dimanche 26 octobre 2014| 75 riverains
 

Albert Simonin, écrivain, ancien collabo, aura-t-il sa rue dans le 18e arrondissement ?

Le conseil d’arrondissement du 18e a adopté, lundi 22 mars 2010, un vœu proposant de baptiser une rue du quartier la Chapelle du nom de l’écrivain Albert Simonin. Or l’auteur de Grisbi or not Grisbi, qui a inspiré le scénario des Tontons Flingueurs, était un collaborateur pendant la seconde guerre mondiale.

Le nom de l’écrivain Albert Simonin, auteur du livre "Grisbi or not Grisbi", adapté à l’écran en 1963 sous le titre "Les tontons flingueurs", pourrait bientôt être associé à une rue en création du 18e arrondissement de Paris (entre les rues Philippe de Girard et Pajol). C’est en effet le souhait du conseil de quartier La Chapelle-Marx Dormoy, qui a voté, le 11 février 2010, un vœu en ce sens. Albert Simonin, né en 1905 au 73 rue Riquet, a passé sa jeunesse dans le quartier. Simonin a même écrit un livre, "Confession d’un enfant de la Chapelle", publié en 1977, où il raconte son adolescence.

Mais Simonin, mort en 1980, chantre du parler populaire, traînait aussi un passé trouble. Au milieu des années 20, il est d’abord journaliste à l’Intransigeant, un quotidien d’extrême droite, antisémite, hostile en son temps au capitaine Alfred Dreyfus. Pendant la seconde guerre mondiale, Albert Simonin travaille pour le compte du Centre d’action et de documentation, un organisme de propagande antisémite et antimaçonnique financé par l’occupant et créé par Henri Coston, un collaborateur notoire (qui sera condamné à la prison à perpétuité après la guerre, avant d’être amnistié en 1955).

JPEG - 49.8 ko
La page 3 : cliquez sur le document pour l’agrandir.

Au début des années 40, Simonin et Coston écrivent ensemble "Le bourrage de crâne", sous-titré "Comment la presse trompait l’opinion". Le bouquin, une brochure d’une trentaine de pages éditée par le Centre d’action et de documentation, dénonce « les entreprises de propagande destinées à nous faire croire que tout était bien chez nous, tout était mal chez eux (les Allemands) ». Une phrase, relevée à la fin du livre : « Les Juifs ont été, par une sage mesure, éliminés de la presse ; les maçons devraient l’être en principe. Qui pourrait affirmer que ces glissants personnages ont complètement disparu des administrations et des rédactions des journaux ? » À la Libération, ses activités de collaborateur valent à Albert Simonin d’être condamné à cinq ans de prison ferme. Au nom de la réconciliation nationale, il bénéficie, en 1954, d’un décret d’amnistie.

JPEG - 90.7 ko
La dernière page du document : cliquez sur la photo pour l’agrandir.

Présenté par Frédérique Pigeon, élue et présidente du conseil de quartier La Chapelle-Marx Dormoy, le vœu a été adopté à l’unanimité par le conseil d’arrondissement du 18e. « Gamin de la Chapelle exemplaire », pour les uns, « véritable référence dans un quartier populaire qui en a bien besoin », pour les autres, personne ne s’est penché sur le passé trouble d’Albert Simonin. Il est même envisagé de poser une plaque dédiée à sa mémoire sur la façade du 73 rue Riquet. La Commission de dénomination des voies se réunira le 8 avril 2010. L’organisme parisien, seul habilité à donner son feu vert pour baptiser les rues de la capitale, décidera du sort de la rue Albert Simonin.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

4 commentaires
  • Bientôt une rue Louis-Ferdinand Céline dans le 18ème ???

    Répondre

  • Droit de réponse à 18 info

    -  En 2004, des habitants et conseillers de quartier m’avaient écrit pour suggérer qu’un lieu du quartier Chapelle puisse porter le nom d’Albert Simonin, écrivain qui a passé sa jeunesse dans ce quartier du 18ème.

    -  Sur la base de son dernier ouvrage publié en 1977, « Confession d’un enfant de la Chapelle » et de sa carrière prolifique dans le roman policier, les élus du 18ème, dans toute leur diversité, avaient unanimement donné un accord de principe.

    -  Le 11 février 2010, le conseil de quartier a rappelé ce souhait dans un vœu qui a été transmis au conseil du 18ème arrondissement du 22 mars dernier. Il a fait l’objet d’un vote à l’unanimité du conseil.

    -  Dès le lendemain, un habitant nous a alerté sur le passé trouble d’Albert Simonin pendant la deuxième guerre mondiale.

    -  Les éléments graves que vous mentionnez dans votre article « Albert Simonin, écrivain, ancien collabo, aura-t-il sa rue dans le 18ème ? » proviennent du célèbre site internet « wikipedia ».

    -  Ce site, par ailleurs très riche et utile, étant parfois sujet à caution quand à la fiabilité de ses sources, j’ai immédiatement demandé, dès mardi 23 mars au matin, que des historiens me confirment ou pas ces faits rapportés.

    -  S’ils sont confirmés, il va bien sur de soi, qu’aucun lieu du 18ème ne portera le nom d’Albert Simonin.

    Daniel VAILLANT

    Répondre

  • Le Tonton Schlingueur de la Chapelle 25 mars 2010 22:04, par Cécile

    Bravo pour votre réactivité ! Heureusement que certains veillent au grain pour éviter que la mémoire ne pique un roupillon, le nez dans les miasmes de l’Histoire... J’imagine - j’ose espérer - que ces bonnes gens ignoraient le passé puant de Simonin et que, maintenant au parfum, ils renonceront à honorer ce tonton schlingueur. Cécile

    Répondre

  • Savez-vous qu’il existe déjà une rue Albert Simonin (à Courbevoie,92) et qu’il a été amnistié par volonté de réconciliation (volonté exprimé par De Gaulle que l’on ne peut pas taxer de collaborationnisme !). N’est-il pas tant de faire table rase du passé ?

    Répondre


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com