samedi 27 mai 2017| 14 riverains
 

Le communisme new look de Ian Brossat, élu du 18e arrondissement

Ian Brossat incarne une nouvelle génération d’homme politique. Président du groupe communiste au Conseil de Paris et élu du 18e arrondissement, le jeune homme travaille au contact des citoyens et plaide pour un renouvellement de la gauche en vue des élections municipales en 2014. Portrait.

Foin des vieilles barbes, moustaches, ou boucs, le communiste nouveau est beau gosse, soigné et rasé de frais. Côté look, il tient davantage de Besancenot que de Robert Hue. À 29 ans, Ian Brossat, élu communiste du 18e arrondissement et chef de file du PC au conseil de Paris, incarne le renouveau d’un parti qui en a bien besoin ! Logement social, statut de La Poste, sans-logis, scandale du blanchiment de la peau : dans le 18e arrondissement de Paris, Ian Brossat est sur tous les fronts. Attablé dans un café branché de la rue des Abbesses, à deux pas de son domicile, il raconte son histoire et dévoile ses projets.

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Pour Ian Brossat, « les habitants du 18e demandent du respect ».

Ce pur produit de la région parisienne, né à Fontenay-aux-Roses, a passé la majeure partie de son enfance et de son adolescence dans le 14e arrondissement de la capitale. Du côté de son père (prof de philo), il est le descendant de quatre générations de fonctionnaires de l’Education nationale. Du côté de sa mère, l’origine est plus modeste. « Après le divorce de mes parents, j’avais 3 ans, explique Ian Brossat, ma mère a enchaîné les emplois précaires. » Une copine de classe lui lance un jour cette vacherie : « Ton appart, c’est mon salon ! » « Cette remarque m’a marqué politiquement, » se souvient-il.

Ses parents sont à la LCR (Ligue communiste révolutionnaire, trotskyste), alors il adhère au PC à 17 ans. En bon ado, il cultive sa différence. « J’avais envie d’être utile, dit-il, je pensais qu’il fallait participer au gouvernement. Le PC est le meilleur compromis entre la radicalité à laquelle je tenais et celle de mes parents. Le parti socialiste n’incarne pas cette radicalité ». Henri IV, Khâgne, Hypokhâgne, Normale sup à Lyon : Brossat est un élève brillant, agrégé de lettres en quatre ans. Passionné de littérature américaine, il présente, en 1991, une maîtrise consacrée au best seller American Psycho (portrait au vitriol de la société nord-américaine) écrit par Bret Easton Ellis. Il devient prof de français et enseigne au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, en banlieue parisienne. « J’ai passé trois ans et demi formidables, raconte-t-il, d’ailleurs j’ai gardé contact avec certains de mes élèves ».

Côté militant, l’humeur est au yoyo. En 2000, pas terrible. « Le PC était au gouvernement, mais avalait des couleuvres, » se souvient le jeune élu. L’horizon se dégage six ans plus tard. Brossat prend d’abord la direction de la section du 15e arrondissement, tenue par un communiste orthodoxe, avant de rallier la fédération de Paris. Il y devient successivement responsable de la jeunesse, de la formation, de la communication et, enfin, des élections. Les municipales de mars 2008 se profilent. Le groupe communiste parisien, 60 ans de moyenne d’âge, a besoin d’un coup de jeune et d’un nouveau leader. Ian Brossat sera l’homme de la situation. Il se présente dans le 18e arrondissement, où il décide d’habiter immédiatement.

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L’élu communiste plaide pour un renouvellement de la gauche municipale en vue des élections de 2014.

Élu sur la liste de Daniel Vaillant, maire du 18e, il plonge tête baissée dans la vie municipale. La politique parisienne l’accapare une bonne partie de la semaine. Mais il affirme préférer sa permanence du vendredi, consacrée aux habitants de son quartier. « C’est du concret, » souligne-t-il. Proximité oblige, il a inauguré, en septembre 2009, une permanence itinérante : « En mairie, les gens évoquent leurs problèmes de logement. Dans les quartiers, il est surtout question de cadre de vie, de sécurité, des incivilités qui pourrissent la vie. » Ian Brossat veut le retour d’une police de proximité, milite pour rouvrir le commissariat de la porte de la Chapelle et s’inquiète des projets gouvernementaux : « Dans le cadre du Grand Paris, les policiers parisiens vont être redéployés en banlieue. La vidéosurveillance ne va pas les remplacer ! »

Dans son programme municipal, la majorité était pourtant favorable aux caméras. Daniel Vaillant ne manque pas de le rappeler quand l’opposition lance le sujet en conseil d’arrondissement. « J’ai changé d’avis, assume Ian Brossat. La droite exploite une faiblesse de la majorité. C’est un piège de la préfecture de Police. Un engrenage néfaste. Selon moi, nombre de socialistes s’en mordent les doigts. Le rappel du maire à la discipline politique masque nos divisions. Les habitants du 18e et d’ailleurs ont le droit de vivre tranquillement. Mais la vidéosurveillance n’est pas la solution. »

Ian Brossat se verrait bien en Monsieur sécurité du PC. Il est « exaspéré » par l’absence de discours de son parti sur le sujet. Le jeune homme ne tient pas à passer pour un type laxiste. Il est opposé à la légalisation du cannabis évoquée par Daniel Vaillant. « Quand j’étais professeur, j’ai souvent eu à gérer des adolescents qui arrivaient en cours passablement défoncés, » écrit-il sur son blog. En outre, ce n’est pas l’urgence. Le communiste rappelle que la population entend d’abord être « respectée ». « Quand, à Château-Rouge, on ne rénove pas la station de métro qui a besoin d’une seconde sortie, quand, à la Poste, on supprime des guichetiers, quand, à l’hôpital, le chauffage est coupé en hiver, on manque de respect à la population. Nous avons besoin de services publics d’excellence. La municipalité fait de réels efforts, mais les finances sont limitées. »

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Une permanence de Ian Brossat délocalisée dans un quartier du 18e arrondissement.

C’est pourquoi Ian Brossat défend l’augmentation des impôts locaux qui n’ont pas subi de hausse depuis 2001 et sont « moins élevés à Paris qu’ailleurs ». « L’Etat transfère des compétences aux départements, le RMI, par exemple, mais pas les moyens financiers, s’indigne l’élu. Il doit 300 millions d’euros à Paris. Comment, dans ces conditions, financer les équipements publics indispensables ? Prenez les sans logis qui dorment dans des tentes rue Hermel. La ville payait leur hébergement, censé être provisoire, dans l’hôtel meublé qui a brûlé. Au total, dans toute la ville, ce système ahurissant coûte vingt millions d’euros par an ! Des résidences sociales sont indispensables pour loger ces gens. Augmenter les impôts relève du bon sens. »

Ian Brossat n’hésite pas à croiser le verbe avec la droite sur le sujet. En particulier avec Pierre-Yves Bournazel, 32 ans, chef de file de l’UMP dans le 18e. « J’ai plaisir à débattre avec lui. J’aime les débats francs. Bournazel assume ses positions de manière frontale. » Question de génération, sans doute. Bébé sarko, comme il est parfois surnommé, peut-il devenir maire de l’arrondissement ? « Sarkozy n’est pas très populaire dans le coin, » sourit Ian Brossat, avant de préciser : « La gauche doit se renouveler et présenter de nouveaux visages dans la perspective des élections municipales en 2014. Si je peux y contribuer… » Il en est convaincu, « s’il devait y avoir un maire communiste à Paris, ce serait logiquement dans le 18e arrondissement. »

En attendant, les élections régionales approchent. En 2010, Brossat propose de reconduire la stratégie d’alliance « Front de gauche » des élections européennes. Il sera candidat, c’est sûr, mais ne sait pas encore en quelle position. Son pronostic : « Si la gauche se maintenait au niveau de 2004 (20 régions sur 22), ce serait une victoire considérable ». Mais, face à la rhétorique de gauche d’un Sarkozy qui occupe l’espace politique, « la gauche divisée ne crée pas de repère ». De toute façon, l’avenir, le sien, il le voit à « se coltiner de vrais élèves » et à enseigner au moins à mi-temps. « La reconnaissance d’un élève qui a eu son bac est un plaisir incomparable. » Carrière politique et soif du pouvoir n’ont pas l’air d’être la tasse de thé de Ian Brossat. Pas l’air seulement.

Le blog de Ian Brossat en cliquant ici

Le combat contre les produits de blanchiment de la peau

Il y a un an, Ian Brossat demandait le lancement d’une campagne sur les dangers des produits blanchissants à destinations des populations afro-antillaises. Une requête entendue par la ville de Paris, puisque celle-ci a alloué 30000 euros à cette campagne de prévention. Déployée dans les 10e, 18e, et 19e arrondissements de Paris, quartiers les plus concernés par la diffusion de produits éclaircissants, elle débutera le 4 novembre 2009.

Une conférence de presse de lancement de la campagne de sensibilisation et de prévention sur les dangers des produits blanchissants pour la peau, aura lieu au centre Barbara, mardi 3 novembre 2009, à 12h15. A 18h00, le film « Blanchir, une affaire pas très claire » sera projeté à la mairie de Paris. La projection sera suivie d’une table ronde, animée par Ian Brossat, avec, entre autres, Patrick Lozès, président du CRAN, Antoine Petit, dermatologue à l’hôpital Saint Louis, et Eunyce Barber, championne du monde d’athlétisme.

Conférence de presse, Centre Barbara
1 rue Fleury, 75018
12h15, entrée libre

Projection/Table ronde, auditorium de l’Hôtel de ville
5 rue Lobau, 75004
18h00, réservation au 01 42 76 57 68

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