mercredi 20 septembre 2017| 721 riverains
 

Le combat de Gassama, travailleur sans-papier

Gassama est l’un des 500 sans-papiers qui occupent, depuis trois semaines, des locaux vides de la CPAM, rue Baudelique, dans le 18e arrondissement de Paris. Natif du Sénégal, il travaille en France depuis 2001. Ses fiches de salaire et ses feuilles d’impôt en témoignent. Il se bat au quotidien pour obtenir des papiers français.

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Gassama travaille régulièrement depuis 2001 en France.

Débarqué du Sénégal en 2001 avec un visa touriste, Gassama a travaillé pendant sept ans dans une entreprise de décolletage, en Haute-Savoie. Les clients ? Renault et Peugeot. Fiches de paie (salaire inférieur au smic, mais cotisations réglementaires), carte vitale, feuilles d’impôt : devant lui, sur une petite table placée à côté de son lit en carton, Gassama a aligné les documents qui témoignent de son intégration dans le monde du travail. Pourtant, il n’a jamais pu obtenir de carte d’identité française.

La police a arrêté Gassama sur son lieu de travail, à la fin de l’année 2007. « Mon patron m’a dénoncé, » raconte-t-il. Expulsion au Sénégal, son pays natal, dans la région de Tamba, près du fleuve. Sa femme et son bébé de trois mois échappent à l’expulsion. « Il n’y avait pas davantage de travail que sept années auparavant, dit Gassama. Alors je me suis organisé pour revenir en France sans tarder. » Ses économies et des promesses de remboursement lui permettent de réunir 6000 euros pour payer un passeur et des faux papiers.

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« Nous participons au développement de la France, sans en tirer les avantages. »

Retour en France en mars 2008. Il monte à Paris avec sa famille et travaille au noir. « Vingt euros par jour, parfois moins, soupire Gassama. C’est de l’esclavage moderne. » À 43 ans, il s’est engagé dans le combat des sans-papiers, « pour informer l’opinion publique » : « Cette situation arrange tout le monde. Les employeurs, comme les autorités. Nous participons au développement de la France, sans en tirer les avantages. Impossible, par exemple, de toucher le chômage. Sur ce type de dossiers, les contrôles sont sévères. »

« Je me sens français, » dit Gassama. Il affirme qu’il ira jusqu’au bout avec les sans-papiers de la rue Baudelique. « Tout le monde est solidaire. Nous avons un objectif commun, la régularisation pour tous. » Gassama ne passe pas toutes ses nuits dans les locaux de la CPAM. Il rentre certain soir dans sa famille, en région parisienne. « Je dors mal sur le carton et c’est bruyant ici, parfois. » Gassama voyage en métro. « La police peut m’arrêter à tout instant. Mais il faut bien sortir, nous ne pouvons pas être enfermés jour et nuit. »

Photos : ©Elodie Ratsimbazafy

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