dimanche 28 mai 2017| 13 riverains
 

Erik Satie et Montmartre, une longue histoire d'amour

Sur la Butte, au 6 rue Cortot, la maison d’Erik Satie jouxte le musée de Montmartre.

Erik Satie, le compositeur des gymnopédies, a vécu dans le 18e arrondissement de Paris entre 1888 et 1898. Installé à Montmartre, le musicien a su y concilier créativité artistique, bohème et vie amoureuse. Un festival, Mon voisin Erik Satie, lui rend hommage jusqu’au 12 juin 2011. Portrait.

Né à Honfleur, en 1866, Erik Satie est le compositeur de musique que l’on sait, celui des gymnopédies mais aussi un pianiste de cabaret, un écrivain prolixe et un dessinateur, un rêveur avant-gardiste. Après un bref passage rue Condorcet, dès l’année 1888, Satie s’installe dans le 18e arrondissement de Paris, au 6 rue Cortot. Il s’y sent bien, et prétend que de sa chambre, la vue s’étend « jusqu’à la frontière belge ». Il propose au propriétaire de l’immeuble où il vit de lui louer un réduit au rez-de-chaussée dans le quel il ne pourra tenir que couché. C’est la naissance de son désormais célèbre « Placard » du 6 rue Cortot.

Dans une lettre à son frère, Conrad Satie, il écrit : « Je n’ai plus un sou dans Ma bourse, c’est là le pire. Tu serais bien bon de Me faire parvenir un petit secours sous forme d’un bon de poste ; sans quoi Je serai exposé à pâtir fort cruellement, Je te le dis. Après tout, diras-tu, ce serait bien fait pour Moi ; il ne fallait pas être si rapide à dépenser. » Satie oscille entre train de vie mondain (quand il est en fond, il offre à ses amis de Montmartre le couvert dans les bistrots du quartier, ou achète d’un seul coup sept costumes de velours identiques) et pauvreté extrême comme l’illustrent ses déménagements successifs.

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Erik Satie a fréquenté le 18e arrondissement, de Pigalle à Montmartre.

À Montmartre, Satie croise Bruant, Suzanne Valadon qui est sa voisine et son fils Maurice Utrillo. Il fréquente assidument, pour y boire autant que pour y gagner sa vie, les cabarets de Montmartre, comme le Chat Noir ou il devient second pianiste dès 1891, l’Auberge du Clou avenue Trudaine, où il se lie d’amitié avec Debussy, le Divan Japonais qui deviendra la Divan du Monde, ou le Lapin Agile. Sa dégaine est celle du "gymnopédiste" : barbe hirsute, cheveux longs et haut-de- forme, vêtements sombres et lavallière. Sa mise de bohémien lui vaut un temps le surnom de "Monsieur le pauvre", une pauvreté qu’il ne cessera de revendiquer, qu’il ira jusqu’à appeler « la petite fille aux yeux verts ». Alphonse Allais, lui, le nomme « Esotérik Satie ».

Montmartre est aussi le lieu de la seule aventure sentimentale connue de Satie, sa liaison avec Suzanne Valadon, qui dura, comme il le note lui-même, du 14 janvier au 20 juin 1893. Suzanne Valadon a été d’abord trapéziste, puis peintre. Elle posait pour le peintre que Satie préférait, Puvis de Chavanne. Satie et Suzanne vont au Luxembourg et jouent à faire flotter des petits bateaux en papier. Ils ont des rapports très conflictuels. La nuit, ils dorment par terre sur une couverture, c’est la Bohême montmartroise. Suzanne peint un portrait à l’huile de Satie, c’est l’une de ses toutes premières peintures à l’huile. Elle dessine également un médaillon du profil de Satie sans barbe. De son côté, Satie dessine lui aussi Suzanne, et compose, un jour d’orage conjugal, les Danses gothiques. Il dédie à Valadon une œuvre minuscule "Bonjour Biqui".

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Téléchargez le programme complet du festival "Mon voisin Erik Satie".

Dans la chambre de Satie est accrochée une pancarte, calligraphiée par Satie lui-même à l’encre bleue et rouge, ornée d’une mèche de Suzanne, rappelant les dates de début et de fin de leur relation. Dans Correspondance presque complète, l’historienne Ornella Volta raconte que « Satie répandait volontiers deux versions différentes de leur rupture. Selon la première version, il serait allé un jour à la gendarmerie la plus proche pour demander qu’on le libère de cette femme qui l’envahissait ; selon la seconde version, il n’y serait allé que pour s’accuser de l’avoir défenestrée dans un mouvement de colère, et sans doute tuée. Accourus sur place, les gendarmes n’avaient cependant pas trouvé de cadavre, car son entraînement d’acrobate avait permis à la jeune de femme de sortir sans dommage de cette aventure. »

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La plaque posée au-dessus de la porte du 6 rue Cortot.

À l’Auberge du clou, qui existe toujours avenue Trudaine, Satie devient second pianiste. Il s’y lie d’amitié avec Debussy, qu’il y rencontre et ils entrent ensemble dans l’ordre kabbalistique de la Rose-Croix. En 1893, déçu par les Rose-Croix, il crée l’Eglise Métropolitaine d’Art et de Jésus conducteur dans le but de « combattre la société au moyen de la musique et de la peinture », dont il est d’ailleurs l’unique membre. C’est pour les cérémonies prévues pour ce culte qu’il commence à composer une Grande Messe de l’Eglise Métropolitaine d’Art (appelée ensuite Messe des Pauvres). Une carte punaisée sur la porte de la rue Cortot indique les titres du seul fidèle.

Satie fréquente aussi place Pigalle le café La Nouvelle Athènes où il rencontre en 1893 le jeune Maurice Ravel qui l’admire beaucoup (il orchestrera l’une des Gnossiennes vers 1910). En 1898, pour des raisons financières mais aussi pour se rapprocher d’un public populaire, Satie déménage à Arcueil, où il va demeurer jusqu’à la fin de ses jours, en 1925.

L’auteure de cet article, Dominique Boutel, donne une conférence sur Erik Satie au Musée de Montmartre, mercredi 8 juin 2011, à 19h.

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