mardi 17 octobre 2017| 23 riverains
 

Les fœtus de Sébastien Lecca secouent les consciences

Sébastien Lecca, devant l’un de ses fœtus, place des Abbesses.

Sculpteur et peintre, Sébastien Lecca dessine des fœtus dans les rues. Celles du 18e arrondissement de Paris et bien d’autres encore. Un projet pluridisciplinaire développé depuis trois ans, qui lui permet d’aborder des thèmes universels. Mais ce travail est aussi contesté. Portrait d’un homme paradoxal.

Sébastien Lecca dessine des fœtus, des images de gros bébé dans un placenta. Partout. À même le sol, sur les murs, sur les corps, les tee-shirts… Il a commencé à Paris, puis s’est attaqué à plusieurs villes de province. Londres et Genève ont été touchées. « C’est une œuvre sans limites, explique Sébastien Lecca. Elle me permet de parler de tout ce qui me tient à cœur, les grandes questions universelles, la vie, la mort, l’amour, la sexualité, le rapport à l’animal… »

Depuis 2010, ce peintre plasticien de 41 ans a peint une vingtaine de fœtus dans le 18e arrondissement de Paris. Son projet, d’abord baptisé "Areuuh" se nomme désormais "Super fœtus". « J’aime provoquer, poursuit Lecca, qui a dessiné ses premier fœtus dans un local du squat artistique du 59 rue de Rivoli, dans le 1er arrondissement, dont il a intégré le noyau dur. Mon projet participe au réveil des consciences. »

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« Je suis totalement pro avortement », dit l’artiste, qui tient à démentir ses détracteurs.

L’avortement en danger

Mais le symbole est à manier avec précaution. Riposte féministe, par exemple, fustige le travail de Sébastien Lecca. « L’artiste qui dessine des fœtus sur les trottoirs de Paris le fait contre le droit à l’avortement », écrit le collectif, dans le forum attaché sous l’article Dans les rues, l’art à ciel ouvert, que Dixhuitinfo a publié en mai 2013. « C’est faux, s’insurge Sébastien Lecca. Je suis totalement pro IVG. Et je considère même que la loi sur l’avortement est en danger, qu’il faut continuer à en parler. »

Sébastien Lecca est né à Lima, au Pérou. Sa mère « impliquée dans les plannings familiaux locaux » est française. Son père, « trotskiste, toujours partant pour la révolution », est péruvien. L’un de ses grands-pères était peintre et sculpteur. À cinq ans, le garçonnet débarque en France dans les valises de sa mère. Destination, Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, berceau de la famille maternelle. Il dessine depuis tout petit et prend très vite des cours pour se perfectionner. Sa scolarité se déroule sans histoire.

Le voilà bientôt assistant social. Avec une quarantaine d’adolescents handicapés mentaux, Sébastien Lecca imagine "Arc-en-Cielage". « Il s’agissait d’emballer quarante troncs d’arbre de pièces de textile ou de plastiques colorés sur lesquels on avait inscrit mille prénoms pour symboliser le vivre ensemble », explique-t-il. Itinérante, l’expo passe par la place des Fêtes, dans le 19e arrondissement et finit dans les jardins du palais de l’Elysée, lors de la Garden Party du 14 juillet 2007. « Je goûtais alors à l’espace public, j’avais envie d’y retourner. » Les fœtus apparaissent trois ans plus tard.

Jouer avec les paradoxes

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Sébastien Lecca assume son côté provocateur : « Cela fait partie de la vie. »

Sébastien Lecca vit dans le 19e arrondissement de Paris depuis cinq ans : « La rue d’Aubervilliers, c’était ce qu’il y avait de moins cher pour acheter un appartement dans Paris. Le 104 et les Jardins d’Eole sont proches, c’est un super quartier. » Quand il se promène du côté de Montmartre, de la rue des Abbesses, il observe parfois l’un de ses fœtus, peint la veille ou des semaines auparavant. « Mon dessin est tout en rondeur, tendre, poétique, observe-t-il. Sur le trottoir, je l’offre à l’imaginaire des passants. »

Via Internet, Sébastien Lecca fait commerce des déclinaisons de Super fœtus imprimées sur des tee shirts, sous forme de bijoux ou de petites sculptures. « J’en vends très peu, affirme-t-il. Ce n’est pas le premier objectif. » Ce qui n’est pas le cas de son nouveau projet, La Tour est folle : une Tour Eiffel en forme de sex toy, déclinée dans plusieurs couleurs. « Redonner sa dimension phallique bien assumée à la Tour Eiffel, est un projet qui reprend l’ensemble de mes préoccupations universelles, poursuit l’artiste. Pour le produire, j’ai dû investir dans un processus industriel. Je propage ce symbole de la France avec le cœur d’un poète mais aussi celui d’un business man. J’aime bien jouer avec les paradoxes. »

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5 commentaires
  • Commence à en avoir marre de ce "street art" qui fait mousser les artistes mais qui relève le plus souvent du vandalisme. L’espace public se partage, il ne doit pas être privatisé pour exprimer des messages pour le moins ambigües, malgré les excuses peu convaincante de cet "artiste". Désolé, je ne vois pas la différence entre les dessins tendancieux de ce monsieur, les messages publicitaires et les slogans politiques qui "ornent" nos mur et trottoirs.

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  • Enfin je peux mettre un visage sur un de ces artistes qui me donnent tant de plaisir à contempler les dessins en me promenant... et il est plutôt mignon celui-là :*-D
    Je suis une grande fan de "Miss Tic", dont je raffole des slogans à double et triple sens : c’est possible Monsieur Brodier de faire un article sur elle pour la voir aussi ?

    @JRB : coupe ton Internet, ta radio et ta TV et va vivre à la campagne si tu veux voir moins de pub alors peut-être tu pourras commencer à t’intéresser à l’art :-p

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  • Les fœtus de Sébastien Lecca secouent les consciences 11 juillet 2013 16:47, par ehdido

    Clairement, j’en ai marre de voir ce fœtus degueu tous les matins en allant au taf ...

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  • Les fœtus de Sébastien Lecca secouent les consciences 14 juillet 2013 00:05, par Princesse Lala

    La campagne ce n’est pas ce que vous croyez... on aime l’art aussi... Jusque dans les champs :) faut arrêter d’envoyer tous les gens trop réac’ chez nous lol

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  • Certaines réactions sont surprenantes. En quoi, un foetus dessiné serait-il choquant ? Comme dirait l’autre, "relax, it’s just life" !

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