mardi 25 avril 2017| 22 riverains
 

Stéphane Lavignotte, histoire d'un pasteur de la Maison Verte

Stéphane Lavignotte est le pasteur de la Maison Verte, dans le 18e arrondissement de Paris. Le lieu, chargé d’histoire, est à la fois une paroisse protestante et un centre d’entraide et de solidarité. Portrait.

De ses vies antérieures, Stéphane Lavignotte a gardé le meilleur. De son métier de journaliste, le goût de l’écriture. De ses responsabilités chez les Verts, des convictions intactes. De ses vies antérieures, il a aussi gardé une allure de jeune homme. De ceux qui chipent un jean et un pull au passage, qui passent leur main dans les cheveux et filent parce qu’ils ont beaucoup et mieux à faire. À 40 ans, Stéphane Lavignotte est pasteur à la Maison Verte, dans le 18e arrondissement de Paris. Son premier « ministère » qu’il occupe depuis 2006. Et ce lieu-là lui va comme un gant.

L’histoire de la Maison Verte est inscrite dans le 18e arrondissement. Elle est d’abord implantée boulevard Ornano, en 1896. Plus tard, elle déménage rue de Clignancourt. C’est de là qu’elle tient son nom actuel à cause de sa façade en briques vernissées vertes. En 1942, elle entre définitivement dans l’histoire. Le pasteur d’alors, Jean Joussellin, et Renée David, responsable des éclaireurs, exfiltrent et sauvent pendant toute la durée de la seconde guerre mondiale, une centaine d’enfants juifs de l’arrondissement. Ils vivront à l’abri au château de Cappy dans l’Oise, transformé en centre de vacances. Jean Joussellin a été fait « Juste parmi les nations » par le mémorial de Yad Vashem.

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La Maison Verte est aussi un lieu dédié aux activités multiculturelles.

C’est à la Maison Verte encore, qu’en 1972, se sont rencontrés Michel Foucault et Jean Paul Sartre pour dénoncer un crime raciste à la Goutte d’Or : l’assassinat de Ben Ali Djellali, un adolescent de quinze ans et demi d’origine algérienne, tué d’une balle dans la nuque par le concierge de son immeuble après une altercation. Depuis, les luttes contre le racisme, pour les droits des travailleurs immigrés, les sans papiers ont ponctué la vie de la Maison verte. « C’est dans cette histoire que je mets mes pas, commente Stéphane Lavignotte. C’est à la fois une responsabilité et une liberté. »

À vrai dire le pasteur glisse ses pas dans l’histoire familiale. Car chez les Lavignotte on a des valeurs : « Mes parents étaient très stricts dans le refus du racisme et du sexisme. » Et les grands parents donnent le la. Du côté maternel, le grand père est ouvrier et militant CGT. Du côté paternel, on est protestants, plutôt « tendance Cimade ». Le petit Stéphane, lui, est un militant lycéen et bientôt un militant écologiste. À 19 ans, il est responsable départemental chez les Verts. Nanti d’un diplôme de sciences politiques et de journalisme, il devient journaliste et exerce pendant dix ans à la radio (France inter), à la télévision sur la 5, et dans la presse écrite, notamment au journal Réforme.

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Ancien journaliste devenu pasteur, Stéphane Lavignotte veut « accompagner les gens sur le long terme ».

Mais, en 1997, à la naissance de sa fille Léonie, le journaliste-militant commence à se poser des questions. « Dans quelle histoire je l’inscris ? Qu’est ce que je vais transmettre à ma fille ? » Le métier de journaliste le déçoit : « Je passais d’un sujet à l’autre et dès que j’avais une proximité avec des gens, je les quittais. » Le militantisme aussi : « Je trouvais le fonctionnement à l’intérieur du parti très dur. Ça me rendait méchant, violent même avec les autres. » Un événement sert de déclic : « En 1998, J’assiste à un parrainage de sans papier au temple des Batignolles. Je rencontre de plus en plus de pasteurs et je me rends compte que, mine de rien, ils accompagnent les gens sur le long terme. » Stéphane décide alors de suivre des études de théologie. Cinq ans plus tard il obtient un Master pro : « Ca veut dire que l’église t’accepte comme pasteur. » Et sous la houlette de la mission populaire évangélique, comme il le souhaite : « Parce que c’est à la fois une paroisse et des centres sociaux. »

Un millier de personnes, sans papier ou sans domicile fixe sont aujourd’hui domiciliées à la Maison Verte, domiciliée rue Marcadet depuis 1961. On y donne des cours de soutien scolaire et des cours de français pour femmes étrangères. Il y a un vestiaire gratuit, une chorale, un atelier de dessin, un café où se retrouvent chaque deuxième vendredi du mois des sourds et des entendants. On peut y entendre des concerts de musique classique ou du jazz et un ciné-club, accessible aux malentendants, ouvrira à partir de janvier.

Pour le pasteur Lavignotte, « c’est un lieu de rencontre où il est possible de se mettre à l’abri des violences extérieures ». Depuis janvier 2009, la Fédération protestante de France autorise la bénédiction des couples homosexuels. Et depuis cette date, trois couples ont été bénis par Stéphane Lavignotte. « Auparavant, ma vie était découpée en tranches, raconte-t-il. Aujourd’hui je réunis le militantisme, le travail et la spiritualité. » Et il a cette phrase pour résumer le lieu de son ministère : « Ici, les gens savent que l’on s’inquiète d’eux. »

La Maison verte
127-129 rue Marcadet 75018
Tél : 01 42 54 61 25
contact@lamaisonverte.org
http://blog.lamaisonverte.org/

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1 commentaire
  • Je suis en train de vous ecouter sur France Inter. Par hasard............
    J’aimerais vous aider et je crois que je peux vous offrir des choses qui vous interesseront, ainsi que mon conjoint canadien qui joue un role important au Canada anglais en termes de justice sociale....
    Ah ah ah.....vous mentionnez l’eau maintenant..... fantastique........
    Vous connaissez Maud Barlow ? Council of Canadians ?
    Jetez un coup d’oeil sur Garry Neil, il dirige le Council of Canadians= Conseil des Canadiens....................
    Vous decouvrirez ainsi qui est mon conjoint, Garry..........................
    Merci de me contacter sur mon email fave3c@gmail.com ou nathalie_fave@yahoo.fr.
    Je suis sur Paris ces jours-ci, mais je pars pour Narbonne, Nice, l’Afrique et le Canada a partir du 16 Novembre.
    Je suis certaine que nous devons nous rencontrer.
    Entre Garry et moi, vous aurez sans doute matiere a ....enrichissament, soutien, reseaux ou autres !
    Avec empathie et une profonde deference pour vos combats progressistes,

    Nathalie

    Mon tel : 06 67 56 52 00

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