lundi 23 octobre 2017| 21 riverains
 

Paroles d'abstentionnistes des quartiers populaires

Le bureau de vote 65, rue Charles Hermite, qui a récolté le deuxième plus fort taux d’abstention de Paris au premier tour de l’élection municipale.

Le 18e arrondissement de Paris a décroché, lors du premier tour des élections municipales, le deuxième plus fort taux d’abstention de la capitale (47,3%). Les habitants des quartiers populaires proches du périphérique se sont le moins déplacés. Ils bouderont à nouveau les urnes au second tour, dimanche 30 mars 2014. Reportage.

« Voter ? A quoi ça sert ? ». Poussettes au bout des bras, Sandrine et Stéphanie attendent leurs enfants à la sortie de l’école de la rue Charles Hermite, quartier La Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris. Toutes deux tournent le dos aux panneaux d’affichage de la campagne électorale installés devant l’école qui se muera ce dimanche en bureau de vote. Un bureau – le numéro 65 - qui détient, avec le 56 de la rue Richomme, dans la Goutte d’Or, le triste record du plus fort taux d’abstention dans l’arrondissement au premier tour. Ici, 64% des électeurs ne se sont pas déplacés, parmi lesquels ces deux mères de famille qui expriment un « ras-le-bol général ».

Revoir les résultats du premier tour des élections municipales ici

« J’ai arrêté de voter le jour où la mairie m’a dit qu’elle ne pouvait rien faire pour moi. C’était en 2007. Nous vivions à cinq dans un 20m2. », raconte Sandrine, désabusée. Stéphanie, elle aussi, se plaint du silence de la municipalité. « Nous sommes cinq dans un 40m2. Avant que mes plus grands enfants ne partent, nous étions neuf ! Et la mairie nous dit qu’on doit déjà être contents d’avoir un toit ! ». Avec les « incivilités », « le manque de respect » et « la délinquance », l’accès au logement, dans cette cité HBM de 1300 âmes (habitat bon marché, les premiers HLM), cristallise les rancœurs. Les deux mères pointent du doigt « des familles qui obtiennent de grands logements en à peine six mois » et des « célibataires qui ont 120m2 dans le 17e arrondissement ». « Et nous ? », s’exclament-elles en chœur.

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Quatre générations de filles d’une même famille, qui vit boulevard Ney et n’a pas voté lors du premier tour des élections municipales (du moins pour les trois en âge de le faire !).

Dans ce quartier aux confins de l’arrondissement, coincé entre le périphérique et les voies ferrées des gares du Nord et de l’Est, ce sentiment d’abandon résonne fréquemment jusque dans les urnes. L’abstention y est traditionnellement élevée. Mais cette fois-ci, à Charles Hermite, on a encore moins voté qu’en 2008 où l’abstention avait été de 8 points inférieure. Une configuration qui se répète pour d’autres bureaux situés aux portes du 18e. Les électeurs du 60 rue René Binet, entre la porte de Clignancourt et la porte Montmartre, n’ont été que 39% à se déplacer, contre 45 % il y a six ans.

La participation chute de 15 points

Dans ce même secteur, dans un des trois bureaux du 129 rue Belliard, la participation a même chuté de 15 points entre les deux scrutins. Signe du malaise, cette abstention se conjugue avec des scores du Front national plus importants qu’ailleurs et en nette progression par rapport à 2008, au-dessus de 10%. Rue Belliard, le parti d’extrême-droite récolte plus de 15% des voix, contre 4% en 2008. A Charles Hermite, le FN atteint 11,6% des suffrages, contre 6,3% il y a six ans.

Le vote extrême, Marie-France, qui attend son bus avenue de la porte d’Aubervilliers avec deux amies, s’y refuse. À 56 ans à peine, cette ancienne aide à domicile au physique fatigué, ne touche que 441 euros par mois et attend vainement une pension d’invalidité. Contrairement à son amie, qui, après avoir glissé un bulletin blanc au premier tour, n’ira pas voter pour la première fois de sa vie au second tour, Marie-France fera son devoir dimanche. « Je garde espoir que l’on s’occupe enfin de nous », explique-t-elle. « Nous, les pauvres, ils ne parlent pas de nous. Ils nous laissent couler ». Elle évoque au détour d’une phrase « les Roumains », à qui « la mairie donne des logements », mais se hâte d’ajouter : « Ils ont autant le droit de vivre que nous. C’est simplement l’égalité que je veux. »

« Gauche, droite, ça ne change rien »

Assis sur un banc, Félix, retraité de la Poste, balaie d’un revers de main l’idée d’aller voter. « Gauche, droite, ça ne change rien. Les impôts et les PV continuent de pleuvoir », raille celui qui a voté pour François Hollande en 2012 et se dit « déçu ». « La mairie ne peut rien faire pour nous », affirme-t-il. Un désenchantement complet partagé par Angelina, Immaculée et Amina, trois générations de femmes au sein de la même famille d’origine espagnole qui vit boulevard Ney depuis très longtemps. Aucune des trois n’a voté dimanche ni ne se déplacera pour le second tour. « C’est la seule façon de protester contre le système », explique Immaculée, la fille. Nous sommes écœurées, abandonnées ici depuis des siècles. »

Amina, la petite-fille, la vingtaine, promène en poussette Naïla, un an, la quatrième génération. « Rien n’a été fait pour nous ici, à part le tramway et des sculptures ridicules pour faire joli », confirme-t-elle. Mère, fille et petite fille aiment pourtant leur quartier, « populaire, un peu chaud, cosmopolite, où les petits voyous aident à porter les courses ». « On y vit bien, mais on y vivrait encore mieux si on s’occupait de nous », conclut Amina. Elle avait voté pour la majorité sortante il y a six ans. Dimanche, son silence vaudra sanction.

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