mercredi 20 août 2014| 58 riverains
 

Charles Poitevin, les antipodes au rythme de l'écrivain

Charles Poitevin, square Clignancourt, novembre 2011.

"Otary Club" est le premier roman de Charles Poitevin, un jeune écrivain du 18e arrondissement de Paris. Le livre, publié en septembre 2011, raconte un voyage aux îles Fidji que son auteur, marqué par une enfance compliquée, n’a pas choisi d’effectuer. Portrait d’un auteur en devenir.

Les voyages forment la jeunesse paraît-il. Charles Poitevin aurait son mot à dire. Ce grand type à la démarche nonchalante n’a pas vingt ans quand il débarque un jour aux îles Fidji. Vacances ? Pas du tout : il est viré de chez lui. Glandeur comme pas un, sa mère vient de le mettre à la porte et lui a trouvé un petit boulot au bout du monde. Pour lui apprendre la vie. Au nom de l’aide humanitaire, il va bosser pour le Rotary club local. Construire des maisons dans la brousse pour les Indiens démunis. Et croiser une galerie de personnages étranges.

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Charles Poitevin a dessiné la couverture de son livre lors de son séjour aux îles Fidji.

Deux cents pages écrites au scalpel. Un regard désabusé sur l’action humanitaire. Une tendresse affirmée quand il joue au foot avec les gamins du cru : Charles Poitevin raconte cette histoire dans "Otary Club", publié en septembre 2011 aux éditions Rue Fromentin. C’est un écrivain au style original, lequel s’affranchit des conventions. Un type qui se permet au besoin d’écrire son texte en majuscules ou, pour souligner un dialogue, ose un anglais niveau sixième. Au moins, pas de plagiat. Sinon une admiration assumée pour les grands auteurs américains, Kerouac, Bukowski, Miller ou Brautigan ; Céline ou Camus, pour les Français. "Otary Club" est son premier roman. Les pages filent entre les doigts. Le livre se dévore en quatre heures.

Attablé devant un petit noir, pas loin du boulevard Ornano, Charles Poitevin, sourire aux lèvres, raconte encore cette sensation suffocante : « La végétation aux Fidji, tu as l’impression de l’entendre pousser. C’est tellement puissant que tu ne peux pas y échapper. » Il n’a rien oublié de son long séjour initiatique (12 mois). Pourtant, près de dix années se sont écoulées depuis ses premiers pas aux antipodes. Bientôt trentenaire, l’auteur a rédigé "Otary Club" l’année dernière. « En trois séances de deux mois et demi de travail, explique-t-il. Dans les bars. Ou bien la nuit, dans les hôtels où j’étais gardien. »

Charles Poitevin vit dans le 18e arrondissement de Paris depuis près de trois ans. « Un loyer décent m’a poussé à quitter le 20e, raconte le jeune homme. Je préfère le 18e, parce que c’est un peu cassé. Comme moi à une époque. » Il est né en 1981, à Caen, dans le Calvados. Puis a vécu au fin fond de la Normandie pendant quatre ans. Avant d’habiter Saint-Malo, puis Caen, encore. « Une ville qui m’a toujours déprimé, souffle-t-il. Mes premiers pas dans la vie ont été difficiles. Santé précaire. Une succession de pas de bol. La vie, pour moi, c’était une gigantesque fatalité. »

Boxeur à dix-huit ans

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« L’écriture et la peinture m’ont aidé à canaliser mon énergie », explique le jeune écrivain.

Le gamin est « insupportable ». Ne va pas à l’école : « J’ai déserté très tôt. Mais chez moi, il y avait des bouquins. Malgré toutes mes conneries, j’ai réussi à décrocher un bac littéraire, grâce à la philo, l’histoire et la géographie. » Son histoire familiale est « compliquée ». C’est le second garçon de la fratrie. Sa mère est assistante sociale. Son père fait de la formation. Ses grands-parents sont des personnages de roman : d’un côté figure un résistant pendant la Deuxième guerre mondiale ; de l’autre, un commissaire de police républicain à Madrid, forcé à passer en France pendant la guerre civile. Il ne les a pas connus : « Ce sont des mythes. »

Boxeur à dix-huit ans – « J’ai du arrêter, je me suis cassé le bras » - poète plus tard aux Beaux-Arts. « J’aimais bien rédiger des textes courts, se souvient Charles Poitevin. Je peignais aussi. Ces disciplines m’ont permis de canaliser mon énergie. Et puis je pensais qu’écrire un bouquin permettait de devenir riche. » Ce n’est pas encore le cas. Quand bien même "Otary Club" rencontre un véritable succès d’estime. « Sylvain Tesson "Dans les forêts de Sibérie" - a parlé de mon livre récemment », souligne fièrement le jeune auteur. Paris Match l’a signalé dans ses colonnes.

« C’est difficile d’écrire un livre, précise Charles Poitevin. Le publier apporte la confiance utile à la rédaction du suivant. Le prochain sera la suite d’"Otary club". Il devrait me donner moins de fil à retordre. » Mais, quand il travaille, un écrivain débutant ne gagne rien. Alors lui collabore à la rédaction de scénarios pour des films encore en projet. « Franchement, là, je vis d’expédients », soupire-t-il. Perché au sixième étage d’un immeuble du côté du métro Simplon, dans un studio où il passe beaucoup de temps à écrire, Charles Poitevin attend le prochain départ.

"Otary Club"
Éditions Rue Fromentin
Collection la contre-allée

224 p - 18 €

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