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Auprès des scouts musulmans, une éducation à la citoyenneté

Islam, citoyenneté, laïcité : Yaniss Warrach, aumônier musulman à la prison de Nanterre et chef d’une unité de scouts musulmans dans le 18ème arrondissement de Paris, parle de son action auprès des jeunes du quartier et de la place de la religion musulmane dans la société française. « La population musulmane, dit-il, n’a pas les structures qui lui permettent d’exercer son culte et d’apprendre sur sa religion. » Entretien.

Dans les médias, son discours est souvent passé sous silence. « On préfère parler des fondamentalistes que des modérés », regrette Yaniss Warrach. À 37 ans, cet aumônier musulman à la prison de Nanterre veut prendre la parole. Sur l’Islam, la citoyenneté, la laïcité. Agir, également : auprès des prisonniers afin de favoriser leur réinsertion ; et dans le 18e arrondissement de Paris, où le diplômé en théologie de la Grande Mosquée de Paris a lancé, en juin 2009, une unité de scouts musulmans de France.

Une vingtaine de « voyageurs », âgés de 7 à 11 ans, se retrouvent ainsi une fois par mois au centre de préfiguration de l’Institut des Cultures d’Islam. « Le but est qu’ils acquièrent des connaissances, des savoir-faire, des savoir être, qui vont ensuite se concrétiser dans les camps que nous organisons, explique-t-il. Nous souhaitons les aider à faire le lien entre la culture politique française et la culture religieuse héritée de leurs parents. »

Dixhuitinfo - Quelles sont les attentes des jeunes du 18e que vous encadrez ?
Yaniss Warrach - Les jeunes ont soif de connaissance sur l’Islam. Ils se rendent compte qu’autour d’eux, il y a un malaise, une incompréhension que suscite leur religion. Comme ils se sentent musulmans, ils veulent avoir une réponse à la question, qui est, pour faire simple : « Est-ce une bonne religion ? » Ils se posent aussi des questions plus concrètes. Par exemple : « Quelle est la différence entre sunnite et chiite ? » À l’école, laïque, ils n’obtiennent pas les réponses. On parle peu de religion, et leurs parents ne savent pas forcément y répondre.

L’école n’aurait-elle pas un rôle à jouer dans cet apprentissage ?
L’école doit normalement enseigner le fait religieux, c’est inscrit dans les programmes. Mais elle n’a pas les personnes formées pour cela. Peut-être qu’on pourrait jouer un rôle, nous, les aumôniers ?

Qu’est-ce qui l’empêche ?
Les laïcs les plus radicaux montent au créneau. Pourtant, la loi de 1905 prévoit la présence d’aumôniers à l’école, à l’hôpital, et dans les casernes. L’État doit assurer un service religieux dans ces lieux, en les finançant. Dans la pratique, c’est rarement le cas. Car certaines personnes ont une vision archaïque de la laïcité : ils ne veulent pas en démordre. Pourtant, si l’État et l’Église sont séparés, ils ne le sont pas à 100 % : l’État signe bien des contrats avec des établissements privés à caractère religieux. La frontière n’est donc pas étanche.

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"Je conseille aux jeunes de s’investir dans le champ politique, d’aller au conseil municipal, etc. Les musulmans seront plus entendus s’ils sont mieux représentés dans les institutions de leur pays."

Quel rôle a le scoutisme auprès des jeunes ?
Le scoutisme vise à les aider à devenir des « citoyens utiles, actifs, et joyeux », selon la formule de Baden Powell, le fondateur du scoutisme. On leur apprend à penser, à réfléchir, pour qu’à terme, il soit capable de monter des projets, en formant des équipes. Le scoutisme doit ainsi permettre de faire le lien entre la double culture des jeunes musulmans nés en France : leur culture religieuse qui est l’Islam, héritée de leurs parents, plus ou moins présente dans leur famille, avec, au centre, la spiritualité ; et leur culture citoyenne, politique, qui est celle de la France, de l’Europe : la démocratie et les droits de l’homme. Cette culture politique n’a rien à voir avec celle des pays dont sont originaires leurs parents. On essaie donc d’articuler citoyenneté et spiritualité.

Comment ?
En leur faisant comprendre qu’ils sont des citoyens à part entière, qu’ils doivent s’impliquer dans la vie de leur quartier, de leur commune. Je leur conseille de s’investir dans le champ politique, d’aller au conseil municipal, etc. Les musulmans seront plus entendus s’ils sont mieux représentés dans les institutions de leur pays. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Or, quand on n’est pas présent, les politiques n’ont pas conscience des besoins des musulmans français.

Quels sont ces besoins ? Quel regard portez-vous sur la place de l’Islam en France ?
Aujourd’hui, la société française a changé. Il y a une forte composition musulmane : c’est une réalité, culturelle, historique et sociale de la France. Donc il faut s’adapter, proposer de nouvelles solutions. La population musulmane n’a pas les cadres, les structures qui lui permettent d’exercer son culte et d’apprendre sur sa religion. On manque d’imams ou d’aumôniers qui articulent les deux cultures. Par exemple, certains imams ne parlent pas français. Les mosquées sont aussi très différentes d’un endroit à un autre : certaines proposent des animations, pour les adultes et les enfants, des sorties… En fait, tout dépend de la volonté de l’imam.

Quelle est la place de la pratique de la religion dans les événements que vous organisez ?
Côté culte, chacun est libre. Lors d’un camp, par exemple, je propose des espaces et des moments pour la prière. Mais tout le monde ne prie pas. Moi, je suis là pour répondre à leurs questions. Et j’essaie de susciter des débats. Aux plus âgés, je leur pose des questions, comme, par exemple, la religion nous libère-t-elle ou nous enferme-t-elle ? Cela leur permet d’enrichir leur culture, leur connaissance sur l’Islam, tout en recontextualisant notre religion.

C’est ce qu’il y a de plus important : leur faire comprendre que l’Islam ne doit pas être appliqué comme au VIIe siècle. Si cette religion est universelle, c’est parce qu’elle s’est adaptée à différents contextes. Malheureusement, les radicaux ne veulent pas le comprendre. Pour eux, l’Islam est monolithique. Leur conception est donc rétrograde, car, forcément, le monde et la société évoluent…

Quels sont vos projets ?
Je souhaite notamment rédiger un projet pour utiliser le scoutisme comme moyen de réinsertion pour les prisonniers. C’est ce qui se passe en Algérie. En gros, des scouts vont dans les prisons, et proposent aux jeunes prisonniers des activités. Les prisonniers qui y participent peuvent ensuite s’investir dans le mouvement. Cela leur permet d’avoir un cadre et d’être soutenu à leur sortie de prison. Même si la situation est très différente en France, où les scouts ne sont pas autant respectés, je pense que ce genre de projet pourrait être adapté à la société française. Reste à obtenir des financements et un soutien politique.

Où ça se passe:

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4 commentaires
  • Auprès des scouts musulmans, une éducation à la citoyenneté 27 mai 2010 23:58, par Acha’arite Malikite Sunnite Marokit

    On devrait moins donner la parole aux musulmans du commun et plus à ceux qui sont compétents pour savoir ce qu’est l’ISLAM.

    Par exemple pour la question de la Bourqa, on interroge des jeunes filles dans la rue, pour savoir ce qu’elles en pensent. Alors que ces jeunes filles, pour la plupart, sont en train d’apprendre leur religion au quotidien, dans leur pratique et dans leur croyance. Et on prend leurs avis comme étant représentatif de l’ISLAM.

    Je suis désolé mais ce sont les savants qui ont guidés la communauté musulmane depuis des siècles, et ça continue de l’être.C’est donc eux qu’il faut interroger si on veut savoir ce qu’est l’ISLAM, ainsi que son adaptation aux pays non musulmans, et c...(eux, ou les personnes compétentes, tels qu’aumoniers, IMAMS, Professeurs, etc ...)
    Donc interrogeons les BONNES personnes pour avoir les BONNES réponses.

    Je trouve sage d’interroger un aumônier pour avoir un avis sérieux sur l’ISLAM en France.Et l’idée du scout musulman me semble une bonne idée. Bon courage M. Warrach Y.

    Très bon article, c’est une sage réflexion sur la place de l’Islam en France.

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  • Je trouve l’article enrichissant.
    Il est vrai que la perception de l’image de l’islam en France semble malheureusement souvent modifiée, notamment par les médias.
    Actuellement scout en région parisienne, il est vrai que la méthodologie mise en place par les SMF (Scouts Musulmans de France) est très adaptée d’un point de vue social,ce qui est également vrai pour l’éducation.
    Bonne continuation et bon courage.

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  • Les aumôniers sont des éducateurs religieux, le message est très clair : sans soutien politique, sans moyens, la question sociale reste sans réponse. C’est un fait avéré, citons à titre d’exemple Obama, sans qui la question noire et la discrimination raciale n’auraient pas trouvé un échos favorable.

    La question de l’Islam de France pose le problème des Français de confession musulmane, le problème des enfants de la seconde et troisième générations, français eux aussi, le problème de la discrimination qu’ils leur arrivent parfois de subir. Ces questions ne peuvent pas être abordées faute de soutien politique.

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  • En voici un bon post, je suis impatiente de découvrir d’autres articles.


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