dimanche 22 octobre 2017| 24 riverains
 

Véronique Rieffel veut casser les clichés liés à l'Islam

Véronique Rieffel est directrice de l’Institut des cultures d’Islam, dans le 18e arrondissement de Paris, depuis six ans. À 35 ans, diplômée de philosophie et arabophone de longue date, elle veut parler de l’Islam sous un angle contemporain, « comme une composante de la culture occidentale ». Portrait.

Elle a du pain sur la planche, Véronique Rieffel. Et la directrice de l’Institut des Cultures d’Islam(ICI) le sait. L’Islam d’abord, au centre de tous les débats : l’islam et le voile , l’Islam incompatible avec la laïcité, l’Islam comme une menace. En prime, l’ICI est au cœur de la Goutte d’or. Saleté, bruit, drogue, prostitution : le quartier a mauvaise presse. De bonnes raisons pour que personne ou presque ne mette les pieds à l’Institut.

Mais voilà, Véronique Rieffel a plus d’un tour dans son sac. Belle idée que cette invitation en résidence du photographe anglais de l’agence Magnum, Martin Parr. Et cette expo d’une quarantaine de photos comme quarante sourires. Une belle claque aux clichés. Oui, n’en déplaise aux adeptes de l’apéro, on saucissonne à la Goutte d’or et on y boit du vin. Oui, les fidèles musulmans prient le vendredi à même le bitume dans la rue Myrha et la rue Polonceau. Non, ce n’est pas par prosélytisme.

Martin Parr a photographié l’intérieur des mosquées à l’heure du prêche du vendredi, et, damned, il a même été autorisé à photographier l’espace des femmes. Et on voit quoi ? Des mosquées pleines à craquer. Car Les mosquées manquent de place. L’an prochain, inch’allah, un nouveau ICI ouvrira ses portes rue Stephenson et en 2013, un autre rue Polonceau. Et là, il y aura des salles de prière. Que les sites d’extrême droite qui étrillent la directrice de l’institut se calment : Les mosquées ne seront pas financées par le contribuable, comme s’en plaignent les grincheux, mais par les fidèles via l’association des musulmans de l’ouverture (AMO).

Un Institut comme un autre

Pour le reste, l’ICI continuera son bonhomme de chemin. Avec aux manettes, une jeune femme de 35 ans, aux cheveux longs et aux yeux clairs. Véronique Rieffel a pris la direction de l’ICI il y a six ans : « C’était un projet du maire de Paris et au début, dit elle il, y a eu une petite inquiétude dans le quartier. Qu’est ce que la mairie avait a faire avec l’Islam ? Notre idée était de créer un lieu qui soit ouvert à tous, un lieu d’échange. Nous sommes rattachés aux affaires culturelles, nous sommes donc un institut comme un autre. Pas un lieu communautariste, pas non plus un musée. Ici on parle de l’Islam sous un angle contemporain, comme une composante de la culture occidentale. »

On y parle donc de tout, d’art, d’Islam bien sûr et du voile bien entendu. Mais on accueille aussi des musiciens, des plasticiens, des cinéastes, des chorégraphes. « Au début, raconte Véronique Rieffel, on avait un public tout acquis : des chercheurs, des intellectuels. Petit à petit on a réussi à faire des venir des récalcitrants, des islamophobes, des journalistes. » Les habitants du quartier sont dans les murs. L‘association Accueil Laghouat y dispense des cours d’alphabétisation et du soutien scolaire. On danse aussi à l’Institut et on y enseigne le wolof, une des six langues sénégalaises.

Dialecte égyptien

Quand elle devient directrice de l’ICI, Véronique Rieffel a déjà une bonne connaissance du réseau associatif : « Cela fait dix sept ans que j’habite dans le 18e. A Pigalle d’abord, à Jules Joffrin et maintenant à la Goutte d’or. » Et une batterie de diplômes qui la rendent diablement crédible. C’est une touche à tout, une curieuse : « J’ai un doctorat de philo, un diplôme de management culturel que j’ai passé à l’institut d’études politiques. » Elle a aussi appris l’arabe littéraire et l’islamologie à l’Institut des langues orientales.

Véronique Rieffel est âgée de 25 ans à peine quand elle débarque au Caire : « C’était juste avant l’agrégation de philo, je suis allée passer l’été en Egypte pour préparer mon doctorat. » Coup de foudre : « Je suis tombée amoureuse du pays et des gens. Ca a été mon printemps arabe à moi. » Une rencontre avec la directrice de la bibliothèque d’Alexandrie et la voilà embarquée pour trois ans comme attachée culturelle. Désormais, la jeune femme parle l’arabe littéraire et, sourit elle, « le dialecte égyptien ».

Prof de Wolof

Pour visiter « The goutte d’or », l’expo de Martin Parr, on voit désormais de drôles de pélerins dans la rue Léon : Les "branchés", qui connaissent le célèbre photographe, mais pas le quartier. Et ils sont venus en nombre : 8OO visiteurs par jour le week end. La directrice s’en réjouit : « C’est un nouveau public, très hype. Pourquoi pas ? » Et elle ajoute : « Mais j’attends tous les autres, les Marine le pen, les Mélenchon qui parlent des fidèles qui prient dans la rue comme des "fous de dieu". »

Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant aussi qui est venu à pied de Barbès pour visiter le commissariat de la Goutte d’or et rien d’autre. Qu’il jette donc un œil sur les images de du photographe anglais. : il y verra un arbres de Noël dans l’appartement de Cheikh Faye, le prof de wolof, et aussi des reines d’un jour, couronne de papier doré sur le hedjab, qui croquent en rigolant la galette des rois.

À paraître :
- Par Véronique Rieffel : Islamania, de l’Alhambra à la burqa, histoire d’une fascination artistiques. Beaux Arts éditions.

Institut des cultures d’Islam
19-23 rue Léon - 75018
M° Château Rouge ou Barbès Rochechouart

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3 commentaires
  • Bravo pour tout ce travail ... mais pourquoi veut on nous "musulmaniser" ??? Chacun ses idees mais je trouve que l’on pousse un peu le bouchon ....

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  • Bonne question ? Mais s’agit-il de "musulmanisation" ou plutôt, d’islamisation ?
    Il n’y a pas longtemps encore, lors de défilés du Front National on a jeté des arabes dans la scène et avant encore on les faisaient venir, nos voisins, pour reconstruire la France et en même temps nous décolonisions avec toutes conséquences que l’on sait. Que de haine, de mépris et de rancœur dans les deux camps. Mais notre histoire, avec le Maghreb en tout cas, est liée. Tout au long des siècles les arabes nous on donné beaucoup et inversement. La religion dans tout ça n’est qu’un élément et c’est le seul que l’actualité (pour ne pas dire le gouvernement) veut retenir. Cet institut est fait pour découvrir et comprendre, quoi de mieux que de connaître son voisin… de palier.

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  • il faut y croire et l’aider à édifier " la vitrine " de tout ce que nous connaissons de beau des arts de l’islam, du Machreck au Maghreb.... Ce n’est pas un musée "statique" qui convient mais plutot un espace de vie en mouvement et fertile en création moderne de pure inspiration arabo-musulmane, afin de faire découvrir, apprivoiser de nouveau une culture, une pensée qu’on a rendue effrayante depuis le 11septembre 2001 et pour cela il ne faut pas ceder un pouce de terrain à tous ceux qui tenteraient de le confisquer.

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