mardi 17 octobre 2017| 20 riverains
 

La gare routière clandestine s'éternise porte de la Chapelle

Chargement clandestin de passagers devant l’impasse du Gué, près de la porte de la Chapelle.

Depuis près d’un an, un réseau de transporteurs clandestins a installé son business rue de la Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris. La police et la mairie se disent mobilisés, mais les riverains excédés ne peuvent que constater une situation qui demeure inchangée. Enquête.

Rue de la Chapelle, un jeudi après-midi. Journée plutôt calme pour les co-voitureurs en partance pour Bruxelles. Seuls deux mini-bus sont en train d’embarquer, devant l’impasse du Gué, dans le 18e arrondissement de Paris, une petite dizaine de voyageurs et leurs bagages. Plus tôt dans la semaine, un incessant ballet de monospaces s’orchestrait au même endroit, à deux pas du métro Porte de la Chapelle et de l’autoroute A1, tandis que patientaient sur ce bout de trottoir une trentaine d’usagers.

L’affaire semble bien rodée. Les voitures se remplissent vite, à raison de six ou huit passagers, et chaque embarquement ne dure que quelques minutes : pas de temps à perdre pour ces conducteurs qui effectuent plusieurs aller-retour Paris-Bruxelles (300 km et un peu plus de trois heures de route) dans la journée. Un peu plus loin, quelques hommes – les responsables sans doute - s’abritent de la pluie sous la devanture d’un fast food et semblent veiller au bon déroulement de ce drôle de manège.

Travail dissimulé

Un manège en réalité illégal, puisqu’il s’apparente à du travail dissimulé. Sur place, les clients interrogés nous confirment très vite avoir trouvé l’annonce du trajet sur Internet, via des sites de co-voiturage. Parmi eux, le réseau BlaBlaCar est cité de manière récurrente. Contactée par nos soins, l’équipe du site affirme connaître l’existence d’un tel phénomène : « Nous sommes très vigilants face à ces réseaux. Nous y répondons en mettant en place un paiement sécurisé en ligne, des profils d’usagers très détaillés et une surveillance du nombre de trajets par personne. Malgré tout, il arrive qu’ils puissent passer par BlaBlaCar. »

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La pétitions des habitants au maire de Paris.

Quant aux tarifs pratiqués par ces transporteurs illégaux, ils ne défient pas forcément toute concurrence. Au départ de la porte de la Chapelle et sans avoir réservé au préalable, un chauffeur nous propose un aller Paris-Bruxelles à 25 euros, certes moins cher que le train ou la compagnie de cars Eurolines, mais toujours plus élevé que la moyenne des autres co-voitureurs sur BlaBlaCar. Reste que le trafic bat son plein et que les riverains apprécient peu la présence d’une gare routière clandestine en bas de chez eux. Dans une pétition adressée au maire de Paris, les habitants du passage du Gué et du 67-73 rue de la Chapelle déplorent l’insécurité grandissante que génère cette activité.

Contrôles dissuasifs ?

Deux riverains retraités (ils souhaitent conserver l’anonymat) nous accompagnent sur les lieux. Devant leur immeuble, la confrontation quotidienne avec les conducteurs se fait dans un climat tendu. Souvent, le ton monte. « Ils s’approprient totalement l’espace public en occupant les places de parking qui nous sont réservées, les emplacement de bus, de Vélib’ et d’Autolib, disent les deux hommes. Ils posent des plots juste devant la sortie de l’immeuble, pour être bien sûrs qu’on ne puisse pas se garer. Et c’est sans compter sur le bruit et les bagarres que le trafic engrange. À la mairie, on nous dit être au courant de la situation depuis un an déjà. »

Alors pourquoi, informées depuis de longs mois, les autorités ne parviennent-elles pas à mettre un terme à cette activité illégale ? Didier Vallet, directeur de cabinet de Daniel Vaillant à la mairie du 18e a bien son hypothèse : « On tanne la Préfecture de Police depuis longtemps à ce sujet, explique-t-il, pour la tranquillité des riverains d’une part et la sécurité des personnes transportées d’autre part. L’enquête avait d’abord été confiée à la brigade des Boers (police des taxis, ndlr), mais leurs services sont débordés et il n’y avait pas eu de suites. Ce n’est qu’en novembre dernier que la police des transports s’est remobilisée sur le problème. Aujourd’hui, l’enquête est en cours. »

Impuissante, la mairie en est venue à prévenir les fédérations professionnelles de taxis, espérant qu’elles puissent agir de leur côté. La Préfecture de police quant à elle, assure qu’une présence policière est accrue près du passage du Gué. « Les contrôles et les contraventions tombent régulièrement pour un effet dissuasif », insistent ses services. En attendant, sans doute, un éventuel coup de filet.

Où ça se passe:

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7 commentaires
  • Je trouve cela intolérable que ses chauffeurs de taxis clandestins empiètent sur notre marché. Effectivement, je suis souvent poster au niveau de la porte de la Chapelle et c’est la GUERRE !!!

    Nous avons ral de bol de tout ça. J’ai même pu voir des taxi moto il y a quelques temps.

    Que fait l’État ??

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  • Si la préfecture laisse faire, c’est que ça doit arranger tout le monde

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  • L’état est débordé cela semble évident. Dire que si la préfecture laisse faire cela arrange tout le monde est laisser penser que le travail clandestin arrange l’état, c’est complétement absurde ! Les travailleurs référencés payent des sommes considérables pour pouvoir professer. Le fait qu’ils soient référencés assure de la qualité de ce service. Que se passe-t-il en cas d’accident à bord de ses véhicules ? De quel droit s’installent-ils sur la voix publique pour exercer un service privé ? De plus, les taxes financent notre pays. Refuser de le financer ou ne pas y croire par pur nihilisme ronge les services. Les services en questions sont par exemple l’école, l’hôpital, l’armée ou encore, selon les responsabilités, les services municipaux etc. Faut-il pour une raison obscure (et je pèse ce mot) admettre sans rien faire ? La démocratie fonctionne encore, la preuve, Dixhuit info en parle, librement !

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  • Si la préfecture laisse faire, c’est qu’ils n’ont sans doute pas les moyens de s’attaquer à ce business (qui se déplacerait de toute façon, en cas d’intervention), ou alors qu’ils ont envie que le quartier reste calme. Cette activité permet peut-être d’éviter d’autres trafics, plus louches. Enfin, ce n’est qu’une hypothèse.

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  • je préfèrerais le train, mais les tarifs sNCF sont dissuassifs. Ne sachant pas si mon avion arrivera à l’heure, je ne peux reserver mon train... du coup, mon paris/lille sera 61€. C’est du délire...alors vive le covoiturage !

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  • les taxis veulent faire la guerre a tout le monde on dirait ??? arreter un peu Paris est une assez grande ville pour que tout le monde puissent se demerder comme ils peut vive le covoiturage libre vive les VTC vive les taxis moto et tout ce qui peut se rapporter a ce genre d’activité pour vous les taxis parisiens peut etre illegale mais allez au DIABLE pauvre egoiste si vous etes endetté jusqu’au coup vous pouvez vous en prendre qu’a vous meme et continué a manger des pattes toutes l’année pour remboursé vos crédit minable nous on vit tres bien

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  • C’est la même chose place de la Nation... Je sais ça ne justifie pas ces actes illégaux, mais je serais curieux de voir qui/comment vous allez résoudre le problème, pour mettre en place la même solution place de la Nation !

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