lundi 26 juin 2017| 22 riverains
 

Do Huynh et Carton plein 75, la réinsertion par le travail

Do Huynh est depuis toujours préoccupé par l’idée de venir en aide aux autres.

Do Huynh dirige l’association Carton plein 75, installée rue du Nord, dans le 18e arrondissement de Paris. Elle vise à réinsérer des personnes en situation de précarité, par le biais de la récupération de cartons. Rencontre avec un jeune homme très engagé.

Il dit n’avoir jamais autant travaillé de sa vie, mais cela ne lui ôte pas le sourire, bien au contraire. Do Huynh, habitant du 18e arrondissement de Paris, ne compte pas ses heures, mais peu importe. « Je ne me suis jamais autant éclaté dans un boulot », confie-t-il. Ce travail qui lui plaît tant, c’est la direction de Carton Plein 75. Cette association solidaire, créée en 2013 et implantée rue du Nord, dans le quartier Amiraux-Simplon, vise à réinsérer des personnes en situation de très grande précarité... grâce aux cartons.

Lorsque nous rencontrons Do en ce printemps 2014, l’association est à la relance (un premier projet a échoué l’année dernière) et son directeur est sur tous les fronts : mise en ligne du site Internet, conçu par ses soins, recrutement de deux salariés, un cyclo-éducateur technique et un chargé d’accompagnement socioprofessionnel. « Il y a tout à faire, comme dans une start-up », explique Do.

Fondations d’entreprises

L’idée de Carton plein 75 est simple : elle consiste à récupérer gratuitement – au moyen d’un vélo électrique aménagé - les cartons utilisés lors d’un déménagement par des entreprises. Ensuite, il s’agit de trier puis de revendre aux particuliers, via Internet, les pièces en bon état : 80 centimes le petit carton, 1 euro le carton standard, 1,20 euro le grand carton. « Quand on déménage, on a besoin de cartons solides, explique Do. Ceux que l’on peut récupérer dans les supermarchés ou ailleurs ne sont pas forcément adaptés. Nos prix sont moins élevés que ceux du commerce ou de sites spécialisés. »

« Je suis le seul en CDI, souligne Do, mais Carton plein 75 c’est d’abord un projet collectif. Il y a dix bénévoles autour de moi, qui siègent aussi au conseil d’administration. » Financée par des fondations d’entreprise et divers organismes (Secours Catholique, Département de Paris, Vinci, AG2R, Région Ile-de-France...), l’association tourne avec un budget de 5 000 euros mensuels. À terme, il pourrait atteindre 13 000 euros, pour trois salariés et dix « valoristes » (personnes en réinsertion).

Un vrai projet de vie

Pour ce jeune homme de 33 ans, papa de deux petites filles, Valentine, trois ans et Léonie, trois mois, diriger cette association est un vrai projet de vie, lui qui est depuis toujours préoccupé par l’idée de venir en aide aux autres : « Je pense que c’est très lié au parcours de mes parents, originaires du Vietnam. En 1975, après la chute de Saigon, ils ont été séparés pendant des années. Mon père était parti étudier aux États-Unis, et s’est retrouvé bloqué là-bas. Ils n’ont pu se retrouver qu’en France, qui accueillait les réfugiés politiques. Ils ont dû reconstruire toute une vie ici. C’est une belle histoire qui m’a marqué sur le fait de devoir repartir de zéro. »

JPEG - 54.9 ko
Le vélo électrique aménagé de l’association sert à la fois à récolter les cartons dans les entreprises, puis à les livrer aux acheteurs.

Et d’ajouter : « Je me sens redevable de la République française - en particulier son école - car c’est elle qui, à l’époque, a accueilli et permis à mes parents et nous leurs enfants de s’intégrer. C’est certainement moins vrai aujourd’hui. De fait, je pense qu’on ne se fait jamais vraiment tout seul et qu’un cadre le favorise... ou pas. Je pense avoir eu cette chance tout simplement et je ne comprends pas que d’autres n’en bénéficient pas également. »

Ingénieur informatique

Pendant ses études d’ingénierie informatique à l’Université technologique de Compiègne, il devient bénévole pour Ingénieurs sans frontières. « J’ai travaillé sur des chantiers de développement local, en Guinée notamment. » En ces années de forte demande en ingénieurs informatiques, il s’offre le luxe de « choisir » son employeur en 2004. Ce sera Steria, grand groupe de services informatiques, « à cause de sa fondation d’entreprise, dont j’appréciais les valeurs ».

Embauché, l’ingénieur donne aussi de son temps à la fondation, et travaille par exemple à la création du site de Votre école chez vous, association qui dispense des enseignements à domicile pour des personnes handicapées. Il s’engage aussi, en parallèle, dans des actions bénévoles pour le Secours Catholique. C’est là qu’il rencontre sa future épouse, Chrystel. Elle y travaille toujours, dans le département des Hauts-de-Seine.

Économie sociale et solidaire

En 2012, Chrystel le présente à un ancien DRH d’Unilever, Antoine Aumonier. Ce dernier travaille a un projet de réinsertion via le recyclage des cartons, suite à sa rencontre avec un biffin, Francis Bouchiba. À l’époque, Do est informaticien dans une collectivité locale. Mais il souhaite travailler dans l’économie sociale et solidaire. Il participe alors au montage du projet et développe en particulier son volet financier. L’idée de créer un poste à temps plein s’impose. « Je me suis porté candidat », raconte-t-il.

Do Huynh gère désormais Carton plein 75 au quotidien. Le défi est de taille. « Notre association se donne pour objectif de remettre en activité les personnes en grande précarité, détaille Do. Nous voulons leur permettre de reprendre pied, qu’elles puissent retrouver une structure professionnelle, se socialiser. Nous ne les formons pas à un métier, mais nous leur redonnons confiance. »

Collaborations entre associations

« Les employés effectueront quelques heures par semaine dans un premier temps, poursuit Do. À leur rythme, payées au Smic horaire. L’objectif est d’atteindre au fil du temps une vingtaine d’heures par semaine au minimum. » Pour réussir, Carton Plein 75 compte travailler main dans la main avec d’autres associations, telles le Secours catholique, Réagir, dans le 18e, ou encore l’Équipe de rue de l’Association Charonne.

Amateur de guitare, Do Huynh entend bien ancrer Carton plein 75 dans la vie du 18e. Et ce ne sera pas son seul investissement dans l’arrondissement : il suit les activités du Centre national d’information indépendante sur les déchets, installé Boulevard Barbès et il est adhérent de La Louve, le supermarché coopératif qui ouvrira ses portes en 2015 dans l’arrondissement. Son emploi du temps, déjà bien chargé, ne risque guère de s’alléger dans les mois prochains. Mais ce n’est visiblement pas lui qui s’en plaindra.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

3 commentaires

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes