mardi 26 septembre 2017| 15 riverains
 

Le commissaire Clouzeau en mission dans le 18e

Depuis janvier 2010, un nouveau commissaire de police, Matthieu Clouzeau, est à pied d’œuvre dans le 18e arrondissement de Paris. Et il a fort à faire. Pour dixhuitinfo, le commissaire Clouzeau détaille ses objectifs, raconte sa vie de policier et défend ses troupes, dont le comportement est actuellement critiqué. Interview.

Le commissaire divisionnaire Matthieu Clouzeau, 43 ans, dirige depuis janvier 2010 la police dans le 18e arrondissement de Paris : 740 fonctionnaires sont sous ses ordres (640 policiers et une centaine de contractuels), soit le plus gros contingent de la capitale. Homme de terrain (il a travaillé dans les commissariats du 4e, 7e, 17e arrondissements de Paris et dans plusieurs villes de banlieue parisienne), comme de dossiers (mise en œuvre des accords de Schengen, puis de la police de proximité), le commissaire Clouzeau aime varier les expériences professionnelles : « J’alterne le travail sur le terrain et à la Direction centrale de la police nationale. Cela me permet de garder les pieds sur terre et de comprendre les enjeux transversaux de la délinquance. »

Avant de devenir commissaire central du 18e arrondissement, Matthieu Clouzeau travaillait au SCTIP, le Service de coopération technique international de la police. Dans la perspective de la Coupe du monde de football qui se déroulera en Afrique du Sud en juin 2010, il est chargé de développer des moyens de lutte contre le terrorisme en Afrique subsaharienne. « J’ai fait savoir que je souhaitais retourner sur le terrain, explique le commissaire. Mes supérieurs m’ont proposé ce poste. J’ai accepté bien volontiers. C’est un choix. »

Dixhuitinfo - Quel regard le commissaire porte-t-il sur le 18e arrondissement ?
Matthieu Clouzeau - Cinq mille gardes à vue, 15 000 faits constatés tous les ans : le 18e est l’arrondissement où l’activité policière et judiciaire est la plus forte dans Paris. Les quartiers chics côtoient des secteurs populaires. Les flots de touristes se mêlent à la population. En fin de semaine, par exemple, Pigalle c’est très chaud. Surtout au petit matin, où les agressions liées à l’alcool et aux stupéfiants se multiplient.

Quelle est votre mission ?
La lutte contre la délinquance en général, l’amélioration de la sécurité routière et la lutte contre les violences dans les familles. Au niveau de l’arrondissement, nous combattons plus particulièrement la vente de stupéfiants, les ventes à la sauvette, les tresseurs au pied du Sacré-Cœur, les joueurs de bonneteau, la prostitution…

Vous disposez de combien de temps pour accomplir votre travail ?
Tous les quatre ans, un commissaire change de poste. Il peut éventuellement rester deux années supplémentaires, en fonction des actions et des partenariats noués sur le terrain.

Etes-vous noté et avez-vous des objectifs chiffrés ?
Je suis évalué en permanence par mes supérieurs. Pour le reste, il faut sortir de cette logique du chiffre au profit de logiques qualitatives : initiatives avec les habitants, collaboration avec la mairie du 18e.

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« Jamais un commissaire de police vous dira qu’il a suffisamment de fonctionnaires sous ses ordres. »

Concrètement ?
Un Groupe local de traitement de la délinquance, qui rassemble la mairie, des éducateurs et partenaires sociaux, sous l’autorité du procureur, permet aux différents acteurs de travailler ensemble. La coopération avec le Parquet est forte dans le 18e. Résultat, la réponse pénale est mieux ciblée quand il traite d’affaires concernant le quartier de la Goutte d’Or, par exemple.

Vous prenez vos ordres auprès du préfet de police de Paris et pas du maire d’arrondissement, Daniel Vaillant. Comment gérez-vous cette situation ?
Le maire possède une légitimité démocratique, sinon hiérarchique. À ce titre, je dois travailler avec lui, prendre en compte ses préoccupations.

Plusieurs élus du 18e pensent que les caméras de vidéosurveillance, bientôt installées, sont destinées à remplacer des policiers. Pouvez-vous les rassurer ?
D’abord, il ne s’agit pas de surveillance, mais de protection. Ensuite, on ne peut pas dire que tant de caméras en plus, c’est tant de policiers en moins. Une caméra ne remplace pas un fonctionnaire de police. Elle a cependant une double fonction : elle dissuade les délinquants et elle rassure la population. Et, surtout, ses images permettent d’élucider un grand nombre d’affaires.

De nombreux élus demandent surtout le retour de la police de proximité. Reverra-t-on un jour des policiers patrouiller dans les rues ?
(Sourire) Vous n’en voyez pas ? Cela m’inquiète…

Si, mais ils ne descendent pas de voiture…
C’est vrai ! D’ailleurs, j’en parle souvent à mes effectifs : ils ont du mal à patrouiller à pied. En voiture, on ne va pas dans les cours d’immeubles, dans les halls, et on ne prend pas les petites rues. C’est une vision superficielle du territoire. En revanche, pour poursuivre les délinquants, un véhicule, c’est plus efficace.

Les effectifs sont-ils suffisants ?
Jamais un commissaire de police vous dira qu’il a suffisamment de fonctionnaires sous ses ordres. Plus j’ai de moyens, meilleures sont mes chances de résoudre les problèmes de délinquance. Je dois cependant admettre que, à l’image de la fonction publique, nous sommes dans une logique de réduction des personnels de police. Pour l’instant, ce n’est pas le cas dans le 18e.

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Le commissariat central, rue de Clignancourt.

Du côté de Barbès, les riverains sont exaspérés par les vendeurs de cigarettes à la sauvette. Pourquoi ne réglez-vous pas cette question ?
Le risque encouru par ces vendeurs est actuellement minime : une simple contravention, qu’ils ne payeront jamais. La loi Loppsi 2 comporte un amendement pour faire de la vente à la sauvette un délit. Les contrevenants risqueront une peine de prison. Malheureusement, j’ai conscience qu’aucun magistrat ne prononcera une peine de prison pour une vente à la sauvette…

Les habitants du 18e assistent, impuissants, à une recrudescence de la prostitution, notamment du côté de la rue Doudeauville et sur le boulevard Ney. Que faites-vous ?
C’est un sujet compliqué à traiter, la prostituée a toujours été considérée comme une victime. Même si pénalement le racolage est une infraction. Nous procédons régulièrement à des contrôles d’identité. Une partie d’entre elles est en situation irrégulière dans le pays.

Des réseaux structurés mettent ces jeunes filles sur le trottoir. Des enquêtes sont-elles en cours ?
Oui. Mais en tant que commissaire d’arrondissement, je n’ai pas les moyens, ni les compétences pour travailler sur le proxénétisme. En revanche, nous fournissons des informations à la Brigade de répression du proxénétisme (BRP). En janvier, la BRP a démantelé un réseau de prostitution chinois, rue Doudeauville et ailleurs dans la Goutte d’Or.

Remontez-vous jusqu’aux passeurs ?
Oui, mais ce sont des enquêtes au long cours. Les riverains souhaitent obtenir des réponses immédiates à leurs interrogations, alors que les réponses judiciaires ne peuvent intervenir que sur du long terme. Je peux interpeller des prostituées toutes les nuits, les placer en garde à vue sur la base du racolage ou d’une situation irrégulière en France (un équipage se consacre uniquement à ces tâches), mais je sais que je ne résoudrai pas le problème. Cela me permet de répondre que partiellement à l’attente immédiate des habitants du 18e arrondissement.

Clouzeau, c’est aussi le nom, à une lettre près, d’un célèbre inspecteur, héros d’une série de films intitulés La panthère rose. Comment vivez-vous cette homonymie ?
(Amusé) Cela ne m’a jamais porté préjudice. C’est même une des raisons qui m’a poussé à passer le concours de commissaire pendant ma maîtrise de droit. Mes amis disaient que je portais un nom prédestiné. Je ne regrette pas. Je voulais être avocat, je suis devenu policier. Mon truc, c’est le pénal.

La police en question
Interventions policières contestées, fermetures de bars houleuses, bagarre qui tourne mal entre un usager et des fonctionnaires : la police a mauvaise réputation dans le 18e arrondissement. Le maire, Daniel Vaillant, s’en est même publiquement ému. « Depuis mon arrivée, j’ai prévenu l’ensemble des fonctionnaires de police sous mes ordres que je n’accepterai aucune forme de violence illégitime de leur part, affirme le commissaire Clouzeau. Des enquêtes de l’IGS sont en cours. Bien entendu, je demanderai des sanctions disciplinaires s’il s’avère que des policiers ont fauté dans l’exercice de leur mission. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. »

Pourtant, devant la multiplication des « incidents survenus dans le 18e arrondissement et impliquant des forces de l’ordre de cet arrondissement », Nicole Borvo Cohen-Seat, sénatrice communiste de Paris, a demandé, lundi 26 avril 2010, dans un courrier qui lui est adressé, un entretien avec Michel Gaudin, préfet de police de Paris. Objectif, que celui-ci lui indique « les mesures prévues en vue d’améliorer le fonctionnement de la police du 18e arrondissement ». Pour Matthieu Clouzeau, « il n’y a pas plus d’incidents dans les commissariats du 18e qu’ailleurs dans Paris. Mais la pression politique et médiatique y est beaucoup plus forte. » Et ses hommes ne sont pas toujours à la fête : trois d’entre eux ont été blessés, mercredi 21 avril 2010, lors d’un contrôle d’identité houleux.

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2 commentaires
  • Le commissaire Clouzeau
    en mission dans le 18e
    28 avril 2010 11:27, par scalp

    La nove-langue de George Orwel de plus en plus d’actualité.
    Le fait d’être le commissaire Clouzeau n’oblige pas à se tourner en ridicule.
    Il existe depuis longtemps des caméras pour "surveiller" certains endroits sensibles. Dernièrement, me promenant près du Sénat, j’ai remarqué un panneau, datant sans doute de plusieurs années, précisant, je cite, que ce secteur est sous "vidéo-surveillance".
    Le fait de jouer sur les mots n’est finalement qu’un aveu de faiblesse à véritablement protéger la population mais aussi une volonté, un irrespect consommé à l’intelligence du citoyen en général, de la même manière qu’une campagne publicitaire vante les mérites d’un produit en martelant avec les mots choisis ces qualités, mais la pub, au moins est identifiée comme telle !
    La propagande, elle, est plus sournoise, c’est une sorte de choeur repris à capella devant les micros par ceux qui veulent de leur plein grès y participer.
    Une présence physique protège (et gène sans doute les délinquants), une caméra ne protège en rien tout un secteur, contrairement à un fonctionnaire de police qui se déplace et récolte des informations bien plus intéressantes. Avec une caméra (qui fonctionne, comme il doit être lucratif le marché de la maintenance de ces petites choses) on protège tout au plus un lieu précis, une portion de rue ou encore cela permet-il de pister un fugitif ou un suspect, cela s’est avéré et on l’a appris à grand renfort médiatique (encore faut-il que le suspect ne porte pas de casquette, capuche ou autre perruque qu’il jettera promptement au détour d’une ruelle, vêtement retourné etc…)
    Je suppose (mais bien entendu je peux me tromper) que le ministère concerné va, à grand frais, grâce à nos impôts changer tous ces panneaux "mal rédigés" pour en reformuler les thermes ; un petit jeu sémantique insultant, qui nous coûtera cher. Sans doute la présence policière, à pied, sur le terrain, est-elle plus inquiétante qu’autre-chose et la caméra plus discrète, mais au moins le touriste où l’habitant sont-ils ainsi conscients de la dangerosité relative de l’endroit où ils se trouvent et ce n’importe où sur le territoire !
    Nous avons tous parfaitement conscience que les policiers s’exposent en étant parmi la population (dont ils sont issus d’ailleurs) cela fait parti des risques du métier et c’est valable dans de nombreuses professions (profs, infirmiers, pompiers etc…) et cela nous pousse au plus grand respect de leur tache et une douleur sincèrement partagée quand ils sont blessés mortellement ou non.
    Le démantèlement actuel de la fonction public, à des fins peut-être purement capitaliste -moins d’impôts = plus d’investissements ?- ne doit pas obliger ce gouvernement à réduire le droit à la véritable protection des individus qui est un des fondements de la république en laissant des lobbies techno-sécutaire imposer leurs gadgets à la place de l’humain qui décidément n’a plus de valeur que lors des scrutins électoraux.

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  • Le commissaire Clouzeau en mission dans le 18e 26 octobre 2011 23:57, par shannah

    J’habite à Pigalle. Régulièrement nous avons des intrus dans l’immeuble. Il y a aussi des squats dans l’immeuble à cause d’un administrateur judiciaire qui ne fait pas son travail, ne paie les charges de l’immeuble depuis 15 ans, il y en a pour 120 000€ à ce jour que les autres copropriétaires paie à sa place.Il y a du deal, de violences verbales et physiques. Depuis le mois de septembre il y une bande qui occupe l’immeuble.Il dorment sur le palier et on en peut ni rentrer ni sortir.Il y en a un qui m’a menacé de mort.Ils cassent le plafond de l’entrée, où ils mangent et boivent et laissent les ordures. Ils y font aussi leurs besoins.

    Il y en a un, parfois deux qui dorment à chaque étage, et maintenant ils apportent même leurs couvertures. Ils sont chez eux.Quand j’appelle la police on me dit de change la porte, or que le syndic n’appelle pas de réunion de copropriété pour le faire. L’été 2010 on a mis un vigik mais ils ont forcé la porte et ils l’ont cassé.

    La vraie question c’est pourquoi les policiers n’appliquent pas la loi anti occupation des parties communes dite loi Sarkozy. C’est l’enfer ici et les policiers me disent des déménager au lieu de faire leur travail et coffrer une fois pour toutes ces contrevenants.

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