mercredi 28 juin 2017| 21 riverains
 

José, SDF, mort rue du Poteau un matin d'hiver

José dans la rue du Poteau fin 2012. Capture d’écran d’une vidéo réalisée par Anne-Marie Berard, habitante du 18e arrondissement.

SDF, José est tombé le jeudi 7 février 2013 au matin, rue du Poteau, dans le 18e arrondissement de Paris. C’était son périmètre depuis des années. Tout le monde le connaissait. Il était comme chez lui sur son morceau de trottoir. Et pourtant, la rue a fini par avoir raison de lui. Portrait.

En ce froid matin d’hiver, José n’arrive pas à se réchauffer. Il grelotte. Il a allongé ses jambes en travers du trottoir. Ce 7 février 2013, comme tous les jours, les passants l’ont sans doute enjambé sans prêter attention. Quand la boulangère le secoue, il ne répond plus. Il fera plusieurs arrêts cardiaques avant de s’éteindre à l’hôpital Bichat trois jours plus tard. « Je suis la dernière personne à lui avoir parlé », s’émeut Jeannine Cousin. Elle tient depuis 13 ans la boulangerie du 20 rue du Poteau, près de laquelle José avait élu domicile. « Il nous manque, ça fait un vide. Il y avait du respect entre nous. José, il avait une certaine conversation, une certaine éducation. Il était très érudit. »

Reconstituer l’histoire de José, c’est s’attaquer à un puzzle aux pièces manquantes. Tout le monde le connaissait et à la fois personne. À beaucoup, José a confié qu’il était « un enfant de la DDASS ». À certains, il a aussi raconté que ses parents étaient mariniers sur la Seine, et qu’enfant, il avait vécu sur une péniche qui transportait du sable. À Olivier, charcutier au 22 rue du Poteau, il a même rapporté avoir perdu une sœur âgée de 3 ans qui s’était noyée après être passée par-dessus bord.

« Trois ans chez les paras »

Corinne, riveraine, livre sa version : « Il disait qu’il avait vécu de foyers d’accueil en foyers d’accueil. Puis chez une mère adoptive dans les HLM Porte de Montmartre. Mais ça s’est mal passé et il s’est retrouvé à la rue. » Paula, restauratrice rue Letort, lui connaissait un domicile, il y a 10 ou 15 ans, impasse Letort, dont il aurait été expulsé pour loyer impayé. Mais les locataires actuels de l’immeuble ne sont pas là depuis assez longtemps pour s’en souvenir.

Autre pièce au puzzle, isolée : José racontait qu’il avait « fait trois ans chez les paras », suivi les entraînements, avant de se désengager. On ne lui connaissait pas de travail. Quelques déménagements peut-être, selon la boulangère qui se souvient : « Quand on lui disait : tu devrais chercher un boulot, il répondait : pourquoi ? Quand je vois que les retraités aujourd’hui n’arrivent pas à joindre les deux bouts… »

« Il s’est laissé mourir »

José bénéficiait de l’aide des commerçants et habitants du quartier, qui le dépannaient d’une pièce, d’un sandwich, d’une cigarette, de vêtements chauds. Mickaël et Fred, qui tiennent deux boutiques de textile rue du Poteau respectivement depuis six et dix ans, sont de ceux-là. José leur a même écrit depuis sa cellule lors de ses courts séjours en prison, après des bagarres et des affaires de drogue. Ils lui ont envoyé des mandats pour qu’il puisse cantiner.

« Depuis deux ans, José avait arrêté de prendre du crack, raconte Mickaël. Il ne pouvait plus payer sa drogue. Il était passé à l’alcool. Deux ou trois petites bouteilles de vodka par jour. Ça ne lui réussissait pas. Et puis je pense qu’il s’est laissé mourir. » Courant janvier 2013, José a en effet perdu son compagnon de rue : un sans-abri Portugais, dit « Tino » qui a succombé à une hépatite C.

« Il ne voulait pas quitter son quartier »

José était connu des associations d’aide aux démunis. Florence, bénévole aux Robins des Rues, et membre du collectif des Morts de la rue confirme : « Beaucoup de monde le rencontrait lors des maraudes. Mais il n’avait pas de suivi social, même pas de domiciliation administrative. Quand on lui disait d’appeler le 115, il refusait. Il disait qu’il ne voulait pas quitter son quartier, qu’il y était très attaché, qu’il y était aimé. » Le Collectif des Morts de la Rue dénombre depuis 2002 les SDF qui meurent prématurément et tente de connaître leur histoire. José figure dans la triste liste des décès du mois de février 2013. Il y apparaît sous son nom de famille « Arnout ». Il avait 47 ans.

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3 commentaires
  • José, SDF, mort rue du Poteau un matin d’hiver 25 février 2013 13:27, par clément

    Je le croisais souvent. C’est évidemment triste, mais il faut reconnaître qu’il était devenu une vraie loque ces dernières années, ne prenant plus du tout soin de lui, souvent ivre et blessé suite à des bagarres, et souvent assez agressif envers les passants (surtout quand il avait bu). Je ne sais pas ce qui aurait pu être fait pour le sortir de la rue, ou pour qu’il aille mieux... Je n’avais pas l’impression qu’il voulait vraiment sortir de cette situation (ce que laisse entendre l’article, d’ailleurs). Je sais que les commerçants du coin l’aidaient parfois, les habitants aussi. Paix à son âme.

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  • José, SDF, mort rue du Poteau un matin d’hiver 15 mars 2013 17:25, par Joyce

    J’habite ce quartier depuis une dizaine d’année, je ne peux pas dire que je le connaissais vraiment mais il jouait souvent avec mon chien, un chiwawa. Parfois je lui donnait un pain au chocolat, un croissant ou autre nourriture si j’en avais la possibilité. Toujours poli et amical avec les gens du quartier, il avait effectivement "sa place" sur ce bout de trottoir prés de la boulangerie. Place qui fait extrêmement vide aujourd’hui.
    A présent tout ce que nous pouvons lui souhaiter est de reposer en paix et d’avoir enfin trouvé un meilleur monde qu’ici bas.

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  • José, SDF, mort rue du Poteau un matin d’hiver 15 mars 2013 17:56, par Evelyne

    Je le croisais tous les jours en allant faire mes courses. Il plaisantait beaucoup, notamment avec Harry, mon chien, qui l’avait baptisé "mon copain". La dernière fois que je le vis, il me demanda "ou est mon copain ?" Au moment du redoux, environ une semaine avant son décès, il se plaignit du froid, ce qui m’avait étonné puisque les températures étaient repassées positives. Malheureusement les mauvaises conditions de vie eurent raison de lui. Tout ce que nous pouvons lui souhaiter désormais est de reposer en paix .

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