseries très convenables. C’est un retour de balancier.

    Répondre


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes