lundi 20 novembre 2017| 9 riverains
 

Gilles Chiriaux, Montmartre chevillé au corps

Montmartrois de souche, Gilles Chiriaux est le patron du restaurant l’Entracte, dans le 18e arrondissement de Paris. Fervent défenseur de la Butte Montmartre, il fustige les dérives mercantiles de son quartier et milite pour en sauvegarder l’essentiel : son âme. Portrait.

Gilles Chiriaux, patron du restaurant l’Entracte, rue d’Orsel, dans le 18e arrondissement de Paris, est un Buttard. « Un vrai Montmartrois, précise-t-il en souriant. Mes racines sont ancrées dans la Butte Montmartre. » Au début du siècle dernier, son grand-père, conducteur de calèches, vivait dans le Maquis. Un enchevêtrement de baraques en bois disparates, situé entre les rues Caulaincourt, Lepic et Girardon, où se croisaient artistes, ivrognes et aigrefins de tous poils. Ses parents y sont nés. Lui, pas bien loin.

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« On détestait le week end, car les touristes envahissaient le village, nos terrains de jeux. »

Gilles Chiriaux, 52 ans, a usé ses fonds de culotte dans les écoles du quartier. En dehors des heures de classe, la Butte devenait le terrain de jeu des gosses du coin. « Je traînais avec les Poulbots de Montmartre, se souvient-il. La place Charles Dullin était dédiée aux parties de foot. On construisait des cabanes square St-Pierre. Un de nos passe-temps favoris consistait à vider le bassin situé en haut du square, sous le Sacré-Cœur, pour fabriquer des barrages, plus bas. On atteignait le bouchon au fond de l’eau en marchant sur des chaises métalliques. » Gilles vit alors, avec ses parents, Sonia et Carlos, au-dessus du restaurant de la rue d’Orsel, qu’ils ont acheté en 1963.

La hantise des gosses, à l’époque, c’était le week-end : « On détestait, car les touristes envahissaient le village, nos terrains de jeux. » Aujourd’hui, Montmartre est l’un des lieux parisiens les plus visités de la capitale. Pour Gilles Chiriaux, l’affaire a pris mauvaise tournure. « Tout le monde veut gagner du fric, profiter de la manne financière apportée par les visiteurs, regrette le Montmartrois. Sur Abbesses, les boutiques de fringues et les bars "lounge" règnent en maître. Le quartier était popu, maintenant, on se la pète ! Amélie Poulain a remplacé Bernard Dimey et Maurice Utrillo… »

Chiriaux pointe les questions d’insécurité, les vendeurs à la sauvette, les dealers, le bruit, « les mecs bourrés qui pissent partout ». « Des riverains excédés veulent vendre leurs appartements », affirme-t-il. Avant de fustiger la fermeture des postes de police Charles Dullin et place des Abbesses. « L’absence d’autorité nuit à Montmartre », martèle cet homme affable qui n’a pourtant rien d’un foudre de guerre. Un brin provocateur, il évoque la « voyoucratie d’il y a vingt-cinq ans, quand le quartier était aux mains des Corses, propriétaires des boîtes de nuit sur Pigalle ». Et de poursuivre dans un éclat de rire : « Au moins, les gens se respectaient ! »

Poudre d’escampette
Député de la République de Montmartre, président de l’association Place Charles Dullin, qui devrait signer prochainement une charte de qualité avec la mairie du 18e arrondissement, le restaurateur n’a pas toujours eu Montmartre chevillé au corps. À 18 ans, après avoir raté son bac littéraire, il prend la poudre d’escampette. Direction Londres, où il bosse dans un hôtel. Puis c’est l’armée et ses commandos, à Creil et Cherbourg. Retour à Paris. « Je ne voulais pas tenir un restaurant, mais devenir programmeur informatique. » L’hôtellerie lui tend pourtant les bras. Il craque. Devient réceptionniste. « En province, au bord de la mer, à la montagne. » Dans les années 80, le jeune homme attaque une carrière de barman sur les Champs-Élysées. « J’ai même voulu ouvrir une boîte de nuit à Annecy.  »

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« Dans mon restaurant, il faut aimer la vie, le vin, la sensualité de la cuisine. »

Finalement, Montmartre aura le dernier mot. « Mes parents m’ont demandé, au début des années 90, de travailler avec eux. Mon père était fatigué, ils avaient besoin d’aide. » L’Entracte est alors une table réputée. Sonia est cordon bleu. « C’était déjà la cantine de Michou, un pote de mon père de longue date, souligne Gilles Chiriaux. Léo Ferré, Claude Rich ou Jean-Pierre Marielle étaient des habitués. Fallait reprendre un savoir-faire et surtout pas se planter. » Il apprend sur le tas. En observant sa mère. Et décide rapidement, « au bout d’un mois », de devenir cuisinier : « J’ai même laissé pousser ma barbe pour avoir l’air d’un vrai chef ! »

Établissement discret, finement décoré, une trentaine de tableaux représentant le théâtre de l’Atelier accrochés aux murs, l’Entracte reste fréquenté par tout ce que Montmartre compte d’hommes politiques, chanteurs ou acteurs. Gilles Chiriaux qualifie sa cuisine de « bourgeoise, traditionnelle, simple mais goûtue. » Aux petits oignons avec ses fidèles, le patron tient à la convivialité de son affaire : « Parfois, si je ne sens pas les clients, ils n’entrent pas. Une table de grincheux peut casser la bonne ambiance du restaurant. Ici, faut aimer la vie, le vin, la sensualité de la cuisine. » À Montmartre comme dans un poisson dans l’eau, le bonhomme pratique toutefois les voyages au long cours pour changer d’air. « J’adore l’esprit et le souffle créatif de l’Argentine, raconte-t-il. Je suis aussi, depuis longtemps, passionné de voile. Sur un bateau, on est libre. On va où l’on veut… » Comme quoi, on peut être Buttard sans être butté.

L’entracte
44 rue d’Orsel - 75018
Tél : 01 46 06 93 41

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5 commentaires
  • Gilles Chiriaux, Montmartre chevillé au corps 22 octobre 2010 20:10, par Anne-Marie

    Le pire à Montmartre, c’est le bâchage de la Place du Tertre !

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  • Gilles Chiriaux, Montmartre chevillé au corps 29 novembre 2011 19:56, par Annie CHIRIAUX

    Un gros bisou à mon cousin. Je vois que mon tonton préféré continue à vivre à Montmartre et à le faire vivre ce Montmartre tellement cher à lui et à mon Papa.

    Passe-moi un petit coup de fil dès que tu as un moment. Ca me ferait très plaisir.En tous les cas je suis très contente et très fière qu’au moins un Chiriaux soit resté fidèle aux racines de notre famille. Je pense que les 4 frangins la-haut doivent jubiler eux aussi. Encore Bravo et Merci à toi.

    bisous mon cher Gilles ainsi qu’à ta maman Sonia.

    La grande cousine Annie

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  • Gilles Chiriaux, Montmartre chevillé au corps 8 octobre 2012 16:44, par Gilles

    MERCI...MERCI....MERCI Annie !! j’ai les larmes aux yeux en lisant ton message ce lundi 8 octobre 2012 . Incroyable presque un an après que tu as laissé ce message sur internet le 29 nov 2011...!!!!!
    excuse moi de ne pas avoir répondu de suite je ne suis pas vraiment branché internet et le fréquente rarement, mais je m’aperçois que l’on parle de beaucoup de choses et que c’est une vie paralélle il faut savoir l’utilisé, je v’ai mis mettre. He oui je suis tjrs à Montmartre et pense et parle de notre famille chaques jours...! Appel moi STP
    au tél mon numéro portable tu dois l’avoir sinon appel le restaurant 01 46 06 93 41 si je ne suis pas la laisse moi ton numéro ça me fera un ENORME plaisir de t’entendre ....

    Je t’embrasse trés fort ton cousin Gilles

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  • Gilles Chiriaux, Montmartre chevillé au corps 20 janvier 2014 17:00, par Nelly

    coucou cousin GILLES ! Janvier, c’est l’occasion de te souhaiter de tout cœur une superbe bonne année 2014 à toi et à ta maman SONIA .
    Le temps passe mais certains souvenirs d’enfance restent et resteront à vie dans la mémoire ...
    Continue à bien t’occuper de ce charmant restaurant si accueillant qui garde son âme dès que l’on en franchit le seuil. Continue comme ça et que ,quelques graines d’Amitié, quelques graines d’Amour et une petite graine de Chance fassent de cette année nouvelle une belle moisson de BONHEUR !!!
    gros bisous d’Alsace, Nelly

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  • Gilles Chiriaux, Montmartre chevillé au corps 28 juillet 2015 11:33, par Fred (la villa)

    Salut Gilles !
    Je suis content que tu aies repris la suite de tes parents, même si cela me peine, car je pense souvent à eux avec beaucoup de tendresse et d’affection.
    A bientôt, à l’occasion d’une de mes escapades à Paris, le temps de revoir tous mes vieux copains et amis, dont tu fais partie bien évidemment.
    Bisous
    Fred

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